LE CAP, 4 avr (IPS) – L'Angola célèbre 10 ans de paix ce 4 avril. Depuis la fin de sa guerre civile de 27 ans en 2002, l'économie du pays a prospéré grâce au pétrole. Mais des experts craignent que les élections législatives prévues plus tard cette année, ne ramènent le pays dans la violence et l'instabilité.
Seulement une petite élite a bénéficié de l'essor économique de ce pays d'Afrique australe, alors que la plupart des Angolais continuent de vivre dans l’extrême pauvreté.
“Il y a eu de croissance économique, mais en termes de démocratie, de droits humains et de développement social, le pays a reculé”, a déclaré Elias Isaac, directeur national de la 'Open Society Initiative for Southern Africa' (Initiative d’une société ouverte pour l’Afrique australe – OSISA) en Angola, lors d'une conférence de presse au Cap, en Afrique du Sud, la veille de l'anniversaire de la paix.
Au cours de la dernière décennie, l'Angola a été l’une des économies africaines à croissance plus rapide – son produit intérieur brut devrait augmenter d'un impressionnant taux de 12 pour cent cette année, selon la Banque mondiale. Cela est principalement dû aux grandes recettes obtenues de l'exportation de pétrole, puisque l'Angola est devenu le deuxième producteur africain de pétrole après le Nigeria.
Mais seule une infime partie de ces recettes a dégouliné jusqu’à la population. Environ deux-tiers des 16,5 millions d’habitants de l'Angola vivent avec moins de deux dollars par jour, selon les Nations Unies. Le pays a été classé 148ème sur 187 sur l'indice 2011 du développement humain l’ONU.
Une récente amélioration dans le développement des infrastructures, notamment les routes, aéroports, écoles et les hôpitaux, ainsi que la promesse de construction d'un million de maisons, sont qualifiées de “façade” par l'opposition, destinées à détourner l'attention de l'enrichissement personnel très répandu d'une petite élite opulente.
“La corruption, le népotisme et le mépris de la loi sont les principaux problèmes de l'Angola”, a admis Marcolino Moco, un ancien Premier ministre et l'une des quelques voix critiques au sein du Mouvement populaire de libération de l'Angola (MPLA), qui dirige le pays depuis 1975. “Il n'y a pas de consultation, mais l'impunité et le pouvoir absolu”.
Un exemple typique, c’est une énorme différence de 32 milliards de dollars au trésor de l'Angola que le gouvernement ne peut pas expliquer. 'Revenue Watch Institute' (RWI), une organisation de promotion de la bonne gestion financière, basée aux Etats-Unis, a exigé cette semaine que le Fonds monétaire international (FMI) retienne le décaissement d’un crédit de 130 millions de dollars jusqu'à ce que les autorités angolaises justifie totalement et publiquement la façon dont ces milliards ont été dépensés.
“Le FMI devrait insister pour que le gouvernement justifie ces fonds avant de débourser 130 autres millions dollars”, a déclaré le président du RWI, Karin Lissakers, ajoutant que le gouvernement angolais devait combattre d'urgence la corruption et la mauvaise gestion.
“Il y a une absence totale de reddition de comptes”, a admis Horácio Junjuvili, un membre du principal parti d'opposition du pays, l'Union nationale pour l'indépendance totale de l'Angola. “Le président utilise les fonds publics comme sa propriété privée”, a-t-il ajouté, affirmant qu'il croit qu’une bonne partie des 32 milliards de dollars avait été transférée dans des comptes bancaires privés à l’étranger.
C’est un secret de polichinelle que Isabel, la fille du président José Eduardo dos Santos, qui gère la fortune familiale, a fait des investissements de plusieurs millions de dollars en Angola et au Portugal au cours de ces dernières années.
Les Angolais aussi se sentent abandonnés par la communauté internationale, qui selon eux, est seulement intéressée à faire des affaires avec ce pays pétrolier, mais pas à faire pression sur lui pour qu’il applique la bonne gouvernance et les droits humains.
“Le pétrole joue un rôle majeur dans la politique du pays. Les intérêts internationaux sont guidés par les affaires, et non pas par la morale”, a affirmé Isaac.
Bien que le pays s’apprête pour les élections cette année – les élections législatives sont censées être prévues pour août ou septembre – peu de gens croient qu'elles apporteront un changement. “Nous doutons que les élections soient libres et équitables”, a indiqué Junjuvili.
Avec Dos Santos – le plus ancien dirigeant africain – au pouvoir depuis 1979, le pays est devenu une autocratie, dans laquelle le MPLA au pouvoir bénéficie d'une majorité absolue au parlement avec quelques freins et contrepoids constitutionnels.
Le président a déjà ignoré une nouvelle loi électorale, qui stipule qu'un juge indépendant soit nommé à la tête de la commission électorale du pays, en renommant Susana Ingles, une avocate proche du chef de l’Etat. Les partis de l'opposition ont fait appel de la nomination de Ingles et attendent actuellement une décision de la Cour suprême.
“C'est vraiment une dictature. Presque tout le pouvoir est concentré entre les mains d'une seule personne, le président”, a affirmé Isaac. “Si les illégalités ne cessent pas, l'opposition mobilisera tout le pays et la nation sombrera dans le chaos”.
Malgré ces préoccupations, ni l'Union européenne, ni la Communauté de développement d'Afrique australe n’a accepté observer les élections en Angola plus tard cette année.
Il est très improbable que Dos Santos fasse place à un nouveau leadership, si les élections sont organisées. Cet homme de 69 ans a signalé en novembre qu'il est prêt à diriger le parti en vue d’une réélection, disant qu'il est “toujours disponible”.
Les Angolais ont commencé à descendre dans les rues au cours des trois derniers mois, exigeant non seulement des droits économiques et sociaux, mais aussi la démocratie. “Le risque d'une instabilité politique est élevé”, a prévenu Moco.
Les autorités ont réagi aux manifestations anti-gouvernementales par de violentes répressions. Depuis janvier, ils ont interdit cinq rassemblements anti-gouvernementaux et arrêté au moins 46 manifestants. Bien que la liberté d'expression soit officiellement garantie, la liberté de la presse est inexistante, avec presque tous les journaux et toutes les stations de radio et de télévision appartenant à la famille présidentielle.

