POINTE-NOIRE, 25 mars (IPS) – Fabienne Makaya est assistante sociale à Pointe-Noire, la capitale économique du Congo. Chaque matin, elle visite une dizaine de tuberculeux en phase intensive, et leur apporte des médicaments. “Sur notre insistance, ils prennent les produits sans problème”, affirme-t-elle à IPS.
“Quand je vois cette assistante sociale, je suis rassurée que mon enfant prendra ses médicaments. Avant, seule, je ne pouvais pas lui faire admettre de suivre régulièrement son traitement”, témoigne Martine Massounga, mère d’un tuberculeux au quartier Tiétié, l’un de foyers de la tuberculose à Pointe-Noire – 75 pour cent des malades -, selon une étude réalisée en 2009 par le Centre anti-tuberculeux de cette ville. “Même les grandes personnes ont du mal à prendre les comprimés. Or, la phase intensive exige une prise régulière des médicaments”, affirme à IPS, Julienne Mandaka, une autre assistante sociale. Selon elle, les malades trouvent la durée du traitement trop longue et fatigante. Selon le Centre anti-tuberculeux de Pointe-Noire, entre 2006 et 2008, quelque 400 à 500 malades n’ont pu terminer leur traitement. “C’était une corvée; chaque jour, je devrais prendre des médicaments, et parfois j’en oubliais”, indique Mesmin Mboukou, un ancien tuberculeux guéri en 2010. “C’est grâce à ces agents sociaux que je me suis mis au pas. Comme des gendarmes, ils étaient là pour me rappeler mon traitement”, ajoute-t-il. Le traitement de la tuberculose se fait en deux phases: la phase intensive de deux mois où la prise régulière des antibiotiques – Pyrazinamide et Ethambutol – est obligatoire dans les centres de traitement, et la phase terminale de quatre mois où le malade amène les médicaments – Isoniazide et Ripamficine – chez lui. “Avant, on remettait les médicaments aux patients, même en phase intensive. Nombreux ne revenaient pas et on ne savait pas comment les rattraper. Maintenant avec les fiches de suivi, on peut retrouver des cas perdus”, explique Makaya. Pour aider certains malades, le centre de Pointe-Noire organise des permanences le samedi, une journée où le centre est fermé. “Les fonctionnaires et d’autres malades, qui travaillent toute la semaine, viennent chercher leurs médicaments”, souligne Dr Demole Wassissa Wassa, chef du centre. Pour Joseph Paul Nzahou, responsable de l’Association des jeunes contre des maladies opportunistes et infectieuses, basée à Pointe-Noire, cette stratégie a permis à plusieurs malades de finir leur traitement. “Le succès est réel, et 37 de nos 64 membres ont terminé leur traitement. Même les malades du SIDA, qui souffrent de la tuberculose, sont bien suivis”, déclare-t-il à IPS. Pendant qu’ils suivent le traitement de tuberculose, plusieurs malades font le test de dépistage au VIH/SIDA sous le conseil d’un médecin. “A peine trois malades ont refusé de faire ce test en 2010. Les tests positifs sont pris en charge et suivent les deux traitements sans problème”, explique Dr Wassissa Wassa. “Nous avons d’abord commencé par recenser tous les malades inscrits, mais perdus de vue. Après, on a envoyé des équipes pour les retrouver. Il y en a qui sont morts, et d’autres ont repris le traitement”, indique Dr Igor Madzou, chef de Centre anti-tuberculeux de Brazzaville, la capitale congolaise. En 2008, le centre de Brazzaville avait enregistré 950 malades, mais 23 pour cent n’avaient pas terminé leur traitement. Grâce à la mise en œuvre de la stratégie de proximité, sept pour cent seulement des 902 malades enregistrés en 2009 dans ce centre n’ont pas terminé leur traitement. “Il s’agit exactement de 70 malades qui n’ont pas eu un succès thérapeutique. Si certains sont morts, d’autres ont changé de domicile”, explique Dr Madzou. Il ajoute: “Si on avait des moyens roulants pour suivre tous les malades chez eux, nous serions aujourd’hui à 100 pour cent de taux de succès thérapeutique”. Au centre de Brazzaville, après la phase intensive, les malades peuvent amener les médicaments chez eux pour deux mois. “Nous estimons à ce moment que le malade a subi avec succès le premier traitement. On peut même le référer vers le centre qu’il juge être proche de lui”, indique Madzou à IPS. A Pointe-Noire, une ville d’environ un millions d’habitants et où 250 nouveaux cas de tuberculose sont enregistrés chaque mois, trois centres relais de dépistage et de traitement ont été créés dans les quartiers Tiétié, Mbota et Loandjili pour approcher les malades. Une quinzaine d’autres petits centres existent juste pour distribuer les médicaments aux patients identifiés. “Les animateurs de ces centres visitent les malades, et donnent le traitement, même pour ceux qui sont en phase terminale. C’est le traitement à la porte…”, déclare Makaya. “Dans nos laboratoires, nous examinons jusqu’à 70 crachats par jour… Les cas positifs sont référés dans les centres de leur choix, par rapport à leur domicile”, indique Dr Wassissa Wassa à IPS. Mais d’autres malades ne fréquentent pas ces petits centres qu’ils estiment sous-équipés et toujours en rupture de médicaments. “Je préfère venir au grand centre, malgré la distance. A Loandjili, le centre ferme à temps, et souvent on nous dit qu’il n’y a pas de médicaments”, déplore Crépin, un malade en phase terminale. “Les médicaments sont disponibles et gratuits. Souvent, les centres attendent les derniers comprimés pour en faire la demande. C’est ça qui provoque les ruptures”, affirme Dr Wassissa Wassa. La communauté internationale a commémoré, le 24 mars, la Journée mondiale contre la tuberculose.

