AFRIQUE DE L'OUEST: Un fonds pour lutter contre l'insécurité maritime

COTONOU, 11 nov (IPS) – A l’ouverture d'un séminaire régional sur la sûreté maritime tenu du 8 au 10 novembre 2011 à Cotonou, la France a lancé un fonds de solidarité prioritaire dénommé Appui à la réforme du secteur de la sécurité maritime dans le golfe de Guinée (ASECMAR).

D’une valeur de 800.000 euros, il servira à financer un projet sur trois ans (2011-2014). Les premiers bénéficiaires sont le Bénin, le Togo et le Ghana.

Le fonds permettra aux Etats bénéficiaires de garantir la sécurité maritime dans le golfe de Guinée afin de préserver les conditions de leur développement économique et social, explique le général de corps d’armée Clément Bollée, chef de la délégation de la direction de Coopération de sécurité et de défense du ministère des Affaires étrangères français au séminaire.

Yawo Ametsipé, chef d’état-major de la marine du Togo, s’en réjouit: «La France, à travers ce fonds, viendra renforcer nos capacités. D’abord en appuyant ce qui se fait déjà à l’intérieur de chaque Etat et, ensuite, en fédérant les efforts sur la côte».

La piraterie dans le golfe de Guinée devient de plus en plus préoccupante. Elle «a pris de telles proportions qu’elle est désormais devenue le problème numéro deux du continent africain dans ce domaine», constate le Conseil de sécurité lors d’une rénion le 19 octobre dernier à New York.

«La piraterie représente une perte annuelle de deux milliards de dollars dans les secteurs de la production pétrolière, de la pêche et des transports maritimes», écrit Joy Ogwu, représentante permanente du Nigeria aux Nations unies, dans une lettre du 17 octobre adressée au secrétaire général de l’ONU. Concernant les transports maritimes, les assurances, précise-t-elle, considèrent désormais à haut risque, les eaux du Bénin.

La crainte d’un risque très élevé a eu un impact sur le trafic. Le nombre de bateaux accostant au Port de Cotonou est tombé de 150 cargos à 50 au début du mois d’août 2011, selon les statistiques rendues publiques par la représentante des Etats-Unis à l’ONU, Susan Rice, en octobre dernier.

Le fléau, explique Gérard Araud, représentant de la France à l’ONU, «résulte de la contagion de l’insécurité du delta du Niger aux eaux territoriales voisines et du développement de trafics le long de la côte ouest-africaine, comme la drogue, les migrations clandestines ou les pêches illégales».

Ainsi, le Bureau maritime international, constate qu’entre 2006 et 2010, il y a eu 29 attaques enregistrées au Nigeria. Une vingtaine en 2011 au Bénin, dévoile François Abiola, ministre béninois de l’Enseignement supérieur, à l’ouverture du séminaire.

Pour faire face à la situation, les participants reconnaissent l’inefficacité des interventions individuelles. «La menace que fait peser la piraterie est aggravée par les capacités individuelles limitées dont disposent la plupart des Etats côtiers du golfe de Guinée», faisait déjà remarquer Ban Ki-Moon, à la rencontre du 19 octobre où il avait tenu à être présent parce que celle-ci préparait l’adoption de la résolution 2018 du Conseil de sécurité sur la lutte contre la piraterie dans le golfe de Guinée. Une résolution finalement adoptée le 31 octobre 2011.

Les participants s’accordent sur la nécessité d’actions conjointes entre les pays concernés pour mieux faire face à une criminalité transfrontalière, mieux organisée et violente. C’est déjà le cas des patrouilles mixtes bénino-nigérianes le long des côtes béninoises et des actions conjointes entre le Cameroun et la Guinée Equatoriale, le Gabon et Sao Tomé-et-Principe.

Ces interventions conjointes ont besoin d’être renforcées par une plus grande coopération entre les Etats du golfe, puis entre les organisations de la région que sont la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’ouest (CEDEAO), la Communauté économique des Etats d’Afrique centrale (CEEAC) et la Commission du golfe de Guinée.

Le fonds que vient de lancer la France s’inscrit dans cette perspective. Ce serait une catastrophe s’il advenait que les pirates déjouaient les dispositifs régionaux qui sont en train d’être mis en place», redoute Maxime Ahoyo, chef d’état-major des forces navales du Bénin, parlant à IPS.

Pour que cela n’arrive pas, Candice Welsch, conseillère juridique des Nations Unies en mission spéciale au Bénin sur la question, a souligné à IPS la nécessité de définir et d’harmoniser les législations en la matière.

Pour sa part, Adenike Ukonga, secrétaire adjointe de la Commission du golfe de Guinée, souhaite que le Nigeria, présent à la rencontre, soit pris en compte dans l’exécution de l’ASECMAR. Son absence, estime-t-elle, pourrait être un handicap de taille à l’atteinte des objectifs du projet français.