NIAMEY, 4 avr (IPS) – Le Niger a lancé, avec le soutien de ses partenaires, une nouvelle initiative visant à faciliter aux couches démunies du pays l’accès à moindre coût aux combinaisons thérapeutiques pour le traitement du paludisme.
Ce traitement est fait avec des médicaments à base d’artémisinine (ACT) recommandées actuellement par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Selon Dr Abani Maazou, coordonnateur du Programme national de lutte contre le paludisme (PNLP) basé à Niamey, cette initiative dénommée «Facilité d’accès aux médicaments antipaludiques à des prix abordables» est lancée grâce à une subvention pour l’achat des ACT accordée au Niger par le Fonds mondial de lutte contre le SIDA, la tuberculose et le paludisme. «Cette subvention a permis d’instituer un mécanisme de co-paiement permettant à l'Office national des produits pharmaceutiques et chimiques et à toutes les centrales d'achat et d'approvisionnement en ACT de se ravitailler à moindre coût auprès des laboratoires agréés», a expliqué Maazou, la veille du lancement officielle de l’initiative, le 25 mars 2011, à Niamey, la capitale nigérienne. «Ainsi, le traitement adulte vendu auparavant à 5.000 francs CFA (environ 11 dollars US) est désormais cédé à 350 (76 cents) et celui de l'enfant qui était à 3.000 (6,5 dollars) revient à 200 francs (43 cents)», a-t-il ajouté. Selon Maazou, ces prix, fixés par un arrêté ministériel d'un commun accord avec les opérateurs privés, sont actuellement appliqués dans les pharmacies, dépôts publics et privés légalement établis sur toute l'étendue du territoire national. Des actions multiformes on été menées pendant des années au Niger contre le paludisme, comme l’institution de la gratuité des médicaments antipaludiques pour les enfants de moins de cinq ans et les femmes enceintes, la distribution gratuite de plus de 2,5 millions de moustiquaires imprégnées d’insecticide… Mais malgré ces actions, la maladie représente encore plus de 25 pour cent des causes de consultations dans les centres de santé, selon les statistiques sanitaires du pays. «A la fin 2010, Les formations sanitaires de notre pays ont notifié 3.138.696 cas de paludisme présumés avec malheureusement 3.929 décès», indique Maazou. En 2009, 2.210.240 cas ayant causé 2.954 décès, ont été enregistrés dans le pays, selon l’Institut national de la statistique basé à Niamey. Cette nouvelle initiative visant à lutter efficacement contre le paludisme, à travers la vente des ACT à des prix très bas, est accueillie avec un ouf de soulagement par les populations, a constaté IPS. «A 350 FCFA la dose adulte et 200 FCFA le traitement enfant, c’est carrément la gratuité. La modicité de ces prix permet au plus grand nombre, en ville comme en campagne, d’accéder enfin à un traitement efficace contre le paludisme», déclare à IPS, Fati Abdou, de «Sapta», une organisation féminine de lutte contre l’insalubrité basée à Niamey. «Mon enfant de dix ans souffrant de paludisme est actuellement sous ce traitement. Et comme annoncé, j’ai acheté la plaquette de comprimés ACT à 200 FCFA dans une pharmacie privée de la place», témoigne à IPS, Laouali Sahirou, un habitant de Niamey, satisfait de l’initiative. Selon Halimatou Boubacar, une enseignante de Tillabéri (ouest du pays), contactée au téléphone par IPS, le médicament est actuellement disponible dans les officines de la localité. «J’ai personnellement vérifié la disponibilité des doses et le coût, c’est le même prix de vente qu’à Niamey», confirme-t-elle, qualifiant cette politique de «salutaire». A Maradi, dans le centre-est du pays, Abdou Moutari, un agent de santé basé, interrogé par IPS, a fait la même observation: «Dans toutes les officines que j’ai visitées, les ACT sont disponibles aux prix annoncés. Cette initiative permettra de soulager les souffrances des populations, surtout pendant l’hivernage où on enregistre la flambée de paludisme». Pour rendre effective l’opération, le «Fonds mondial a approuvé environ 1,2 million de doses de combinaisons thérapeutiques à base d’artémisinine, soit quelque 870.000 dollars US en cofinancement pour le Niger», a indiqué Khardiata Lô N’Diaye, la coordonnatrice du système des Nations Unies à Niamey, à l’occasion du lancement de l’initiative. Selon Lô N’Diaye, le Niger est pour l’instant le seul pays d’Afrique francophone de l’ouest à bénéficier de cette phase pilote étalée sur la période 2010-2011 et qui couvre huit pays dont le Cambodge, le Ghana, le Nigeria, le Kenya, Madagascar, la Tanzanie et l’Ouganda. Gérant d’une pharmacie privée à Niamey, Bachir Mato a exprimé à IPS sa satisfaction que le Niger soit parmi les pays bénéficiaires de l’initiative. Mais il a soulevé une inquiétude: «Il faut craindre que des doses commandées pour le Niger ne prennent d’autres destinations avec le temps, à travers des mécanismes de détournement».
Mato cite l’exemple des moustiquaires imprégnées d’insecticide dont, selon lui, des lots destinés au Niger avaient été retrouvés en vente sur le marché, il n’y a pas longtemps, dans certains pays de la sous-région comme le Burkina Faso, le Bénin, et le Mali. «Cette initiative (des ACT) vise à réduire la morbidité et la mortalité dues à cette maladie au Niger en augmentant jusqu'à 80 pour cent la prise en charge correcte des cas présumés du paludisme simple d'ici à 2012», déclare le ministre nigérien de la Santé publique, le professeur Nouhou Hassane.

