LUSAKA, 11 mai (IPS) – La Zambie a joui d’une croissance économique d’environ six pour cent par an au cours de la décennie passée, affirme Patrick Mucheleka, mais le gouvernement ne parvient pas à traduire cela en un développement social et économique pour la majorité des citoyens.
La conférence sur les pays les moins avancés, organisée cette semaine en Turquie, devrait offrir une occasion de réajuster l’approche de développement du pays.
Mucheleka, qui dirige la Société civile pour la réduction de la pauvreté, un réseau de plus de 140 organisations de développement en faveur des pauvres en Zambie, déclare que les chiffres de la croissance économique doivent être déduits du taux de croissance démographique dans le pays. En outre, les secteurs qui ont connu de croissance nécessitent beaucoup d’investissement, créant relativement peu de nouveaux emplois.
La Zambie sera parmi les pays participant à la quatrième Conférence des Nations Unies sur les pays les moins avancés (PMA), organisée depuis le 9 mai à Istanbul. Cette conférence – aux côtés d’un forum sur la Loi américaine sur la croissance et les potentialités de l’Afrique (AGOA), qui se tiendra à Lusaka en juin – offre de nouvelles opportunités de réajuster l’approche de développement de la Zambie.
Voici un extrait de l’entretien que Mucheleka a accordé à IPS.
Q: Quelles questions relatives au record de performance économique et de gouvernance de la Zambie devraient être-elles abordées, selon vous, au cours de la conférence sur les PMA, à Istanbul pour s’assurer que le développement profite à tous les Zambiens? R: Il y a un certain nombre de questions. La Zambie devrait répondre au besoin d’objectifs de développement humain et être en mesure d’indiquer de quel pourcentage nous devrons réduire la pauvreté dans des années déterminées.
Le pays devrait également discuter de la stimulation de la croissance économique dans les zones rurales.
Dans les industries extractives, les accords de développement signés pendant la privatisation des mines de cuivre n’étaient pas favorables et ont donc contribué aux faibles bénéfices tirés par le gouvernement zambien. La Zambie devrait se prononcer sur cela pendant la conférence afin d’obtenir le soutien du monde. La révision immédiate de ces accords améliorera les gains provenant des exportations de cuivre pour le gouvernement zambien, notamment dans la vision du programme Initiative pour la transparence dans les industries extractives.
Le gouvernement devrait également aborder l’autonomisation et la participation active des pauvres à la gouvernance d’une part, et la responsabilité des institutions publiques envers les pauvres d’autre part. Cela constitue une plateforme essentielle pour le développement humain et la réduction de la pauvreté.
Q: Quelles recommandations spécifiques feriez-vous par rapport aux secteurs de l’énergie, de l’exploitation minière et de l’agriculture pour ces conférences? R: L’accent devrait être mis sur le secteur de l’agriculture puisqu’il est le fournisseur de moyens d’existence pour une grande partie de la population et a un lien direct avec l’éradication de la pauvreté. Ce secteur a besoin d’investissement important dans les infrastructures et la recherche ainsi que des pratiques agricoles efficaces, des technologies durables, l’accès au mécanisme de financement et de commercialisation.
Le gouvernement zambien doit réfléchir globalement à l’agriculture, par exemple l’accent mis sur la production du maïs au détriment d’autres sous-secteurs comme le développement de la pêche et de l’élevage, n’aide pas le développement de l’agriculture en Zambie.
Dans le secteur des mines, le pays a besoin d’accroître la collecte des recettes provenant des minéraux afin qu’elles profitent aux Zambiens et aux générations futures. En tant que pays, nous avons besoin de nous écarter de la dépendance du cuivre, d’un investissement à long terme et à grande échelle dans les minéraux tels que les pierres précieuses, le manganèse, l’uranium et autres métaux précieux.
La Zambie a besoin d’une politique sur les minéraux – cette politique devrait indiquer le développement des ressources minières en tenant compte des considérations nationales et stratégiques.
L’énergie demeure encoure un défi à travers le pays. Les populations, notamment des régions rurales, dépendent toujours des sources d’énergie traditionnelles [comme le bois de chauffage et le charbon]. Le manque d’énergie adéquate a réduit les opportunités de développement en Zambie. Il est par conséquent important d’étendre les infrastructures énergétiques et d’augmenter la capacité pour la production d’énergie, notamment l’énergie renouvelable.
Q: Il a été affirmé par certains milieux que peu de choses se font pour attirer l’investissement étranger.
R: Nous devons d’abord nous occuper de nos défis de gouvernance – la corruption et le constitutionalisme.
Nous devons avoir une feuille de route claire pour l’investissement direct étranger. Il devrait être géré d’une manière qui assure que les Zambiens en bénéficient. Par exemple, les investisseurs devraient être informés des “choses autorisées et des choses interdites” en Zambie, cela permettra de les orienter par exemple sur les questions de la précarisation de l’emploi.
Q: Le Forum 2011 de l’AGOA se tiendra en Zambie en juin, sous le thème “Renforcement des échanges commerciaux à travers la compétitivité, la valeur ajoutée et l’intégration régionale approfondie”.
Comment la Zambie peut-elle renforcer sa propre économie et son développement en faveur des pauvres à la lumière de ce thème et de l’AGOA elle-même (une loi américaine vieille de 10 ans destinée à offrir un appui et des incitations aux pays africains qui font le commerce avec les Etats-Unis)? R: Le thème même résume les questions essentielles dans l’amélioration des échanges commerciaux – et je dirais que rien ne peut être plus important que le fait d’affronter la concurrence, la valeur ajoutée et l’intégration régionale – toutes des questions qui continuent d’être un défi pour la Zambie. Souvent, nos produits ne sont pas compétitifs sur les marchés régionaux et mondiaux.
Généralement, les produits zambiens sont confrontés aux défis de la faiblesse de la valeur ajoutée pour répondre aux normes internationales. Le thème représente par conséquent les défis et les solutions aux échanges commerciaux de la Zambie.
Ce dont les commerçants zambiens ont besoin, c’est l’accès aux informations sur les financements et les marchés. L’accès aux crédits avec des taux d’intérêt raisonnables permettra aux commerçants de produire des biens compétitifs, capables de rivaliser au niveau international. L’accès à l’information les aiderait à trouver de marché pour leurs produits. Les commerçants gagneront ensuite en termes de profits.
Q: A votre avis, quelles sont les opportunités que présente l’organisation du Forum sur l’AGOA pour la Zambie? R: Malgré les opportunités immenses sous l’AGOA, la Zambie traîne à profiter du marché américain. On espère toutefois que le forum placera la Zambie au centre des échanges commerciaux et des investissements internationaux.
La Zambie n’a pas tiré de bons profits en faisant le commerce avec d’autres pays africains; on espère donc que le forum sur l’AGOA, qui se tiendra en Zambie, aidera également les Zambiens à créer des liens régionaux.
Au cours du Forum sur l’AGOA, les entrepreneurs zambiens auraient l’occasion de discuter des accords de partenariat avec leurs homologues américains, qui leur permettraient d’exporter des produits de qualité supérieure vers les marchés américains. Le forum sur l’AGOA à Lusaka offrirait aux petites et moyennes entreprises (PME) locales l’occasion de présenter leurs produits et de créer des liens d’affaires avec des PME internationales.
La conférence offre également l’occasion aux Zambiens de montrer leurs potentiels dans l’amélioration des moyens d’existence à travers le commerce. Les Zambiens auront la chance de discuter et de trouver des solutions aux problèmes auxquels ils sont confrontés dans l’exportation de leurs produits.

