COMMERCE: L’Afrique australe a de quoi s’occuper

LE CAP, 20 sep (IPS) – L'Afrique australe a progressé avec l'intégration économique régionale, mais des défis demeurent, notamment dans le secteur du commerce, se caractérisant par de longues et difficiles négociations avec des règles commerciales complexes, affirment des experts.

Pas moins de 400 programmes axés sur l'intégration régionale ont été menés dans la Communauté de développement d'Afrique australe (SADC) seule, avec une valeur combinée de huit milliards de dollars. Des projets d'infrastructures ont été achevés et plusieurs protocoles signés. La Zone de libre-échange (FTA) de la SADC a libéralisé 85 pour cent de ses tarifs internes et le commerce intra-SADC a doublé entre 2000 et 2010.

Ces chiffres ont été présentés le 9 septembre à la conférence annuelle du Centre de droit commercial d'Afrique australe, une réunion de haut niveau d'experts en commerce venus d'Afrique et au-delà, tenue au Cap, en Afrique du Sud.

Mais des défis subsistent dans ce bloc politique, qui du point de vue commercial, se caractérise par de longues négociations et des règles commerciales complexes. “Il demeure un certain nombre de pays, tels que l'Angola, la République démocratique du Congo, Madagascar et les Seychelles qui ne participent pas, pour plusieurs raisons”, a déclaré Petros Shayanowako, un chercheur au 'Trades Centre' (Centre commercial), au Zimbabwe.

“Puis il y a des pays comme le Malawi, la Tanzanie et le Zimbabwe qui ont demandé une dérogation à la FTA, essentiellement pour protéger leurs marchés agricoles”, a indiqué Shayanowako. La dérogation signifie que les Etats retardent la mise en œuvre d'un accord commercial jusqu'à ce qu'ils soient prêts.

Au sein de la SADC, l’Union douanière d’Afrique australe (SACU), composée de l'Afrique du Sud, du Botswana, du Lesotho, de la Namibie et du Swaziland, est un noyau relativement développé et prospère de la plupart des pays à revenu intermédiaire plus élevé. Mais même la plus ancienne union douanière du monde est aux prises avec certains problèmes fondamentaux, affirment des chercheurs.

“Il y a un manque de développement industriel commun, de politiques communes et il y a peu de commerce intra-SACU”, a souligné Reginald Selelo, le spécialiste de l'Investissement étranger direct au Centre commercial d’Afrique australe de l’Agence américaine pour le développement international (USAID).

Le développement de politiques industrielles régionales a échappé à l'union douanière. Cela survient à un moment où la SACU est confrontée à plusieurs négociations cruciales. Elle est en négociations avec l'Union européenne par rapport à une série d’Accords de partenariat économique (EPA) problématiques tout en continuant à développer un accord existant avec l'Association européenne de libre-échange, comprenant le Liechtenstein, l'Islande, la Norvège et la Suisse.

A domicile, la SACU est censée être le conducteur derrière l'union douanière envisagée pour la SADC et la Zone de libre-échange tripartite (TFTA), qui relie les FTA de la SADC, le Marché commun d'Afrique orientale et australe et la Communauté d’Afrique de l’est (EAC). La TFTA, dont la première phase devrait être lancée dans trois ans, couvrira 27 pays et près de 600 millions de consommateurs. Mais peu de choses sortent de la SACU ces jours-ci, avec le principal décideur, l’Afrique du Sud, freinant le développement de politiques industrielles régionales. “Sans le soutien actif des Etats membres, le secrétariat de la SACU à Windhoek, en Namibie, est impuissant. Il n'est plus qu'une boîte postale”, a déclaré un expert du commerce agricole.

“Pour atteindre une croissance durable, équitable et équilibrée, la SACU doit accélérer sa politique industrielle régionale, la facilitation des échanges commerciaux, la revue de sa formule de partage des revenus, la création d'institutions communes et l’établissement d'un cadre pour des négociations commerciales unifiées avec des tiers”, a analysé Selelo.

Mais, ce n'est qu'une partie de la solution à la construction d'une SACU plus forte qui à son tour peut vraiment fonctionner comme la pierre angulaire d'un marché commun dans la SADC – bien que cette perspective soit peu probable pour le moment – ou la TFTA.

“La SACU doit également envisager sérieusement l'inclusion d'un agenda d’intégration plus profonde dans le programme de travail qu'elle s'est fixé”, observe Selelo.

Par ailleurs, elle devrait élaborer une ligne directrice claire sur l'adhésion de nouveaux membres. En raison de sa richesse relative, des pays périphériques sont prêts à rejoindre l'union douanière, pas nécessairement pour sa stabilité. Ce problème deviendra plus aigu au fur et à mesure que les marchés entre la SACU et le reste de la SADC et le continent seront libérés.

Le plus important est que la SACU commence à se développer en son sein plutôt que la puissance économique, l'Afrique du Sud, utilise les autres membres pour légitimer le concept d’un tarif extérieur au reste du monde, et appuie leurs budgets en retour.