MALAWI: A la gloire de l’assainissement à sec

LILONGWE, 15 mars (IPS) – En temps normal, il est sans eau, inodore, tout à fait abordable et dispose d’un engrais riche comme sous-produit; pourtant pour les habitants des installations informelles du Malawi, l’assainissement à sec retient l’odeur des déchets.

Jusqu’à deux-tiers des deux millions de la forte population urbaine du Malawi vivent dans des conditions précaires sans toilettes adéquates. Dans des banlieues densément peuplées de la capitale Lilongwe comme Mtsiriza, Mgona, ou Senti, des douzaines de personnes utilisent souvent les mêmes toilettes. Alex Makande, dans la banlieue de Mgona, vit dans une cour de 83 habitants. “C’est une situation terrible. Les matinées sont encore pires. Les gens font la queue pour aller aux toilettes et nous sommes parfois obligés de demander à utiliser les toilettes dans les cours voisines qui ne sont pas aussi peuplées”. L’accès à l’eau courante est limité dans des quartiers comme celui-ci; les principales lignes d’égouts sont généralement inexistantes. Monalissa Nkhonjera, chargée des communications et de l’apprentissage de l’organisation non gouvernementale internationale WaterAid, explique qu’une cour moyenne dans les banlieues contient huit ménages, mais qu’il existe généralement une seule latrine à fosse. WaterAid travaille dans des bidonvilles de Lilongwe, mettant en œuvre une solution appropriée et raisonnable. “Nous promouvons la construction de latrines d’assainissement écologique avec des dalles comme couvercle pour la fosse et une toiture en tôle ou en chaume. Les murs sont faits de briques cuites ou non cuites”. Les latrines d’assainissement écologique ont deux fosses. On saupoudre de la cendre dans la latrine après chaque utilisation des toilettes pour minimiser l’odeur et accélérer la décomposition. Après qu’une fosse est remplie, on passe à l’autre, et on donne du temps aux déchets dans la fosse pleine de se décomposer totalement en fumier riche et sans danger. Des installations non appréciées Mais Manesi Phiri, de Senti, une autre installation informelle située à la périphérie de Lilongwe, où WaterAid fait la promotion des latrines d’assainissement écologique, n’est toujours pas satisfaite. “Les toilettes à chasse sont plus commodes. Tout ce dont vous avez besoin, c’est de chasser les excréments après l’utilisation des toilettes. Les latrines à 1fosse aggravent notre faible statut de personnes pauvres. Elles sont très avilissantes”, a-t-elle confié à IPS. Les latrines à fosse, a-t-elle indiqué, sont un indicateur de pauvreté, tandis que les toilettes à chasse sont une marque de prestige. Phiri a également souligné que les communautés des banlieues urbaines n’utilisent pas beaucoup l’engrais qui est produit dans les latrines d’assainissement écologique. “Nous n’avons pas de jardins dans nos communautés et nous ne développons aucune culture, alors nous n’avons pas besoin d’engrais. Nous ne pouvons pas vendre ce genre d’engrais aux citadins; ils utilisent l’engrais chimique pour leurs jardins potagers puisqu’ils trouvent dégoûtant l’engrais provenant des latrines”. Phiri reconnaît que l’engrais provenant des toilettes d’assainissement écologique est inodore et ressemble à n’importe quel autre compost; mais elle insiste pour dire que les gens sont dégoûtés lorsqu’ils pensent seulement à sa provenance. Dans les installations informelles de Lilongwe, les gens ne rejettent pas certainement l’assainissement écologique sur-le-champ, bien que Makande préfère aussi les toilettes à chasse: “Mais ceci n’est qu’un rêve pour l’instant. Nous devons continuer à utiliser les latrines à fosse à notre disposition et les latrines d’assainissement écologique sont mieux que les latrines conventionnelles, alors nous devons les adopter”, a déclaré cet homme, qui travaille comme gardien de nuit à 'Area 10', l’un des quartiers riches de Lilongwe. Toilettes à chasse pour n’importe qui? Les pauvres ont un choix limité. Mais avec les changements climatiques menaçant les approvisionnements en eau dans les villes, non seulement au Malawi mais aussi à travers la région d’Afrique australe, un plan global pour les zones urbaines pourrait voir les riches adopter les toilettes à compost. Une toilette WC utilise partout six à 11 litres [d’eau] par chasse – les 640.000 personnes chanceuses qui ont accès aux toilettes à chasse au Malawi représentent chacune un poids beaucoup plus important sur les systèmes d’eau vieillissants, par rapport à leurs homologues dans les bidonvilles. Des millions, voire des centaines de millions de litres d’eau sont effectivement gaspillés en chassant des matières fécales dans un réseau d’égouts, au bout duquel elles ont besoins d’un traitement plus approfondi avant de pouvoir être libérées en toute sécurité dans les cours d’eau du pays. A 'Area 43', l’un des quartiers les plus riches de Lilongwe, IPS a découvert que Richard Gulumba possède une latrine d’assainissement écologique dans son arrière-cour. Il l’a fait construire pour être utilisée pendant les fréquentes coupures d’eau à Lilongwe. “Mais ma famille et moi avons encore du mal à utiliser une latrine. Cela me rappelle la vie au village et ce n’est pas souhaitable. J’ai grandi pauvre et je ne veux pas qu’on me rappelle les expériences que j’ai vécues, et l’utilisation d’une latrine à fosse est une chose que je ne veux pas faire maintenant que je peux me permettre de meilleures choses comme des toilettes à chasse”, a déclaré Gulumba. Comme ses homologues riches à travers l’Afrique, peut-être même à travers le monde, Gulumba n’est probablement pas conscient des cousins éleveurs pour qui ces latrines à deux cabines sont en construction dans les bidonvilles. Bien que des préjugés soient assez répandus sur l’assainissement à sec, on peut trouver davantage de toilettes sèches haut de gamme du Mexique au Canada, en Suède et en Australie. Des latrines chic La société sud-africaine, ECOSAN, fabrique une unité autonome d’assainissement à sec qui utilise astucieusement l’action d’ouverture et de fermeture du couvercle pour conduire une hélice qui déplace les matières fécales dans une chambre ingénieusement aérée où elles se transforment directement en compost. 'Nature Loo' d’Australie fournit un système avec des chambres de compostage échangeables et un ventilateur qui apporte suffisamment d’oxygène pour accélérer la décomposition. A l’intérieur de la maison: un piédestal “blanc chaud” avec un siège de “couleur chêne”… même les invités les plus pointilleux ne s’affoleront pas jusqu’à ce qu’ils se rendent compte qu’il n’existe pas un manche de chasse à eau. Nkhonjera de WaterAid affirme que les latrines à compost, qui empêchent la pollution des eaux souterraines, constituent la meilleure option pour les habitants des bidonvilles et les communautés rurales. “Ces zones sont des installations informelles et elles n’ont pas accès à l’eau courante. La mise en place des toilettes à chasse ne sera pas réaliste”. Si des citadins plus riches d’Afrique australe ont aussi envisagé une meilleure utilisation de l’eau disponible, l’assainissement à sec pourrait occuper une place plus grande comme solution au stress hydrique croissant.