BEITBRIDGE, Zimbabwe, 22 mars (IPS) – Chapita Ramovha se souvient des jours où le fleuve Limpopo clapotait au pied de son village dans le sud du Zimbabwe. Il affirme qu'à l'époque, les habitants du village de Makakavhule étaient obligés de construire des murs hauts pour protéger leurs maisons des inondations.
“Le fleuve Limpopo était une merveille à regarder, une beauté de la nature, une source de nourriture et de revenu pour nous qui vivions au bord du cours d’eau”, se rappelle ce fermier qui fait de l’agriculture de subsistance. Mais aujourd’hui, quand il regarde à travers le paysage, il ne voit qu'un vaste plateau de sable dépourvu de la vie naturelle. “La poussière”, se lamente Ramovha, qui vit ici depuis 1942. “Ce n'est rien, mais un fleuve de poussière”. Auparavant, l'agriculture et le tourisme prospéraient ici le long du fleuve Limpopo. La zone était bien connue pour ses beaux lacs et ses vastes champs, qui produisent le rendement agricole local. “Mais ce moyen de subsistance est maintenant menacé par une grave pénurie d'eau qui illustre de façon spectaculaire une crise régionale plus large”, explique Ramovha. Le bassin du fleuve Limpopo est l'un des plus stressés en eau et, selon l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture, des sécheresses extrêmes surviennent dans le bassin tous les 10 à 20 ans. Le bassin dispose d’une zone hydrographique d'environ 413.000 km² qui couvre quatre pays – Botswana, Mozambique, Afrique du Sud et Zimbabwe – touchant une population combinée de 14 millions d’habitants, dont la plupart sont des fermiers pratiquant l’agriculture de subsistance. Quelque 244.000 hectares sont sous irrigation et environ 234.000 hectares sont utilisés pour produire des cultures ici, tandis que 1,7 million d'hectares sont exploités pour le pâturage. Toutefois, en raison de la mauvaise gestion de l'environnement, seules des souches d’arbres escarpées bordent la berge. Les gens ont coupé les arbres qui autrefois créaient des criques découpées le long du fleuve, qui ont longtemps abrité des crabes, poissons et des animaux sauvages. “Mais au niveau de quelques trous d'eau sur cette partie du fleuve, vous pouvez à peine attraper une grenouille. Le fleuve a disparu, l'envasement a pris le dessus. Les pluies ne sont plus fiables. Elles arrivent en retard et parfois ne viennent pas du tout”, souligne Ramovha. Il affirme que les températures journalières ont considérablement augmenté dans la région et ont tué beaucoup de lits d'herbes autrefois luxuriantes du bassin, privant le bétail et les fauves de leur nourriture et habitat naturels. Timothy Chauke, un agriculteur et un assistant contractuel de recherche sur le terrain pour le projet de collecte de données du 'Agriculture Research Council's Limpopo Basin' (Conseil pour la recherche agricole dans le bassin du Limpopo), estime que la sécheresse est devenue le plus commun et le plus dévastateur de tous les problèmes environnementaux qui touchent le bassin. Chauke, qui est un éleveur de bétail et producteur de cultures, indique que l'impact se fait sentir ici en termes économiques, sociaux et environnementaux. “Des pluies variables et irrégulières signifient que la saison des pluies ne démarre pas souvent à temps et peut être épisodique, avec des précipitations d'une saison entière qui viennent pendant quelques jours”. Il affirme qu’au fil des ans, il a vu une réduction de la qualité du pâturage et des rendements des cultures, et que cela a entraîné une baisse de la qualité de vie et de revenu. “L'insécurité alimentaire est maintenant poussée. Des cas de malnutrition et de famine augmentent. Ma productivité agricole a été réduite de cinq tonnes par hectare de maïs à moins de trois. Notre environnement naturel a été détruit, et par conséquent, cela affecte la productivité”, explique Chauke. Il ajoute que le coût pour les intrants a également augmenté au fil des ans. La plupart des fermiers que IPS a interviewés le long du fleuve Limpopo disent que les niveaux d'eau ont considérablement baissé du fait de l’augmentation des températures dans la journée. Durant ce qui est censé être la saison des pluies dans la région, la sécheresse tue les cultures. La poussière et les tempêtes de sable qui en résultent ont renforcé l'érosion des sols et la pollution atmosphérique, tout en réduisant la productivité des sols. “Nous sommes confrontés à la pauvreté des sols et à la limitation des ressources en eau. La plupart des rivières qui alimentent le Limpopo sont en mesure de fournir de l'eau seulement pendant de courtes périodes de temps chaque année”, indique Chauke. La pollution et la concurrence pour l'eau dans les zones situées le long du fleuve créent un stress important sur les ressources disponibles. La pauvreté est généralisée et les gens sont extrêmement vulnérables aux effets de la sécheresse ou à l’échec des récoltes ici. Chacun des 24 affluents qui alimentent le bassin a des communautés ayant un revenu annuel moyen par habitant de moins de 200 dollars. La famine et la malnutrition sont devenues monnaie courante. Environ un million de personnes dans le bassin dépendent actuellement de l'aide alimentaire. S'adressant au troisième Forum international sur l'eau et l'alimentation, en décembre 2011, en Afrique du Sud, Dr Simon Cook, un scientifique au Centre international d'agriculture tropicale et directeur des 'Challenge Programme for Water and Food Basin Focal Projects' (Projets focaux dans le bassin pour le Programme de défi pour l’eau et l’alimentation – CPWF) de la 'Comparative International Governmental Accounting Research' (Recherche comparative internationale sur la comptabilité gouvernementale – CIGAR), a déclaré que les changements climatiques devraient exacerber les luttes de l'Afrique avec des ressources en eau et la sécurité alimentaire sous tension. Cook dit que les recherches confirment que l’augmentation des températures à travers le monde devrait intensifier les inondations dans certaines régions, entraîner une baisse de la production agricole, menacer la biodiversité et la productivité des ressources naturelles, accroître la gamme de maladies vectorielles et d’origine hydrique, et aggraver la désertification.

