COMMERCE: Des tapis chic lient le Mozambique, le Danemark et, bientôt, le Brésil

XAI-XAI, Mozambique, 21 mars (IPS) – Dans deux salles, dans une petite ville côtière mozambicaine, 70 femmes coupent, tissent et emballent des tapis destinés aux magasins de motifs éclectiques et d’articles de ménage au Danemark et, bientôt, au Brésil et en Afrique du Sud.

Il y a deux ans, elles ont concrétisé une idée de la modéliste danoise d’origine brésilienne, Carla Botosso, visant à fabriquer des tapis avec une technique de tricotage complexe, appelée 'Mescla', que Botosso a développée au cours de ses études à la prestigieuse Ecole danoise de conception. “Il y avait ici de nombreuses femmes qui avaient besoin d’un emploi”, déclare Botosso, à propos de leur première rencontre à Xai-Xai, dans le sud de ce pays africain avec sa longue côte sur l’océan Indien. “J’avais besoin des gens pour réaliser mes idées”. Les femmes ont formé l’association 'Vavasati', qui signifie “les femmes” en Xangana, une langue locale. Elles gagnent des salaires mensuels fixes à 'Vavasati' pendant que l’association vend le produit fini à Botosso, qui expédie les créations à 9.000 kilomètres à travers le monde vers le Danemark et, bientôt, l’Amérique latine. Bertha Abilio Cumbe, une mère de trois enfants âgée de 27 ans, se réjouit de ce revenu stable pour sa famille. “J’aime le travail”, affirme-t-elle pendant qu’elle tire des fils détachés des tapis conçus de façon complexe avant de les emballer dans des sacs plastiques. “Vous pouvez planter des cultures, mais parfois, cela ne rapporte pas de l’argent. Les affaires ne sont pas toujours bonnes”. Malgré une croissance économique de 7,4 pour cent dans les trois premiers trimestres de 2010, la plupart des 21 millions de Mozambicains dépendent du commerce informel et de l’agriculture de subsistance. Sur les 14 millions de personnes susceptibles d’être employées, seulement 500.000 travaillent dans le secteur formel. “Les femmes travaillaient sous un arbre. Maintenant, elles ont un bâtiment et ont beaucoup d’autres compétences”, indique Botosso. Il a fallu deux mois pour enseigner à ces ouvrières la technique compliquée de 'Mescla', et six mois après, elles ont commencé à exporter. Botosso a introduit le produit à 'Design Indaba' au Cap, en Afrique du Sud, en février 2011, et espère pénétrer bientôt le marché brésilien. Son objectif est d’exporter 2.000 à 3.000 tapis vers le Brésil, l’Afrique du Sud et le Danemark. Jugeant les tissus danois d’inappropriés pour la technique 'Mescla', Botosso a trouvé le matériel idéal pour réaliser son rêve dans les tissus traditionnels en coton, colorés, au Mozambique, les 'capulana'. “Les 'capulana' m’ont passionnée”, s’enthousiasme Botosso pendant que, derrière elle, l’atelier retentit des voix de femmes et des machines à coudre. “Les 'capulana' font partie de la culture mozambicaine. Et les touristes les aiment”. Dans un coin, des femmes coupent les rayures, pendant que dans la salle suivante, elles les cousent avec des machines. Finalement, environ une douzaine tricote les rayures à la main avec des nœuds complexes pour former un tapis solide, dur et volumineux. Un dernier groupe coupe les fils des produits finis avant de les enrouler et de les emballer dans des sacs plastiques, prêts pour êtres transportés vers Maputo, la capitale mozambicaine et dans des boutiques de luxe au Danemark comme 'Maur Interior Design' ou 'Illums Bolighus'. Au Mozambique, Botosso revend les tapis entre 112 dollars pour un tapis de 120 centimètres et 300 dollars pour un tapis de deux mètres. Les coûts des intrants sont assez élevés, avec 100 m de 'capulana' nécessaires pour fabriquer ce produit de deux mètres, dit-elle. L’activité ne profite d’aucun arrangement commercial pour le moment, mais Botosso bénéficie d’autres réductions. “Comme mon produit est fabriqué dans un projet de développement, je ne paie pas certaines taxes”. La relation entre 'Vavasati' et Botosso a été négociée par DANIDA, l’agence danoise de développement international, dans un programme appelé B2B ou 'business to business', qui jumelle des entreprises mozambicaines et danoises. La DANIDA aide les entreprises danoises à identifier des partenaires potentiels, puis facilite l’installation de l’entreprise et fournit un fonds de démarrage atteignant 923.000 dollars. L’organisation paie le loyer actuel de 'Vavasati' et les salaires de la plupart des ouvrières. Elle finance également la construction de nouvelles installations, qui abriteront un cafeteria et une infirmerie pour les enfants des travailleuses. 'Vavasati' sera propriétaire des bâtiments une fois qu’ils seront achevés. 'Vavasati' paie aux femmes un salaire mensuel de 48 dollars, un revenu stable pour des femmes qui ont l’habitude de dépendre des commandes imprévisibles de broderie. Les commissions gagnées de la vente des tapis à Botosso vont à un fonds central pour constituer un capital. Quoique petits, ces salaires contribuent beaucoup dans un pays où 54,7 pour cent de la population vit en dessous du seuil national de pauvreté, selon le rapport 2010 du Mozambique sur les Objectifs du millénaire pour le développement. “J’arrive à avoir ce qu’il me faut pour subvenir aux besoins de mes enfants”, confie Hortencia Chilenge, 43 ans, pendant que ses doigts nouent habilement le tissu dans ce travail complexe de tricotage. C’est le seul revenu dans leur ménage composé de cinq enfants et de son mari sans emploi. Le projet renforce également les capacités des femmes dans une société où elles sont confrontées à de nombreuses inégalités. “Au Mozambique, les femmes n’ont pas le pouvoir de prendre des décisions dans leurs foyers. Leurs maris disent: 'Vous ne pouvez pas prendre de décisions'”, indique Botosso. “Maintenant qu’elles ont des emplois, les femmes peuvent prendre de décisions”. Comme l’association étend ses activités à d’autres produits, y compris une chaîne de fabrication de vêtements pour enfants, en projet, les travailleuses suivent une formation pour la gérer elles-mêmes, avec une femme mozambicaine d’une autre organisation qui supervise la gestion pour le moment. “Je veux qu’elle soit durable. Je ne resterai pas ici toute ma vie”, affirme Botosso. “Quand j’irai au Brésil, je continuerai à donner des consignes et elles poursuivront le travail”. Botosso espère également que davantage de modélistes européens se rendront compte des opportunités en Afrique pour développer leurs idées à l’extérieur de l’Europe. “Au Danemark, beaucoup de modélistes n’ont pas de travail. Ils ne voient pas ces possibilités”, déclare-t-elle.