CONGO-BRAZZAVILLE: Apres la guerre, l'insecurite, les rumeurs, et la psychose.

POINTE-NOIR, 16 avril (IPS) – L'insecurite, les rumeurs folles
et la
psychose au sein de la population sont les elements
caracteristiques de
l'apres-guerre au Congo. Les nouvelles autorites ont de la peine a
controler
la situation.

Cinq mois apres la deE9faite militaire de l'ancien president
Pascal
Lissouba, et l'auto-proclamation de Denis Sassou Nguesso,
vainqueur de
la
guerre, les populations congolaises attendent toujours de
retrouver la
paix
veritable.
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La psychose d'une eventuelle guerre regne encore dans les esprits
de
nombreux congolais, a cause de la persistance des milices armees
a
travers le pays, ainsi que des rumeurs grandissantes du retour
prochain au
pouvoir, par la force, des vaincus de cette guerre.
Au cours de son premier voyage officiel (a l'intE9rieur du pays)
effectue a
Pointe-Noire, a la fin du mois dernier, Sassou Nguesso a tenu a
apaiser les
inquietudes des populations sur les rumeurs folles qui circulent
dans
la
ville oceane.
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“Il y a des rumeurs qui circulent, selon lesquels les genocidaires
promettent de revenir et que la guerre n'est pas terminee. Guerre
aujourd'hui, guerre le matin, guerre a midi… je dis que c'est
faux”,
a
declare Sassou.
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Le president congolais qualifie de genocidaires, Pascal Lissouba
et ses
dignitaires qui auraient provoque la guerre civile de juin a
octobre
1997,une guerre qui a fait plus de 10.000 morts et de nombreux
deplaces. 09
La fin de la guerre a consacre l'insecurite en raison de la
terreur
perpetree par les miliciens qui detiennent encore des armes. Les
populations
vivent toujours dans la peur, malgre les efforts considerables
fournis
par
les autorites en place dans le ramassage des armes.
Des son arrivee au pouvoir en octobre dernier, le president Sassou
Nguesso
avait “ordonne aux detenteurs illegaux d'armes de les deposer dans
les
endroits appropries (casernes, eglises, commissariat.). Le
delaiavait
ete
fixe au mois de novembre dernier. “Les recalcitrants seront punis
conformement a la loi”, avait ajoute le president Sassou.
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Mais les propos du president de la Republique n'ont pas ete
scrupuleusement
respectes. Les recents actes enregistres dans le pays en
temoignent.
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Il y' a quelques jours, des Cocoyes, miliciens de Lissouba, ont
sabote
le
barrage de Moukoukoulou qui alimente en electricite Pointe-Noire
et les
autres localites du sud du pays, qui sont actuellement plongees
dans le
noir.
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Les principales villes des regions du Niari, de la Bouenza et de
la
Lekoumou, regions situees au sud et reconnues comme etant le fief
des
partisans de Pascal Lissoule fief des
partisans de Pascal Lissouba, sont aussi le theatre d'une serie
d'agressions
dont sont victimes les populations originaires de ces localites .
Les
auteurs de ces exactions seraient des miliciens “Cocoyes et les
Zulus”
de
Lissouba, qui avaient replie dans leurs regions d'origine lors de
l'offensive generale des Forces Democratiques Patriotiques (FDP)
de
Sassou
Nguesso.
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Apres le sabotage du barrage de Moukoukoulou, les forces de
l'ordre ont
procede au nettoyage de ces localites, faisant plusieurs morts,
selon
certains temoignages.
Les braquages des populations a domicile et les vols a main armee
dont
sont
victimes les citoyens des differentes villes du Congo, montrent
que les
detenteurs illegaurmes courent encore le pays.
Un commerE7ant senegalais, Liamine Ndiaye, a ete recemment tue a
l'O.C.H,
quartier residentiel de Pointe-Noire, la capitale economique.
Monsieur
Marlain BOUHOHY, l'un des voisins du defunt, explique le drame :
“vers
20
heures, un jeune homme arme est entre dans la boutique et a exige
de
l'argent au vendeur. Celui-ci, mecontent, lui a dit d'attendre. Il
est
ressorti de sa chambre avec un couteau pour se defendre. Et le
jeune
homme a
loge sur lui deux balles a bout portant. Il est sorti de la
boutique,
defiant les voisins, a pris son taxi sous les yeux impuissants des
habitants
du quartier”. Et “la police n'est arrivee que trois heures plus
tard”,
ajoute-t-il.
Dans leur tentative de ramener la paix, les autorites congolaises
ont
entame
les operations de ramassage des armes sur tout le territoire.
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Debutees au cours du mois de janvier dernier, les operations de
ramassage
des armes visent le demantelement des reseaux constitues des
bandits
qui
sement la terreur dans les villes et villages du pays. Mais ces
operations
n'ont pas encore donne de resultats palpables. Elles se soldent
toujours,
officiellement, par un nombre “important” (jamais determine)
d'armes
recuperees des mains des civils (bandits) et des anciennes milices
privees.
