SOUDAN: Le Nord ressent l’impact économique avant la sécession

KHARTOUM, 6 juil (IPS) – Amira Amer* devient très pointilleuse la minute où elle atteint la station de bus. Un à un, elle laisse passer les nouveaux bus climatisés. Elle attend un bus moins coûteux. Ils sont limités dans la ville chère de Khartoum et sont constamment remplis au point de déborder.

“Lorsque les nouveaux bus climatisés sont arrivés, nous étions heureux et pensions que le gouvernement était finalement sincère au sujet de notre confort, mais malheureusement, ils ne sont pas subventionnés. Ils coûtent deux livres soudanaises (60 cents US); je ne peux payer quatre livres pour un aller-retour”, a déclaré Amer dans un entretien avec IPS.

Le travail d’Amer l’oblige à passer un long moment et dépenser beaucoup d'argent pour voyager afin de satisfaire les besoins de ses clients. Elle achète des produits importés et les vend à ses clients qui attendent qu’elle leur livre les marchandises.

“Bon nombre de mes clients n’arrivent pas à payer sur-le-champ et je dois donc faire des allers-retours pour collecter les versements hebdomadaires ou mensuels”, a-t-elle confié à IPS.

Les choses n'étaient pas si mauvaises pour Amer. Elle a hérité de 60.000 dollars en 2006, lorsque la maison familiale a été vendue. Cette mère célibataire de trois enfants a pu acheter une belle maison pour sa petite famille et économiser même de l'argent pour ses enfants.

A l'époque, une livre soudanaise était égale à 2,30 dollars et la vie était beaucoup moins chère. L'économie soudanaise était en plein essor en raison de la hausse des prix du pétrole et de l'augmentation des investissements étrangers.

Dans les années suivant la signature de l'Accord de paix global en 2005, de nouveaux emplois ont été créés, des cafés grouillaient de clients et les jeunes professionnels étaient en mesure d’acheter des voitures par versements périodiques et pouvaient voyager au Caire, à Dubaï ou à Kuala Lumpur, en Malaisie, pour des vacances.

“Personne ne voyage aujourd’hui, les gens essaient d’économiser leur argent pour les moments difficiles. Les billets étaient beaucoup moins chers il y a quelques mois, mais maintenant, les prix sont en hausse de 25 pour cent”, a indiqué Maha Ali*, une employée d'une agence de voyage dans le centre-ville de Khartoum, la capitale soudanaise.

Ali se faisait beaucoup d'argent à partir des commissions qu’elle percevait lorsqu’elle amenait des clients à l'agence. Aujourd’hui, c'est un combat pour convaincre les gens de voyager, en particulier lorsque certaines compagnies aériennes n’acceptent que des dollars et rejettent la livre soudanaise en fluctuation constante.

L'économie a changé en novembre 2010. Le gouvernement du Nord-Soudan a affirmé que le Soudan manque de devises étrangères et le ministre soudanais des Finances et de l'Economie nationale, Mahmoud Hassanein, a été cité, affirmant que les gens du pays consommaient plus que ce que le pays produisait et cela a entraîné la hausse des prix.

Au début de janvier 2011, les Sud-Soudanais ont voté au cours d’un référendum en faveur de la séparation du nord et cela a lancé les prémices d'une crise économique au Soudan. Actuellement, le Nord-Soudan et le Sud-Soudan partagent équitablement les bénéfices issus de la vente du pétrole découvert dans le sud. Mais cela changera lorsque le Sud-Soudan deviendra indépendant.

Mais le Nord-Soudan a commencé à ressentir les effets de la sécession, même avant le référendum. Les prix ont grimpé en raison de l'inflation et les salaires sont restés inchangés ou ont même baissé.

“Mon salaire a effectivement diminué, je faisais beaucoup de profits et recevais des commissions sur les projets, mais ils ont été supprimés ou réduits de moitié. La vie devient plus chère et je me fais moins d'argent”, a déclaré un membre du personnel de l'Université de Khartoum.

Les prix grimpent à un rythme alarmant. Le prix de l'huile de sésame, un produit régulièrement consommé, est passé de 110 à 126 livres soudanaises et le prix du pain a augmenté de 25 pour cent. Dans les supermarchés, les gens achètent ce qu'ils considèrent être essentiel, tel que le sucre, le lait et la farine. Les produits de luxe sont soigneusement empilés dans des rangées, amassant la poussière.

“J'ai l'habitude de faire les emplettes pour mon ménage toutes les semaines. Je dépensais 250 livres soudanaises sur l'épicerie, les fruits, les légumes et la viande. Aujourd’hui, je paie 350 livres soudanaises”, a indiqué à IPS un professeur de l'Université de Khartoum.

Ahmed*, qui travaille parfois comme un cambiste sur le marché noir, pense que le problème réside dans la valeur de la livre soudanaise.

“Pendant très longtemps en 2010, le gouvernement a insisté que le dollar équivalait à 2,50 livres soudanaises. La valeur de la livre soudanaise n’a cessé de chuter et tant que le gouvernement a lourdement investi en essayant de stopper le marché noir, les gens se sont sentis arnaqués”, a expliqué Ahmed.

Il a ajouté que les restrictions sur la quantité de dollars, que vous pouvez prendre lorsque vous voyagez à l'étranger, ont poussé beaucoup de personnes vers le marché noir. “Vous pouviez échanger l'équivalent de 1.000 dollars seulement à l'aéroport. Vous pouvez obtenir jusqu'à 1.500 euros maintenant, mais ce n'est toujours pas suffisant”, a-t-il affirmé à IPS.

*Les noms ont été modifiés.