ILE MAURICE: Les robinets s’assèchent dans le pays

PORT-LOUIS, 3 avr (IPS) – Rani Murthy, un fonctionnaire vivant à Plaines Wilhems, dans le centre de l’Ile Maurice, se réveille à trois heures tous les matins pour attendre le camion-citerne d'eau de l'Autorité centrale de l’eau (CWA) en vue de recueillir de l'eau pour la cuisine et les travaux de ménage.

“Ce n'est pas une vie. Se réveiller à trois heures pour recueillir de l'eau, faire les travaux de ménage avant sept heures, puis aller travailler. Je reviens le soir m'occuper des enfants, préparer la nourriture, dîner, me coucher autour de minuit et me réveiller à nouveau à trois heures. Sinon, nous resterons sans eau”, déclare Murthy.

Mais des scènes de gens faire la queue pour l'eau sont récurrentes sur plusieurs parties de l'île. Puisque les bassins locaux sont secs, l'eau courante est devenue un luxe ici.

Cette pénurie a eu des conséquences très répandues sur l'île puisque les agriculteurs, en particulier dans le nord, n’arrivent pas maintenant à cultiver une fraction de leurs terres. Kreepallou Sunghoon, secrétaire de l’Association des petits planteurs, affirme que les fermiers, qui avaient l’habitude de cultiver des légumes sur 10 à 15 hectares de terre, exploitent seulement moins d'un tiers de cette superficie désormais.

“L’agriculture n’est plus rentable”, se lamente-t-il.

Kritanand Beeharry, président du 'Mauritus Agricultural Cooperative Federation Marketing' (Marketing de la fédération des coopératives agricoles de l’île Maurice), indique que beaucoup d’agriculteurs ont recouru à la récolte de l’eau de pluie sur les toits de leurs maisons, qu’ils utilisent pour irriguer leurs plantations.

“Certains construisent des bassins sur leur terre pour recueillir l'eau de pluie, tandis que d'autres l'achètent auprès des camions privés qui sillonnent leur zone (et) qui ont recueilli l'eau des rivières”, dit-il.

Avant le manque de pluies, l’île Maurice était déjà classée comme un pays sous le stress de l’eau. Selon les normes des Nations Unies, un pays sous le stress de l’eau dispose d’une disponibilité de moins de 1.700 mètres cubes par habitant. Maurice avait une consommation par habitant de 1.044 mètres cubes.

Le pays est confronté à une pénurie d'eau depuis des mois et il semble qu’il n'y a aucun signe d'accalmie, puisque les pluies d'été prévues ne sont pas encore arrivées alors qu’il reste moins d'un mois pour la fin de la saison.

Normalement, toute l'île reçoit deux-tiers de ses précipitations habituelles, soit 1.344 millimètres de novembre à avril.

“Plus de la moitié de la période estivale est passée et nous n’avons obtenu que 373 mm de pluie sur toute l'île. Il pleut toujours beaucoup entre janvier et mars, mais cette année, nous avons reçu seulement 88 mm de la normale de 261 mm en janvier”, indique Rajen Mungra, directeur des Services de météorologie de l'Ile Maurice.

Dans le centre de l'île où se situe le réservoir de Mare-aux-Vacoas, le plus grand des cinq bassins du pays, avec une capacité de 27 millions de mètres cubes, les précipitations moyennes à long terme s'élèvent à 2.173 mm. Toutefois, la région n'a reçu que 549 mm cet été et le niveau d'eau dans ce réservoir, qui dessert les principales villes du pays et près de la moitié de sa population, se situe à 29 pour cent.

La production d'eau à partir du bassin de Mare-aux-Vacoas a chuté, de 110.000 mètres cubes à 40.000 mètres cubes par jour.

Dans d'autres régions, la production à partir des réservoirs et puits artésiens a également chuté de plus de 50 pour cent, selon la CWA. Les niveaux des fleuves ont baissé de près de 70 pour cent sur plusieurs parties de l'île, selon l'Unité des ressources en eau du pays.

“Nous sommes confrontés à une grave sécheresse hydrologique. Nous sommes inquiets”, a expliqué à IPS, Prem Saddul, président de la CWA.

La CWA transfère l'eau des réservoirs d'une capacité plus élevée à ceux d’une contenance plus faible et identifie de nouveaux puits artésiens à mettre en exploitation. Cinq nouveaux filtres ont été installés sur les fleuves qui auparavant se jetaient dans la mer pour purifier l'eau et la rediriger vers les réservoirs.

Le gouvernement offre également une subvention d'environ 100 dollars à tous les ménages qui gagnent moins de 330 dollars pour l’achat d’une citerne d'eau.

En attendant, la CWA est en train de rationner l'approvisionnement en eau afin de maintenir le service à la population aussi longtemps que possible.

“Nous veillons à ce que chaque ménage reçoive une quantité minimum d'eau par jour”, déclare Jeet Munbahal, l'ingénieur en chef de la CWA.

La CWA a publié des règles empêchant les gens de gaspiller l'eau par l’utilisation d’un tuyau, d’un arroseur ou de tout appareil similaire. Les Mauriciens ont même été mis en garde contre le lavage de leurs véhicules, des trottoirs et des bâtiments.

Les consommateurs locaux qui violent ce règlement devront, sur condamnation, être passibles d'une amende ne dépassant pas 1.800 dollars et d’une peine d'emprisonnement n'excédant pas deux ans. Pour les autres consommateurs, l'amende est plus grande bien qu’elle ne dépasse pas 7.200 dollars.

Malgré les efforts de la CWA pour conserver l'eau et une campagne publique invitant les Mauriciens à sauver cette denrée précieuse, Saddul affirme qu’une grande partie de la population ne respecte pas (les règles) et que l'eau continue d’être gaspillée.

Saddul dit que les agents de la CWA surveillent les stations-service afin de s'assurer qu’ils ont cessé de laver les véhicules.

“Nos agents les surveillent régulièrement. Nous recherchons la collaboration du public qui peut également nous informer par notre numéro vert sur les gens qui gaspillent l'eau. Nous ne punissons pas les gens, mais les décourageons de gaspiller l'eau”, ajoute-t-il.