ZIMBABWE: Des "diamants de sang" échappent à l’organe de contrôle

WASHINGTON, 5 juil (IPS) – Suite à un récent échec de procédure de l'une des principales organisations de contrôle des “diamants de sang”, des experts préviennent que des pierres controversées issues des champs de Marange, au Zimbabwe, pourraient bientôt se retrouver dans les mains de consommateurs ignorants.

Le Système de certification du processus de Kimberley (PK), un organe d’autorégulation volontaire, surveille l'industrie du diamant en étiquetant les cargaisons de diamants libres de conflit avec un certificat validé par le gouvernement, ce qui garantit aux consommateurs que leurs achats ne financent pas les violations des droits humains.

Les directives de procédure du PK exigent que ses 49 membres, qui représentent 75 pays, parviennent à un consensus absolu sur le statut d’une cargaison de diamants avant que le produit ne soit certifié.

Il y a environ deux semaines, le PK s'est réuni à Kinshasa, en République démocratique du Congo, pour déterminer si les diamants de Marange répondaient ou non aux normes de production du PK.

Malgré l'incapacité de ses membres à atteindre le consensus requis, les exportations de diamants certifiés par le PK, provenant des champs de Marange, ont repris – une démarche qui a gravement compromis la crédibilité de cette organisation de surveillance aux yeux de la communauté internationale.

“Les Etats-Unis sont profondément déçus par les [discussions] de Kinshasa puisqu’[elles] ont porté sur le Zimbabwe”, a déclaré Victoria Nuland, une porte-parole du département d'Etat américain, dans un communiqué il y a deux semaines.

“Les Etats-Unis estiment que des progrès par rapport aux exportations provenant de la région de Marange, au Zimbabwe, ne peuvent se faire qu’à travers un mécanisme convenu par consensus entre les participants au PK. Contrairement à certains [rapports], la 'Kinshasa Intercessional' (Réunion de Kinshasa) n'est pas parvenue à un texte consensuel.

“Nous croyons que le travail en vue d’une solution doit continuer jusqu'à ce qu'un consensus soit atteint; les exportations provenant de Marange ne devraient pas se poursuivre”, a-t-elle affirmé.

Depuis que le président zimbabwéen, Robert Mugabe, s'est rapidement emparé des champs de diamants de Marange, après leur découverte en 2006, les exportations provenant de la région ont généreusement financé son parti répressif et ont été vivement dénoncées par la communauté internationale.

Selon un rapport de 2009 de 'Human Rights Watch' (HRW), les soldats de Mugabe ont massacré au moins 200 mineurs et recruté des ouvriers – y compris des enfants – qui travaillent dans des conditions épouvantables dans des endroits où des cas de torture et d’assassinat sont restés impunis.

Une déclaration faite par HRW il y a deux semaines indiquait que la Réunion de Kinshasa a eu lieu trois mois après que son nouveau président, Mathieu Yamba, a lancé un communiqué unilatéral autorisant le Zimbabwe à exporter les pierres de Marange sans aucune surveillance des violations des droits humains ou une preuve de conformité aux exigences du PK.

“Des mineurs, des détaillants et des consommateurs ont compté sur le Processus de Kimberley pour empêcher la vente des diamants de sang, mais avec la décision de Yamba, le PK a trahi leur confiance”, a indiqué Arvind Ganesan, directeur des affaires commerciales et des droits humains à HRW.

“Ce que le PK a fait ici est essentiellement légitimé par un dictateur”, a déclaré à IPS, Tom Zoellner, auteur du livre intitulé: “La pierre sans cœur: Un voyage à travers le monde des diamants, supercherie et désir”. Il a ajouté: “L'industrie agissait dans la magnanimité intéressée lorsqu’ils ont [créé] le PK, mais il n'a jamais été le mécanisme inflexible qu’ils ont présenté comme… maintenant, il s'est discrédité complètement en tant qu’organe de régulation”.

Le PK n'est plus étranger à de telles critiques. Depuis sa création en 2000, une réponse à une décennie de pression des Nations Unies, le protocole du PK a souvent été critiqué pour des faiblesses conceptuelles qui limitent sa viabilité réglementaire, en particulier son incapacité constante à élaborer une définition exhaustive du terme “conflit”, même tout en prétendant être une organisation mondiale de surveillance des “diamants de conflit”.

“Il n’avait rien prévu au cas où un gouvernement brutalise son propre peuple”, a souligné Zoellner à IPS. “Lorsque les champs de Marange ont été abordés, le [PK] était l'un des plus beaux cadeaux qui soit offert à Mugabe”.

HRW a ajouté: “Selon les règles [du PK], un diamant de conflit est rigoureusement défini comme celui vendu par un groupe rebelle pour mener une guerre contre un gouvernement”.

“Cette définition a laissé un grand vide, puisqu’elle n'empêche pas un gouvernement comme [celui de Mugabe] de commettre des exactions lorsqu’il extrait ou vend des diamants”, a indiqué HRW.

Zoellner a ajouté que l'indifférence récemment affichée du PK par rapport aux procédures établies par lui-même devrait “servir de signal pour que les gens aient même moins confiance au PK que [par le passé]”, et mettent vivement en cause la capacité du groupe à gérer l'industrie internationale.

Tandis que l'Australie, le Canada et l'Union européenne ont rejoint les Etats-Unis en refusant de reconnaître les diamants du Zimbabwe comme étant “libres de conflit”, d'autres ont été moins enclins à adopter une position morale.

La 'South Africa Diamond and Precious Metals Regulator' (L’Autorité sud-africaine de régulation des diamants et métaux précieux) a annoncé, dans un communiqué à ses membres, que “nous [continuerons à] accepter les importations de diamants bruts du Zimbabwe”.

En l'absence d'une interdiction universellement acceptée, la Chine – un proche allié du Zimbabwe – est susceptible de faire de même.

Zoellner a averti que la prolifération des diamants de conflit dans ces pays entraînerait l'implication involontaire, dans l'industrie du diamant de sang, même parmi les consommateurs dont les pays ont dénoncé ce commerce.