FREETOWN, 6 mai (IPS) – Il était à tous les endroits pendant la campagne pour l’élection des conseillers locaux en 2008, mais personne n’a vu ce conseiller depuis qu’il est élu, déclare Ismael Bakarr, un journaliste à Freetown. “Il a simplement disparu”.
Bakarr, un habitant de la 106ème circonscription électorale, dans la capitale sierra léonaise Freetown, affirme que les candidats à travers le pays ont promis de réaliser des choses, une fois élus, qui se sont révélées être au-dessus de leurs pouvoirs en tant que conseillers locaux. “[Notre conseiller] a promis d’amener de l’eau courante dans la région et il n’y a toujours rien”, indique le journaliste. “Nous avions une panne d’électricité pendant plus de trois mois, mais le conseiller était introuvable”. La gouvernance locale ne se réalise pas en un jour. La Sierre Leone a réintroduit les conseils de gouvernement local en 2004 après 30 années d’absence. L’expérience des six dernières années suscite des questions sur la façon d’introduire avec succès une autorité démocratique efficace et une bonne sensibilité au niveau local dans un pays où peu de gens ont l’expérience de la participation active à la gouvernance. La délégation de pouvoir aux conseils locaux est en retard par rapport au calendrier, avec la responsabilité pour des services essentiels tels que l’eau et la gestion des déchets, ainsi que des infrastructures comme les routes parmi les domaines importants demeurant sous le contrôle du gouvernement central. Les chefs traditionnels se montrent également réticents à céder leur contrôle de longue date sur la collecte et les dépenses des taxes locales aux nouvelles autorités. Mieux comprendre les problèmes 'Campaign for the Voiceless' (Campagne pour les sans voix – CAMPVO) est une organisation non gouvernementale nationale travaillant sur l’amélioration de la qualité – et l’intérêt – de la responsabilité sociale en Sierra Leone. Soutenue par le Fonds pour la gouvernance et la transparence du département britannique pour le Développement international, la CAMPVO a mené une enquête sur la perception du public afin d’identifier les défis, les lacunes et les solutions possibles aux problèmes rencontrés par les conseils locaux, à partir des points de vue des gens qu’ils sont censés servir. L’enquête a constaté que les conseillers n’arrivent pas à organiser des réunions communautaires pour discuter de développement, fournir des informations sur les services nécessaires ou solliciter les opinions des électeurs sur des questions. Le directeur de la CAMPVO, Mohamed Turay, confirme le point de vue de Bakarr selon lequel les conseillers ainsi que les électeurs ne connaissent toujours pas les rôles et les responsabilités du gouvernement local. “[Les citoyens] semblent ne pas savoir, par exemple, vers où se tourner lorsqu’il y a une épidémie de maladie dans la communauté ou ce qu’il faut faire lorsqu’il y a une crise d’eau ou de sécurité”, affirme Turay. “La conséquence, c’est la personnalisation ou la privatisation de l’action par des individus et des familles en réponse à ces besoins communautaires”. Une récente panne d’électricité dans le quartier de New England Ville à Freetown, causée par un transformateur défectueux, illustre ce constat. Au lieu que ce soit le conseiller local qui conduise le processus de rétablissement de l’électricité, c’étaient les chefs de famille qui ont fait le tour de la communauté, mis en commun des ressources et acheté un transformateur de rechange – peu disposés à attendre que la Société nationale d’énergie électrique mette du temps pour le remplacer. La défensive des conseillers “Nous sommes obligés d’être invisibles”, confie le conseiller Michael Bayoh de la 246ème circonscription électorale, dans la chefferie de Tinkonko, dans le district rural de Bo, “parce que la convocation d’une réunion signifie qu’il faudra rafraîchir les gens, [qu’on leur donnera à manger et à boire] et la plupart du temps nous n’avons pas l’argent pour faire cela”. Le défi est que les Sierra-Léonais ressentent toujours les forces et faiblesses d’un nouveau niveau de gouvernement. La majorité des conseillers sont peu instruits et sans emploi; dans plusieurs cas, ils considéraient l’élection au conseil local comme un moyen de sortie de la pauvreté. Mais le poste n’est pas rémunéré; les conseillers sont plutôt considérés maintenant par leurs électeurs comme des politiciens – c’est-à-dire des riches. “Les conseillers reçoivent seulement la modique somme de 300.000 leones (environ 70 dollars) par mois et cet argent est payé trimestriellement… et vient toujours en retard”, explique Remi Martin, un conseiller de la 250ème circonscription électorale, dans la chefferie de Lugbu, également dans le district de Bo. “On ne nous paie pas de salaires et la plupart du temps, les gens ont cette conception selon laquelle nous sommes des politiciens et très riches, donc il y a toutes sortes de demandes qui nous sont faites, du financement des projets communautaires aux dépenses des ménages”. Bayoh est d’accord. “L’attente des gens constitue vraiment un défi pour nous et quand vous ne répondez pas à ces attentes, vous commencez à creuser votre propre tombe pour les prochaines élections locales. La population vous enterrera à coup sûr”. Ce conseiller a indiqué à IPS que le travail, avec le comité de sa circonscription électorale, est aussi entravé par le manque de ressources. “Ils ne reçoivent pas d’indemnités de voyage pour participer aux réunions – notamment lorsque la ville ou les sections qu’ils représentent sont loin du conseil de district. Ils espèrent en retour que nous prenions en charge toutes leurs dépenses et nous ne pouvons pas. Ainsi, la plupart du temps, toute une année passera et nous sommes incapables de nous réunir”. Un succès futur Le Secrétariat de la décentralisation, l’organe national chargé de la conception et la mise en œuvre des gouvernements locaux, a introduit de nouveaux niveaux minimums d’instruction pour les conseillers, ainsi que la fourniture d’une formation et d’un personnel technique pour aider les conseils à mener à bien leurs tâches. Après avoir terminé son enquête, la CAMPVO travaille maintenant à l’amélioration de l’engagement entre conseils et citoyens. Ceci devrait permettre d’une certaine manière d’aligner les attentes des gens avec les pouvoirs et capacités réels de leurs conseils ou conseillers locaux.

