BAMAKO, 23 mars (IPS) – Des leaders religieux et politiques du Mali ont déjà fait part de leur volonté de travailler avec les putschistes malgré la réserve observée par la majorité des représentants de la classe politique de ce pays d’Afrique de l’ouest dont le gouvernement a été renversé par des militaires.
Pourtant, après avoir réussi leur putsch pour chasser du pouvoir le président Amadou Toumani Touré dans la nuit de mercredi à jeudi, les nouvelles autorités maliennes ont rapidement tendu la main aux partis politiques et organisations de la société civile. Le capitaine Amadou Sanogo, président du Comité national pour le redressement de la démocratie et la restauration de l’Etat (CNRDRE), chef de la junte, a reçu plusieurs personnalités de la société civile jeudi, quelques heures après l’annonce du coup d’Etat à la télévision nationale. Parmi ces personnalités, figure le président du Haut conseil islamique, l’imam Mahmoud Dicko, qui a expliqué à la télévision que les putschistes l’ont assuré qu’ils veulent travailler avec «toutes les sensibilités du pays». L’un des premiers partis politiques à avoir affirmé son soutien aux nouvelles autorités est la Solidarité africaine pour le développement et l’intégration africaine (SADI) dont le leader, Dr Oumar Mariko, a confirmé sa position par un communiqué lu à la télévision. Il se dit prêt à participer à un gouvernement d’union nationale formé par la junte. D’autres responsables politiques et plusieurs organisations de la société civile ont également soutenu la junte militaire.
Les auteurs du coup d’Etat sont des militaires issus du camp militaire de Kati, à 15 kilomètres de Bamako, la capitale. Partis d’une mutinerie, mercredi soir, ils ont pris le contrôle de l’Office de la radio diffusion télévision du Mali et de l’aéroport, avant d’attaquer plus tard la présidence dont les gardes leur ont d’abord opposé une résistance. Mais le président Toumani Touré avait quitté le palais présidentiel avant l’arrivée des putschistes, et jusqu’à ce vendredi, on ne sait toujours pas où il se trouve. Plusieurs ministres du gouvernement déchu ont été arrêtés, dont le Premier ministre, Mariam Kaïdama Sidibé, le ministre des Affaires étrangères, Soumeylou Boubèye Maïga, le ministre de l’Administration territoriale, le général Kafougouna Koné, ainsi que le ministre de la Défense, le général Sadio Gassama. Parmi les personnalités arrêtées, figurent également deux candidats à l’élection présidentielle qui était prévue le 29 avril 2012: l’ancien Premier ministre Modibo Sidibé et Jeamille Bittar, président du Conseil économique et social. Les nouvelles autorités assurent que ces prisonniers seront bien traités et que leur intégrité physique sera préservée. «Mais tant que je resterai à la tête de ce mouvement, ils vont répondre de leurs actes devant une juridiction compétente», a déclaré le capitaine Sanogo à la télévision, jeudi soir.
Les auteurs du putsch ne sont pas très bien connus au Mali, et ne jouaient pas un rôle important dans le commandement militaire. Sur la vingtaine de membres du CNRDRE, les plus gradés sont le capitaine Sanogo et le Lieutenant Amadou Konaré, le porte-parole du groupe. Dans un communiqué lu à la télévision nationale, le lieutenant Konaré a justifié le coup d’Etat par «l’inaction» du régime «incompétent» de Toumani Touré et son incapacité à doter l’armée de moyens adéquats pour combattre le terrorisme et la rébellion touarègue dans le nord du pays. Tout en invitant les forces armées et de sécurité engagées dans les combats contre les rebelles touaregs à poursuivre la bataille dans le nord, les militaires ont appelé leurs frères d’armes des autres garnisons à se joindre à eux. Ils ont demandé à l’administration de reprendre le travail mardi prochain.
Malgré la fuite du président Amadou Toumani Touré (ATT), des coups de feu étaient entendus encore dans la nuit de jeudi à vendredi dans différentes parties de la capitale malienne. «Amadou Sanogo est le nouveau président de la République, mais ATT est encore soutenu par d’autres militaires», a affirmé à IPS, Samba Guindo, un habitant du quartier résidentiel de Baco Djicorni, à Bamako. Alors que le mandat de l’ancien président s’achevait le 8 juin prochain, beaucoup d’habitants de la ville ne semblent pas surpris par ce coup d’Etat après les échecs de l’armée face aux rebelles touaregs. Younouss Hamèye Dicko, un homme politique qui a soutenu Toumani Touré en 2002, a déclaré que le manque de fermeté face à la rébellion touarègue a été fatale à l’ancien régime qui n’a pas pu prendre des mesures nécessaires beaucoup plus tôt pour résoudre le problème de l’insécurité dans le nord du pays.
Le Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA), qui mène depuis janvier une guerre pour l’indépendance du nord du Mali, s’est félicité du coup d’Etat, par une déclaration de leur porte-parole, jeudi, mais il n’y a aucun contact entre les nouvelles autorités et les rebelles touaregs. «Le MNLA continuera son offensive pour déloger l’armée malienne et son administration de toutes les villes de l’Azawad, région naturelle du Mali et berceau des Touaregs», affirme le site touareg Temoust (www.temoust.org), ce vendredi.

