MALAWI: Une approche ingénieuse sous-tend la nouvelle campagne d’assainissement

LILONGWE, 5 avr (IPS) – Le marché peut mieux faire: une campagne d’assainissement et d’hygiène qui sera lancée au Malawi envisage d’appliquer ce principe pour améliorer la propreté et la santé publique des villes du pays.

Cette campagne, baptisée “Marketing de l’assainissement et promotion de l’hygiène”, compte promouvoir l’entreprenariat dans les communautés à faible revenu tout en abordant les besoins d’assainissement et de santé.

Elias Chimulambe, un expert en eau et assainissement travaillant sur la campagne, a indiqué que le Malawi rejoignait sept autres pays africains: le Bénin, la Tanzanie, l’Ouganda, le Sénégal, le Burkina Faso, le Kenya, et l’Ethiopie qui ont déjà lancé leurs campagnes et qui font des progrès dans l’amélioration de l’assainissement et l’entreprenariat en terme de propreté.

“Nous espérons par conséquent que comme le Malawi suit le mouvement des pays qui se font du bien, il fera ainsi avec tout le sérieux qu’exige le travail qui démarre sous peu”, a déclaré Chimulambe.

Jusqu’aux deux-tiers des deux millions de citadins au Malawi vivent dans des conditions précaires sans un assainissement adéquat. Cette campagne vient dans un contexte de mauvaise hygiène publique, aggravée par une population urbaine en pleine expansion et la pauvreté généralisée. Quelque 60 pour cent des 13 millions de Malawites vivent en dessous du seuil de pauvreté, selon les Nations Unies.

“La plupart des citadins au Malawi dépendent des latrines à fosse traditionnelles qui sont partagées par plusieurs ménages”, a souligné Sandram Maweru, secrétaire au développement de l’irrigation et de l’eau, le 9 mars, à une conférence de presse. “Seulement 30 pour cent de la population ont accès à des latrines à fosse améliorées. Seulement 20 pour cent de toute la population urbaine utilisent des toilettes reliées à des fosses septiques”.

Il a dit que les bonnes pratiques d’hygiène n’ont pas été largement adoptées par les habitants; des études réalisées par les conseils de l’eau de Lilongwe et de Blantyre ont indiqué que moins de 10 pour cent de la population urbaine lavent régulièrement leurs mains avant de faire la cuisine ou de manger.

“Juste entre 35 et 50 pour cent des habitants ont toujours lavé leurs mains après s’être rendu aux toilettes”, a affirmé Maweru.

Appliquer l’énergie du marché Les messages sont bien connus – vanter les mérites des latrines améliorées et insister que les gens lavent toujours leurs mains au savon dans cinq circonstances: après les toilettes, avant de préparer la nourriture, avant de manger, avant d’allaiter et après avoir changé les couches sales des bébés.

Mais ce qui est nouveau est que cette campagne vise à provoquer un changement de comportement dans les zones à faible revenu en travaillant étroitement avec les exploitants des petites et moyennes entreprises. Blantyre, la capitale commerciale, compte 436.000 habitants vivant dans des zones mal desservies par les lignes d’eau et d’égouts; la ville capitale, Lilongwe, compte encore 400.000 habitants. Ces gens sont en train d’être désignés comme étant un grand marché sous-alimenté.

Chimulambe a indiqué que la promotion de l’assainissement stimule la demande des produits, des services, ou des pratiques pour faciliter l’appropriation ainsi que l’accès à l’assainissement amélioré et l’adoption de pratiques d’hygiène saines. “Au cœur de cette campagne, figure l’appel au changement de comportement comme une plateforme pour susciter la demande de l’amélioration des installations et des pratiques d’assainissement et d’hygiène”, a expliqué Chimulambe.

La campagne inclura un appui pour les maçons et autres petits entrepreneurs.

“Il est important de noter qu’avant de susciter la demande, il est nécessaire d’avoir une fourniture solide, sinon vous courez le risque de créer des communautés réticentes à la demande. Il y a donc la nécessité de comprendre les limites et les possibilités des petites entreprises”, a indiqué Muheva.

Les vendeurs de ciment, d’acier, de bois et autres matériels nécessaires pour les latrines à fosse, les maçons qui coulent les dalles qui couvrent les fosses, et les commerçants qui vendent du savon et des récipients d’eau sont encouragés à profiter de la campagne pour faire plus d’affaires.

L’idée est que la mise en place d’une forte demande pour les latrines améliorées générera des bénéfices pour ces différentes parties.

“A long terme, nous comptons promouvoir toutes les industries et ajouter de la valeur à la chaîne en demandant simplement aux gens d’utiliser des toilettes améliorées et de laver par la suite leurs mains au savon”, a déclaré Maweru. “Qui a dit qu’il n’y a pas d’argent à gagner dans l’entreprise des toilettes?”.

La campagne est financée par la Banque mondiale, qui fournit un appui financier et technique au gouvernement du Malawi dans le cadre du Programme d’eau et d’assainissement pour l’Afrique. Une subvention de 200.000 dollars US a été accordée pour la promotion visant à préparer le terrain pour les activités de marketing de l’assainissement. Un financement supplémentaire atteignant 800.000 dollars sera rendu disponible pour le renforcement de la campagne.