OUAGADOUGO, 15 avril (IPS) – Christiane Diallo, journaliste au
quotidien
malien “L'Essor” vient de naviguer pour la premiere fois sur le
World
Wide
Web (WWW). Elle ne peux contenir sa joie.
“C'est fabuleux ce que j'ai appris a Ouagadougou en six jours,”
dit-elle a IPS, a la fin d'un seminaire tenu dans la capitale du
Burkina
Faso, du 6 au 11 avril sur le theme “Medias, information
scientifique
et
nouvelles technologies de la communication".
Elle a ete impressionnee par le nombre incroyable d'informations
et de
possibilites qu'offre ce nouvel outil.
“Je travaille regulierement sur l'information scientifique,
notamment
dans
le domaine de la sante, et je puis dire que tres souvent, la
recherche
des
donnees prend un temps enorme car les documents et personnes
specialisees ne
sont pas toujours disponibles.”
Christiane se rabat souvent sur les depeches de l'Agence France
Presse
(AFP)
ou sur Medias France Intercontinents (MFI), alors qu'une connexion
a
Internet permettrait d'etre moins dependant des medias
occidentaux, et
d'acceder a une information de qualite, tres variee. Elle peux
ainsi
gagner
du temps.
Si quelques journalistes partcipants a ce seminaire avaient deja
une
experience de l'Internet ou du courier electronique, la plupart
d'entre
eux
etaient des novices. Le Nigerien Moussa Kaka du quotidien “le
Republicain”
n'avait par
exemple jamais manipule une souris d'ordinateur.
Par contre, Seydou Sissouma du quotidien dakarois “Le Soleil”,
etait le participant le plus experiemente en matiere d'inforoutes.
“J'ai suivi une formation sur les differents modules traites par
le
seminaire, dit-il. A ce titre, ce qui a ete fait ici n'etait pas
nouveau
pour moi, meme si par ailleurs on apprend toujours quelque chose
dans
une
rencontre de ce genre".
“L'important a mon sens est maintenant l'utilisation qu'on peut
faire
du
reseau Internet entre profesionnels africains de l'information,”
ajoute
Sissouma, qui est charge de la gestion du site Internet du
“Soleil”
qui
tire a 25 000
exemplaires.
Pour aider les francophones d'Afrique a rejoindre le Web “tout en
gardant
leur specificite”, la Francophonie a decide de la mise en service
d'un
reseau africain de partage de l'information sur le Net, dont le
sigle
est
ARPINET.
“Un premier serveur sera mis en place dans les prochains mois au
Burkina
Faso et reliera les differents medias de ce pays en un reseau
interne,”
explique Hugo Sada, redacteur en chef de MFI.
“Ensuite, un autre serveur qui sera installe a Antananarive
(Madagsacar)
reliera la grande Ile au Burkina Faso. La troisieme phase verra la
connexion
d'un troisieme verra la
connexion
d'un troisieme pays a identifier et, a terme, plus de 500 medias
africains
francophones seront connectes sur ce reseau Internet
francophone", a
ajoutE9 Sada.
De l'avis de Seydou Sissouma, le courier electronique mais aussi
Arpinet
devront permettre un plus grand echange entre medias africains.
Il
ajoute
que ces outils sont des perspectives encourageantes de ce que les
journaux
africains peuvent tirer de Internet".
Les journalistes africains pensent que grace a ce reseau interne,
ils
pourront rattraper le retard qu'ils ont pris par rapport a leurs
confreres
anglophones.
Ainsi, si les journaux sud-africains, kenyans et ghaneens
totalisent
respectivement 15, 12 et 7 siti leur sont propres, la plupart des
publications francophones sont encore a une phase embryonnaire.
Seules
exceptions, la Cote d'Ivoire, le Cameroun et le Senegal dont
plusieurs
medias sont connectes.
Au Senegal par exemple, on assiste a une veritable revolution au
niveau
des
nouvelles technologies de la communication.
“Nous en sommes aujourd'hui a pres de 3500 connexions et il n'y a
pas
moins
de 50 sites presents aujourd'hui sur la toile avec un contenu
local. Il
y a
trois mois, nous en etions a 2 000, cela veut dire qu'on est a peu
pres
a
mille connexions par trimestre,” explique Sissouma.
“L'illustration parfaite de cela est le fait que quatre quotidiens
de
Dakar
sont connectes sur le reseau et trois ont deja leur propre site.
Cela
est
symptomatique de l'adaptation rapide des Senegalais a cette
nouvelle
donne.”
