BURKINA FASO: Un nouveau souffle pour la filière coton

OUAGADOUGOU, 25 jan (IPS) – La Société des fibres et textiles du Burkina Faso (Sofitex) a reçu des banques locales 72 milliards de francs CFA (environ 144 millions de dollars) le 19 janvier. Une semaine avant, des banques européennes avaient accordé 50 milliards de FCFA (100 millions de dollars) pour la campagne cotonnière 2010-2011.

Sur le montant total de 122 milliards de FCFA (environ 244 millions de dollars), quelque 12 milliards de FCFA (24 millions de dollars) serviront à acquérir des intrants, tandis que le reste sera utilisé pour l’achat du coton graine aux producteurs, à l’engrenage, au transport et la commercialisation du coton.

«C’est une vraie relance de la filière coton car les cours sont intéressants», se réjouit Célestin Tiendrébéogo, directeur général de la Sofitex, une société d’Etat, la plus importante entreprise de la filière coton au Burkina Faso. «Nous comptons rembourser l’argent avant 12 mois car il y a pénurie de coton au niveau international avec les inondations au Pakistan et en Australie», affirme Tiendrébéogo.

La Sofitex prévoit 500.000 tonnes de coton cette année (2010-2011), dont 66 pour cent de coton OGM (organisme génétiquement modifié) et 34 pour cent de coton conventionnel. La production de coton était un peu plus de 400.000 tonnes la saison écoulée.

Pour la saison 2011-2012, la Sofitex et ses partenaires prévoient de réaliser jusqu’à un million de tonnes de coton.

Selon les responsables de la Sofitex, un vent nouveau souffle sur le monde du coton. Les prix de la fibre de coton ont en effet atteint un niveau jamais égalé depuis plus de 140 ans sur le marché mondial grâce à une forte demande. Le prix de la fibre a atteint 1.400 FCFA/kg (environ 2,8 dollars) cette année, contre un prix très bas ces dernières années en dessous de 600 FCFA (1,2 dollar). Et la tendance à la hausse se poursuivra encore longtemps, affirme la Sofitex.

L’embellie des cours mondiaux du coton a commencé notamment l'année dernière, avec les intempéries dans plusieurs pays asiatiques. Pour encourager les producteurs burkinabé, la Sofitex a annoncé une augmentation à 200 FCFA (environ 40 cents US) le prix d’achat du coton au producteur pour la campagne de 2010-2011, contre 182 FCFA (36,4 cents) la saison précédente.

De 42 cents en 2003-2004, le prix du kilogramme de coton était passé à 35 cents en 2004-2005 et à 33 cents en 2005-2006, pour tomber à 30 cents en 2006-2007, selon la Sofitex.

La Sofitex seule avait enregistré à l’époque un déficit d’environ 52,8 millions de dollars pour la campagne 2005-2006. Et l’ensemble des trois sociétés cotonnières burkinabé (Sofitex, Fasocoton, Socoma) présentait un gap de quelque 116 millions de dollars pour la même campagne, selon le gouvernement.

Pour redonner confiance aux partenaires, les différents actionnaires de la Sofitex – l’Etat burkinabé, la société française DaGris, et les producteurs – avaient décidé de la recapitaliser de 8,8 millions de dollars à 77,6 millions de dollars environ en 2008.

«Durant les six dernières années, on a traversé une crise et les prix étaient en dessous des charges. Nous allons donner l’information à la base pour relever les défis», se réjouit Karim Traoré, président de l’Union nationale des producteurs de coton du Burkina.

«Il faut rappeler aux paysans que nous voulons du coton rapidement pour le marché international, c’est pour cela nous avons tenu des forums pour donner l’information aux producteurs», explique Traoré qui a parcouru les zones cotonnières pour ramener dans la filière coton de milliers de producteurs qui l’avaient quittée pendant ces moments difficiles.

Selon Traoré, quelque 15.000 producteurs avaient quitté la filière dans la zone de Sidéradougou, dans l’ouest du Burkina, suite à la chute des prix depuis 2006. Ils produisaient notamment du sésame, du maïs, et du haricot pendant ce temps. «Depuis l’embellie des cours mondiaux, notre trésorerie connaît une certaine mise en forme. Donc c’est ce que nous disons aux producteurs, nous sommes dans les dispositions idéales pour régler notre coton en 14 jours une fois rentré», rassure Boubacar Séi, responsable de la logistique et du transport à la Sofitex.

Auparavant, les producteurs pouvaient attendre jusqu’à trois mois avant d’être payés après l’enlèvement de leur produit. «C’est un signal fort que nous envoyons aux producteurs qui ont abandonné le coton car nous estimons qu’aujourd’hui, les conditions sont propices», déclare Séi.

«Nous sommes réceptifs aux mesures et avec les 200 FCFA (le kilo), les producteurs vont rapidement se mobiliser», affirme Abdoulaye Komaré, président des producteurs de la boucle du Mouhoun (la vieille zone du coton) située dans l’ouest du Burkina.

Dans cette zone de 20.000 à 30.000 producteurs, la production a chuté de 120.000 tonnes à 66.000 tonnes en 2009-2010. Grâce aux mesures incitatives, Komaré espère revenir à 140.000 tonnes en 2010-2011.

Au Burkina Faso, le coton représente environ 60 pour cent des recettes d'exportation et contribue avec ses activités connexes (égrenage, transport…) pour plus de 25 pour cent à la formation du produit intérieur brut. La filière cotonnière procure des revenus et fait vivre près de 20 pour cent de la population burkinabé, indique le ministère de l’Economie.

Mais malgré l’embellie des cours, certains producteurs restent prudents, comme Diakaria Ouattara de Sidéradougou, qui cultivait 15 hectares de coton par an depuis 1994. Il compte stabiliser la surface et augmenter la production, après avoir réduit sa superficie de coton à sept hectares depuis la crise de la filière coton.