AFRIQUE DE L’OUEST: Le dialogue avant l’option militaire au coup d’Etat du Mali

ABIDJAN, 28 mars (IPS) – Une délégation de chefs d’état-major des armées des pays membres de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’ouest (CEDEAO) s’est rendue ce mercredi au Mali afin de sensibiliser la junte sur la nécessité d’un retour rapide à l’ordre constitutionnel dans ce pays après le coup d’Etat.

Cette délégation militaire de la CEDEAO, composée des chefs d’état-major du Bénin, du Burkina Faso, de Côte d’Ivoire, du Niger, du Nigeria, du Sénégal et du Togo, est dénommée “Groupe de contact” et est conduite par le général Soumaïla Bakayoko, chef d'état-major de l'armée ivoirienne. La Côte d’Ivoire assure la présidence en exercice de la CEDEAO.

Jeudi, c’est une délégation de six chefs d’Etat de la CEDEAO qui se rendra à Bamako, la capitale malienne, pour négocier un rétablissement rapide de l’ancien pouvoir du président Amadou Toumani Touré, renversé le 22 mars, indique un communiqué publié à la fin d’un sommet extraordinaire de l’organisation régionale ouest-africaine, réuni mardi soir à Abidjan, la capitale économique ivoirienne.

Cette délégation, qui sera présidée par le président ivoirien Alassane Ouattara, sera composée également des présidents du Bénin, du Burkina Faso, du Libéria, du Niger et du Nigeria, ajoute le communiqué. Une source proche du sommet affirme que le président burkinabè, Blaise Compaoré, a été désigné comme médiateur pour la crise malienne. Selon le communiqué, la délégation militaire devrait sensibiliser également les putschistes aux mesures envisagées par la CEDEAO pour aider le Mali à préserver son intégrité territoriale. Mais le communiqué ne mentionne aucune mesure. «Il n’y a pas d’autres choix que le rétablissement de l’ordre constitutionnel. Et nous allons tout faire pour y parvenir. Il n’est plus question que des coups de force soient organisés sur le continent», a déclaré le chef de l’Etat béninois, Boni Yayi, également président en exercice de l’Union africaine, lors d’une conférence de presse à la fin du sommet.

La CEDEAO n’exclut par l’usage de la force au cas où les négociations avec la junte malienne n’aboutissaient pas au retour du président Toumani Touré. “La conférence autorise la montée en puissance de la Force en attente de la CEDEAO pour parer à toute éventualité en cas de non respect des décisions par le CNRDRE (Comité national de redressement de la démocratie et de restauration de l’Etat – la junte au pouvoir au Mali)”, souligne le communiqué.

Toutefois, Djibril Bassolé, ministre burkinabè des Affaires étrangères a déclaré mercredi sur Radio France internationale (RFI) écoutée partout en Afrique, que les chefs d’Etat n’excluaient pas une transition jusqu’aux élections avec le président de l’Assemblée nationale malienne, Dioncounda Traoré – qui se trouve actuellement à Niamey, au Niger. La constitution malienne prévoit qu’en cas de vacance de pouvoir, le président du parlement assume l’intérim pour organiser des élections. Et Traoré lui-même, interviewé mercredi soir par RFI, a affirmé qu'il accepterait le sacrifice pour son pays si un accord intervenait dans ce sens entre la CEDEAO et la junte à Bamako. Il était candidat déjà déclaré pour l’élection présidentielle prévue le 29 avril prochain. Mais en cas de transition dirigée par lui, il ne pourra plus être candidat au scrutin qu’il organisera.

Mais les ressortissants maliens en Côte d’Ivoire ont des sentiments partagés sur la situation actuelle dans leur pays. «Je suis peinée de voir ce qui se déroule au Mali. J’avoue que c’est le coup d’Etat le plus absurde», a déploré Mariam Kouyaté, une ressortissante malienne en Côte d’Ivoire, qui manifestait mardi avec une centaine d’autres compatriotes devant l’Hôtel Ivoire, où se tenait le sommet de la CEDEAO. Les manifestants appelaient au retour du président déchu et à la fin de la violence dans le nord de leur pays, relative notamment aux attaques des rebelles touaregs qui revendiquent l’indépendance de cette région.

“Non aux coups d’Etat. Le Mali veut rester un pays démocratique”, ou encore “CEDEAO, la balle est dans votre camp pour restaurer la paix”, pouvait-on lire IPS sur certaines banderoles déployées par les manifestants maliens à Abidjan.

“Il est triste qu’à moins d’un mois d’un scrutin, on procède à un coup de force. Encore que le président sortant n’était pas candidat à sa propre succession”, souligne à IPS, Souleymane Dramé, un commerçant malien, installé en Côte d’Ivoire. “Les putschistes ont dit que le président traînait les pas pour leur donner des armes. Maintenant qu’ils disposent de tout, qu’ils aillent débarrasser le Mali des rebelles du MNLA (Mouvement national de libération de l’Azawad)”, ajoute Dramé. Pour sa part, Amara Traoré, un homme d’affaires malien établi à Abidjan, ne partagés pas ces opinions. “La situation sociale au pays n’était pas meilleure ces dernières années. Et le gouvernement ne trouvait pas de réponses aux problèmes comme la cherté de la vie. Pour moi, la population se sentait abandonnée. La crise avec la rébellion au nord et la mauvaise gestion du problème ne pouvaient que conduire à un putsch”, soutient Traoré.

Il estime que les décisions de la CEDEAO ne devraient pas s’orienter vers une option de la force. “C’est un choix qui désagrège une société. Transformer le Mali en champ de bataille, ne restaurera pas la démocratie comme une baguette magique et ne règlera pas le problème avec le MNLA, ainsi que les difficultés de nos frères déplacés et réfugiés dans d’autres pays”, ajoute Traoré.

Depuis le début de l’offensive des rebelles du MNLA à la mi-janvier, dans le nord du Mali, le Bureau des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires a dénombré, le 24 mars, 126.400 déplacés et réfugiés maliens, soit 61.400 déplacés internes et 65.000 réfugiés en Mauritanie, au Burkina Faso, au Niger et en Algérie.