Le developpement des telecommunications a connu des fortunes
diverses
en
Afrique de l'Ouest. Aussi, si les autoroutes de la communication
doivent
permettre au pays en developpement de combler leur retard en
matiere
d'information, ce developpement passera necessairement par celui
des
infrastructures de base dans toutes les regions des pays, car un
autre
desequilibre a l'interieur d'un meme pays est une menace reelle
pour un
developpement humain durable, pensent les observateurs.
Mais des entraves subsistent dans la connection effective des
pays,
mEAme
si certains d'entre-eux ont fait des pas de gE9ants.
En 1990, le Senegal comptait six lignes pour mille habitants, cinq
pour
mille pour la Cote d'Ivoire, tandis que les pays comme le Niger ou
le
Burkina n'en comptaient qu'une seule. Meme si aujourd'hui les
tendances
semblent plus flatteuses (une ligne telephonique pour 200
habitants en
Afrique sub-saharienne), le telephone, outil indispensable pour se
connecter
au reseau, est encore un luxe.
Selon Hugo Sada, l'extension et la modernisation des
telecommunications
constituent une condition indispensable au developpement des
inforoutes
en
Afrique. “Il est donc imperieux que les cadres institutionnels et
tarifaires
des telecommunications qui dependent dans la quasi-totalite des
pays du
monopole de l'Etat, soient assouplis et adaptes aux necessites du
marche,”
dit-il.
Hugo Sada, pense que les insuffisances des reseaux de
telecommunications,
ajoutees aux tarifs prohibitifs des communications et du materiel
informatique rendent tres difficile un large acces a l'Internet.
Malgre les nombreuses possibilites qu'offre le Net, certains
rappellent
qu'il n'est pas la panacee pour les journalistes africains. “Il
faut
que ce
soit juste une clef pour disposer tres rapidement du materiels que
nous
essayerons, en fonction de nos lectorats respectifs, d'adapter a
un
contexte
national,” dit Sissouma.
“Car, le grand drame de l'Internet pour celui qui le decouvre,
c'est la
grande masse d'informations disponibles, qui rend difficile sa
manipulation.”
Or, s'ils ne veulent pas se voir innondes davantage de messages en
provenance du nord, les Africains doivent imperativement se
connecter,
et
surtout, etre emetteurs d'informations au lieu de n'en etre que
des
consommateurs.
Abdoulaye Ndiaye du quotidien dakarois “Le Matin” se dit
emerveille
par les
moteurs de recherche qui lui ont ete montres lors du seminaire.
“J'ai decouvert la multiplicite des sites mais aussi des astuces
et
moteurs
de recherche comme Yahoo, Alta Vista ou AAA Matilda, qui aident a
retrouver
rapidement l'information recherchee,” indique Ndiaye qui est
charge de
la
rubrique “S du “Matin”.
“Maintenant, pour tout savoir sur la star liberienne du football
Georges
Weah, il me suffit d'emprunter Woyaa et ca marche, n'est-ce pas
magique
?”
En depit de l'engouement de plus en plus grand de ses populations
pour
le
Web, l'Afrique reste encore largement en marge du developpement
des
inforoutes. 47 pays sur les 54 que compte le continent ont un
acces a
Internet. Les Comores, l'Erythree, la Libye et la Somalie ne sont
pas
encore
connectes et pour diverses raisons, selon MFI.
Dans le lot des pays connectes, l'Afrique du Sud se situe aux
premieres
loges avec un total de 600 utilisateurs, suivi de l'Egypte et du
Zimbabwe.
Par contre, au Togo et au Niger, on enregistre respectivement 300
et
200
utilisateurs.
En outre, on note seulement un utilisateur d'Internet sur 5000
personnes en
Afrique contre un sur 40 dans le monde.
L'un des avantages d'Internet est qu'il permet aux journaux de
contourner la
censure qui a encore de beaux jours devant elle dans plusieurs
pays
africains tels le Nigeria et le Cameroun. C'est le cas de certains
journaux
nigerians qui ont decide de s'associer pour creer un site de
“resistance”
sur le Net face a
la “barabarie” du regime d'Abuja.
Le journal “L'Essor” du Mali va se connecter bientot sur Internet.
De
retour
chez elle, c'est une Christiane seduite qui tentera de convaincre
la
direction du journal de hater le processus.
“Je suis maintenant convaincue que nous y gagnerons non seulement
en temps mais aussi en argent.”