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La gendarmerie et la police chargees du ramassage des armes sont
confrontees
aux accrochages avec certains jeunes qui refusent de rendre leurs
armes.
C'est ainsi que le colonel Malonda Georges qui dirigeait
l'operation
“Colombe” dans la region des plateaux au Nord du pays, precisement
a
Gamboma
(312 km de Brazzaville), a trouve la mort, selon la version
officielle,
a la
suite de la resistance opposee par les ex cobras recalcitrants qui
ne
voulaient pas deposer les armes. Les exemples sont legions pour
edifier
les
difficultes que rencontrent les nouvelles autorites dans la
recherche
d'une
paix durable.
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D'autres difficultes sont d'ordre technique et incluent le manque
de
materiel de detection d'eventuelles cachettes d'armes. C'est
pourquoi
la
police et la gendarmerie utilisent des moyens les plus violents
comme
les
enlevements, arrestations arbitraires, les tortures pour faire
parler
certaines personnes, et les executions sommaires, indique un
habitant
de
Pointe-Noire qui a requis l'anonymat.
Les force chargees de traquer les malfrats n'hesitent pas a
utiliser la
maniere forte. Dans une operation denommee “Colombe”, les auteurs
de
ces
exactions sont souvent executes sur la place publique.
“Au rond point de Mikalou (un quartier populaire au Nord de la
capitale),
trois ex cobras recidivistes, qui avaient ete rattrapes par la
police
apres
un vol a main armee chez un commercant mauritanien, ont ete
ligotes
puis
tues a bout portant en pleine journee devant leurs parents et la
population
de ce quartier”, explique Mlle Ngoma Fifi, une Brazzavilloise.
“Il faut ca a ces bandits et aussi pour essayer de dissuader
d'autres
bandits, auteurs d'eventuelles agressions”, a affirme un
responsable de
la
police qui requiert l'anonymat, pour legitimer leur methode de
travail.
Un proche de Sassou reconnait qu'il faut une forte autorite pour
ramener la
paix au Congo. ” Nous sommes dans une situation ou il nous faut
un
Etat
fort et autoritaire pour ramener la paix et nous lancer dans le
redressement economique de notre pays”, a-t-il affirme en
substance.
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Aucune organisation de droits de l'homme locale n'a emis des
commentaires
sur ces exactions de la police.
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Dans un communiqe presse mis a la disposition du departement des
affaires humanitaires des Nations unies en mars dernier, l'ERDDUN
(Espace
Republicain pour la defense de la Democratie et de l'Unite
Nationale au
Congo-Brazzaville),
a denonce depuis Paris, la capitale francaise, les arrestations
arbitraires
et les executions sommaires de democrates congolais.
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“Des informations persistantes, de differentes sources sures, font
etat
de
ce qu'au Congo – Brazzaville, le pouvoir dictatorial de Sassou
Nguesso
poursuit sa politique d'intimidation, de repression et
d'executions
sommaires”, lit-on dans le communique de presse de l'ERDDUN, une
tribune
nationale mise en place pour trouver une solution au conflit, des
ses
premieres heures. Cet espace est compose essentiellement des
proches
de
Pascal Lissouba car il a ete boycotte par les partisans de
Sassou.
Le Parlement europeen a recemment suspendu toute aide non
humanitaire
en
direction du Congo, pour “violation des droits de l'homme” et a
qualifie le
pouvoir actuel de dictatorial.
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Leon Bemba, membre du Conseil National de Transition pense que le
Parlement
europeen a employe un terme excessif pour parler d'un pays qui
sort de
cinq
mois de guerre.
” Je trouve que ce ne sont pas des mots qu'il fallait pour
qualifier
le
pouvoir actuel. Je ne pense pas qu'il y ait des exces dans la
maniere
de
faire du pouvoir actuel”, a affirme Leon Bemba.
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” La situation est relativement calme pour un pays qui sort de la
guerre.
Il y a quelques tueries exemplaires (des bandits armE9es)… Je ne
dis
pas
que je suis d'accord avec cette facon de proceder”, a ajoute
Bemba.
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Louis Okamba, journaliste, approuve. ” On ne sent pas encore la
pression
dans le pays. Si c'etait le cas, les journaux ne paraitraient
plus, car
ce
que les journaux publient actuellement, ce n'est pas ce que l'on
peut
ecrire
dans un pays dictatorial”, a dit Okamba.
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Mais le spectre de la guerre continue de planer dans les esprits
des
congolais. Et l'insecurite qui regne dans le pays ne fait que
renforcer
cette peur.
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Dans son message aux populations de Pointe-Noire, Sassou s'est
voulu
rassurant.
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” Nous avons dit officiellement que la guerre est terminee. Nous
travaillons
pour la paix, l'unite et la reconciliation nationale”.