KENYA: Le vide juridique persiste et la biotechnologie est introduite en douceur

NAIROBI, 21 mai (IPS) – L’agriculture associée aux organismes génétiquement modifiés (OGM) devient de plus en plus répandue au Kenya à cause de la promotion de la biotechnologie à travers des systèmes ingénieux, aggravée par l’absence d’un cadre juridique pour la commercialisation de ces produits controversés.

Le système d’assurance de Kilimo Salama (Agriculture sans risque) ne dédommage pas seulement les agriculteurs pour les pertes subies, à cause de la sécheresse prolongée, mais aussi pour la destruction due aux pluies excessives, selon Rose Goslinga, coordonnatrice d’assurance à la Fondation Syngenta pour une agriculture durable.

La Fondation Syngenta est une organisation à but non lucratif rattachée à l’entreprise Syngenta qui fait des recherches et produit des semences génétiquement modifiées. La fondation est impliquée dans le projet “Safe Biotechnology Management” (Gestion sans risque de la biotechnologie – SABIMA) visant à promouvoir la technologie des OGM au sein des petits agriculteurs au Ghana, au Nigeria, au Burkina Faso, au Kenya, en Ouganda et au Malawi.

Goslinga explique le projet au Kenya comme suit: les agriculteurs qui subissent des pertes de récolte sont dédommagés à travers des paiements de semences. Au départ, ils achètent huit kilogrammes de semences, qui est la mesure normalisée pour semer un hectare de terre. Le revendeur délivre à l’agriculteur un code.

L’agriculteur envoie ensuite le code à un numéro de ligne fixe à travers les messages SMS du téléphone portable, qui est ensuite reçu et enregistré dans les bases de données de la compagnie d’assurance UAP et de la Fondation Syngenta.

Chaque saison de récolte est surveillée par une station météorologique équipée de technologie solaire pour informer la compagnie d’assurance sur une mauvaise récolte imminente. Les données sont ensuite traitées pour déterminer la portée du dédommagement, affirme-t-elle.

“S’il y a eu une mauvaise récolte, chaque agriculteur est informé des paiements par SMS”, indique Goslinga. “Les stations météorologiques automatisées minimisent les coûts en évitant le besoin de visites de terrain coûteuses dans les fermes pour déterminer les risques et les pertes. Cela rend l’assurance possible à la fois pour l’agriculteur et la compagnie d’assurance”.

Jusqu’à présent, 12.000 agriculteurs kenyans ont été inscrits dans le système et, selon le directeur exécutif de la Fondation Syngenta, Marco Ferroni, quelque 50.000 autres devraient y adhérer.

“Cette initiative s’est développée à partir d’un petit programme pilote en 2009 pour devenir le plus grand programme d’assurance en Afrique et le premier à utiliser la technologie du téléphone mobile pour accélérer l’accès et les paiements aux agriculteurs ruraux”, indique Ferroni.

La Coalition pour la biodiversité du Kenya (KBioC) considère le système comme faisant partie de l’appétit renouvelé des firmes multinationales de fabrication de semences à utiliser le Kenya comme un terrain d’essai pour les OGM en offrant des semences aux agriculteurs.

Wanjiru Kamau, porte-parole de KBioC, reconnaît que c’est une idée noble d’offrir l’assurance aux agriculteurs qui sont confrontés continuellement à la mauvaise récolte, mais elle s’énerve quand elle apprend que Syngenta est l’une des organisations qui sont derrière cela.

“Nous doutons que cela soit dans l’intérêt des Kenyans parce que Syngenta est l’une des principales firmes multinationales qui fabriquent des semences génétiquement modifiées”, observe Kamau. “Les groupes favorables à la biotechnologie, financés par des multinationales qui fabriquent des semences, exercent beaucoup de pression sur les décideurs politiques du Kenya pour commercialiser les OGM”.

La technologie des OGM s’est introduite dans l’agriculture au Kenya bien qu’un cadre juridique ne soit pas encore mis en place.

Par exemple, la variété de coton Bt a été testée, mais Roy Mugiira, le président en exercice de la “National Biosafety Authority” (Autorité nationale de la biosécurité – NBA), déclare que son agence ne peut pas encore autoriser sa distribution parce que les réglementations sur la commercialisation des OGM n’ont pas été finalisées.

Selon Mugiira, trois séries de règlementations sur l’utilisation contenue, la protection environnementale ainsi que sur l’exportation et l’importation ont été élaborées et doivent être minutieusement examinées avant approbation.

Mais une enquête menée par KBioC a constaté que la variété de la semence a été semée par des agriculteurs dans la région de Rift Valley malgré la confirmation selon laquelle elle contenait une souche génétiquement modifiée. Cela, selon KBioC, est arrivé avant que le président Mwai Kibaki n’ait approuvé la Loi sur la biosécurité en février 2009.

“Nous soupçonnions que beaucoup de semences génétiquement modifiées, notamment pour le maïs, étaient en train d’être importées d’Afrique du Sud, soit comme du maïs contaminé soit comme des OGM simples”, se rappelle Kamau. “Nous sommes allés dans les principales régions de production du maïs et nous avons fait des prélèvements d’échantillons au hasard. Nous avons acheté les semences et avons constaté qu’elles étaient associées à des souches génétiquement modifiées.

Après avoir soumis la preuve à l’agence chargée des importations de semences, le Service d’inspection phytosanitaire du Kenya (KEPHIS), il s’est avéré qu’il n’y avait aucun certificat de décharge pour prouver que les semences n’étaient pas des OGM.

“KEPHIS a fait une sortie publique et a démenti les allégations, mais nous avons su, à partir de nos réseaux en Afrique du Sud, que l’agence n’avait pas exigé un certificat qui aurait montré que l’importation était en réalité des semences de maïs génétiquement modifiées”, affirme Kamau.

“Donc, même si le Kenya n’a pas commercialisé les OGM, il est probable que les agriculteurs mettent en terre des semences génétiquement modifiées sans les connaître”, explique Kamau.

Bien que les partisans des OGM nient le fait que les cultures génétiquement modifiées poussent peut-être déjà dans des centaines de petites fermes du Kenya, le directeur du Service international pour l’acquisition des applications de biotechnologie agricole (ISAAA) à Nairobi, Dr Margaret Karembu, prévoit que 10 pays africains auront adopté la technologie avant 2015. L’ISAAA promeut l’utilisation des OGM par des agriculteurs pauvres.