KIKWIT, RD Congo, 10 nov (IPS) – Les 11 candidats en lice pour le fauteuil présidentiel en République démocratique du Congo (RDC) font des promesses pour la sécurité et la pacification du pays. Ces promesses sont diversement interprétées par les Congolais.
«Notre ambition est de doter notre pays de 150.000 hommes de troupes et de 200.000 policiers bien formés en vue d’une stabilité plus forte sur le plan de la défense et de la sécurité publique», a déclaré Adolphe Muzito, Premier ministre de la RDC, le 4 novembre 2011 en rendant public le projet de société de la Majorité présidentielle (MP) qui bat campagne pour le président Joseph Kabila, candidat à sa propre succession.
Muzito estime que la réforme en cours de l’armée, de la police et du service de sécurité dotera la RDC de services républicains de défense et de maintien d’ordre. «L’amélioration des conditions salariales des militaires et policiers, avec l’objectif de plus de 100 dollars américains pour le dernier soldat et policier ainsi que l’assainissement des effectifs, contribueront au parachèvement de la constitution d’une armée et d’une police républicaines fortes».
En attendant les résultats de cette réforme, l’insécurité est encore très présente. «La multiplication des attaques lancées par les porteurs d’armes contre les civils force des dizaines de milliers de personnes du nord et du Sud-Kivu (dans l’est du pays) à fuir», note le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) en RDC sur son site.
D’après une étude indépendante menée récemment pour le CICR, 76 pour cent de la population ont été touchés par le conflit armé, 58 pour cent ont été déplacés, 47 pour cent ont perdu un parent proche, 28 pour cent connaissent une personne victime de violence sexuelle.
D’autre part, le document sur la Stratégie nationale de la lutte contre les violences basées sur le genre, publié en 2010 par le ministère du Genre, de la Famille et de l’Enfant en RDC estime à six millions le nombre de victimes et de déplacés du fait des guerres successives… Les plus grandes victimes de l’instabilité en RDC sont les femmes et les enfants.
Mais Muzito ne dit pas clairement ce que le président Kabila fera, s’il est réélu, par rapport à la lutte contre les violences basées sur le genre.
«Dans le secteur de la justice, l’amélioration des conditions de travail des magistrats et des mesures de moralisation de ce corps vise la mise en place d’une justice susceptible de garantir les droits et libertés des citoyens, et de mettre fin à l’impunité tant décriée», explique-t-il.
«Si nous sommes au pouvoir nous mettrons sur pied une cour internationale mixte pour juger et punir sévèrement les auteurs de viols et de violences faites aux femmes», souligne de son côté Vital Kamerhe, un autre candidat à la prochaine présidentielle. Il se présente pour le compte de l’Union pour la nation congolaise (UNC), un des partis de l’opposition. Il est l’ancien président de l’actuelle assemblée nationale de la RDC.
Kamerhe soutient que la cour internationale mixte «aura des juges compétents et incorruptibles puisque très bien rémunérés». Il entend aussi prendre des mesures appropriées et bannir l’impunité ainsi qu’une justice équipée et distributive.
«Pour une bonne sécurité, nous aurons une armée et une police bien formées, fortes et très bien rémunérées», ajoute-t-il. «Les 150.000 hommes de troupes et 200.000 policiers prônés par la MP s’avèrent insignifiants pour un pays de 2.245.000 km2 et d’environ 63 millions d’habitants», estime viviane Lengelo, présidente du Réseau des femmes en action pour le développement intégré en RDC. En revanche, elle trouve excellente la proposition d’une cour internationale mixte contre les violences basées sur le genre. «Les femmes ont beaucoup souffert pour rien!» Ces promesses politiciennes ne semblent pas convaincre les populations plutôt incrédules. Pour Rose Muntupanza, une paysanne du Bandundu, dans le sud-ouest de la RDC, elles «constituent une simple démagogie». Elle les prend alors avec réserve.
«Des promesses ne sont que promesses. Nous attendons des actions concrètes», renchérit Mbuta Mwashi, militant de l’Union des démocrates mobutistes, un des 400 partis politiques de la RDC.
«Assurer une bonne sécurité pour tous les citoyens dans un pays éléphantesque comme la RDC n’est pas facile, un pays où les femmes subissent de temps en temps des violences de toutes sortes. Il faudra que [le candidat élu président respecte ses promesses], sinon, ça n’ira pas avec la population, surtout avec les femmes», prévient Laurent Bwenia Muhenia de l’Association africaine de défense des droits humains, qui est également un cadre de la société civile en RDC.

