RD CONGO:: Promesses démagogiques sans programme réel

KINSHASA, 9 nov (IPS) – «En réalité, aucun candidat et aucun parti n’a un programme de société» en République démocratique du Congo (RDC), affirme Mastaki Mushosi, un des responsables du Syndicat national des enseignants des écoles catholiques, dénonçant les promesses démagogiques des candidats aux élections du 28 novembre.

Considéré comme potentiellement l’un des pays les plus riches du continent africain, la RDC vient paradoxalement d’être classée dernière à l’Indice de développement humain (IDH) par le dernier Rapport sur le développement humain.

Pour les populations, au lieu de «promesses démagogiques», les candidats devraient expliquer concrètement comment ils comptent relancer l’économie et faire face aux problèmes de production alimentaire, au chômage, à la pauvreté, à l’insécurité et au non-respect des droits humains dans le pays. Selon la Banque Mondiale, malgré le contexte politique et sécuritaire toujours fragile en RDC, les perspectives économiques à moyen terme semblent toujours positives. Les performances macroéconomiques au cours de l’année 2010 se sont nettement améliorées par rapport en 2009. Après un ralentissement à 2,8 pour cent en 2009 suite aux effets de la crise financière et économique internationale, la croissance économique s’est établie à environ sept pour cent en 2010. Après avoir atteint 53,4 pour cent en 2009, l’inflation a fléchi en-dessous de 10 pour cent en 2010.

«L’Etat a accumulé des excédents budgétaires en 2010 qui ont permis de réduire la pression sur la demande des devises et de maintenir la monnaie nationale relativement stable, avec une légère dépréciation à fin période de 1,4 pour cent en 2010 contre 29,2 pour cent en 2009», indique la Banque Mondiale, dont l’engagement en RDC est l’un des plus importants d’Afrique, soit 2768 millions de dollars US.

«A moyen terme, l’activité économique devrait évoluer à un rythme soutenu avec un taux de croissance d’environ sept pour cent par an, soit 6,5 pour cent en 2011, à la suite de l’augmentation de l’investissement et de l’activité dans les industries extractives ainsi que de la contribution des secteurs des travaux publics et tertiaire.» Mais ces performances ne semblent pas encore se traduire dans la vie des Congolais dans un pays où le revenu par habitant, bien que croissant, est encore très faible, soit 220 dollars US, selon des sources gouvernementales.

«Personne ne se rappelle que les fonctionnaires de l’Etat, les médecins, les infirmiers, les enseignants…n’ont pas reçu leurs salaires depuis de longs mois», ajoute Mushosi qui estime que les candidats promettent tous les mêmes choses. La Commission électorale nationale indépendante (CENI) indique avoir enregistré 11 candidats pour les présidentielles et environ 19.000 candidats pour les législatives. La campagne électorale pour les présidentielles et les législatives a été lancée le 28 octobre 2011.

Malgré le nombre élevé des candidats issus des 417 partis politiques enregistrés au ministère de l’Intérieur, seuls le Parti du Peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD), proche du président sortant Joseph Kabila, l’Union pour la nation congolaise (UNC) de l’ancien président de l’Assemblée nationale devenu opposant, Vital Kamerhe, et l’Union des forces pour le changement (UFC) de Léon Kengo wa Dondo, président du Sénat, battent réellement campagne.

Un communiqué de l’Association africaine de défense des droits de l’Homme (ASADHO), une ONG basée à Kinshasa, indiquait, à la fin octobre, que «seuls les cadres du PPRD, de l’UFC ainsi que ceux qui leurs sont proches ont les moyens de battre campagne, probablement parce qu’ils bénéficient des avantages des fonctions qu’ils occupent dans les institutions».

De son côté, Jacques Djoli, vice-président de la CENI a appelé, dans un communiqué du 3 novembre, tous «les fonctionnaires et les mandataires publics de l’Etat, candidats, à démissionner de leurs fonctions actuelles pour ne pas consacrer une immoralité et une injustice face à d’autres candidats». Il a ajouté: «Il faut sauver l’éthique et la décence qui caractérisent le mandat public et l’engagement politique».

Comme en 2005, la campagne du PPRD, le parti au pouvoir, est centrée sur «la création de l’emploi, l’amélioration du logement, la fourniture de l’eau et de l’électricité, la santé et l’éducation ainsi que l’amélioration des infrastructures», appelés «Les cinq chantiers du président».

«Y croira qui veut», déclare Joe Mazambi, un habitant de Kindu, au Maniema, dans l’est de la RDC. «Cinq ans après les promesses de Kabila, on n’a pas de route ici. On meurt de faim. L’hôpital public de référence ressemble à un mouroir. Il n’existe presque pas d’école et l’ensemble de la jeunesse est sans emploi».

Kizito Nfundiko, membre de l’UNC, parti de l’opposition, proche de Kamerhe, «trois fois victimes d’attaques personnelles pour avoir intégré l’UNC», selon lui-même, ajoute: «Même le programme de pacification ici à Bukavu (l’est de la RDC) est un leurre. Que d’attaques contre les opposants ici à Bukavu!» Pour sa part, Espérance Mawazo, directrice de l’Observatoire de la parité en RDC, une ONG basée à Bukavu, déclare: «Dans une situation de pauvreté généralisée de la population, les candidats devraient moins recourir à la démagogie comme ils l’ont fait en 2005. Ils continuent à promettre ce qu’ils n’ont pas su réaliser depuis 2005 tel que la représentativité paritaire de la femme dans les institutions publiques». Selon l’Observatoire citant le Fonds des Nations Unies pour la population, «en 2005, environ 10 pour cent seulement de femmes ont été élues députées» en RDC.