MALAWI: Absence de gouvernement local

LILONGWE, 20 jan (IPS) – Une heure 15 minutes tous les jours: Melina Kalunga dispose de beaucoup de temps pour évaluer la durée de règlement d’une bataille juridique par rapport à la Commission électorale du Malawi.

Kalunga met 30 minutes pour se rendre à pied au puits artésien le plus proche pour chercher de l'eau pour la boisson et la cuisine, et 45 minutes pour revenir à la maison avec un seau d’eau lourd sur sa tête. “Nous avions quelques puits artésiens qui ont été forés dans la circonscription électorale lorsque Mme Johnstone était notre conseillère. Ils ont tous cessé de fonctionner et nous sommes maintenant obligés de marcher sur de longues distances pour chercher de l'eau potable”, a déclaré Kalunga. Elle se souvient des réalisations de la conseillère Olive Johnstone, lorsqu’elle représentait la circonscription électorale de Mwenda, dans le district de Mchinji. Elue au conseil local en 2000, Johnstone avait illustré ce que c’est qu’un gouvernement local. Poursuivre un programme des femmes Au cours de son mandat, l'ancienne conseillère mobilisait sa communauté et utilisait des fonds provenant du fonds de développement local à l'assemblée pour construire trois nouveaux blocs de salles de classe et des toilettes à l’Ecole secondaire de Buwa. Personnellement, Johnstone est sûre d’elle-même. Cette agricultrice qui a du succès – elle cultive du tabac et élève du bétail – dit qu'elle s’est présentée en tant que conseillère d’abord pour apporter un changement dans la vie des gens. “En tant que communauté, nous avons réussi à ramener plus de filles à l'école, puisque nous étions en mesure de leur fournir l’hébergement et des installations sanitaires”, a indiqué Johnstone. “Les filles dans les écoles secondaires sont des adolescents et il leur faut de bonnes installations sanitaires si elles doivent rester à l'école”. Avec le reste des conseillers du pays, le mandat de Johnstone a pris fin en 2005. Depuis, il n'y a pas eu d'élections locales. Le Malawi n’a organisé des élections locales qu’une seule fois depuis 1994, lorsque la démocratie a été introduite. La constitution du pays exige que les élections locales soient organisées dans l'année suivant les élections générales. Le Malawi organise les élections générales tous les cinq ans depuis 1994, mais les élections locales censées avoir lieu en 1995 et 2005 n'ont jamais été organisées. Le gouvernement n'a jamais expliqué pourquoi. Johnstone condamne l'absence de l'administration locale. “Les femmes sont roulées parce qu'elles n'ont aucune représentation au niveau local et elles n'ont pas de canal approprié pour exiger des besoins de développement. Elles souffrent plus que les hommes”. Elle s’inquiète du fait que les toilettes à l’Ecole secondaire de Buwa ont maintenant besoin d'entretien, mais il n'y a pas de fonds disponibles puisqu'il n'y a aucun conseiller pour faire pression en leur faveur. “Maintenant, beaucoup de filles ne sont pas disposées à aller à l'école parce qu'il n'existe pas de bonnes installations sanitaires pour elles. Elles ont besoin d'endroits clos pour pouvoir assurer leur entretien dans les écoles”, a-t-elle expliqué à IPS. Le fonds de développement local prenait aussi en charge les orphelins qui avaient besoin d'aller à l'école, mais ce programme a également échoué faute de représentants locaux pour lui garantir une affectation budgétaire annuelle. “Il y avait une bourse qui permettait à plusieurs enfants défavorisés d'aller à l'école. Cette bourse n'est plus disponible”, a déclaré Johnstone. On n’a pas non plus trouvé d'argent pour entretenir les puits artésiens ou en forer d’autres. Ainsi il est fréquent de voir des femmes transporter des seaux d'eau sur la tête pendant qu’elles marchent entre leur domicile et un point d'eau. La plupart des ménages sont obligés de dépendre de l'eau non traitée provenant des ruisseaux et rivières pour plusieurs travaux domestiques tels que la lessive et le bain. Doute sur les élections de 2011 Johnstone avait commencé à se préparer pour se présenter aux élections locales prévues pour le 20 avril 2011 lorsque ses plans ont échoué. D'abord, les élections ont été reportées de leur date initiale, novembre, fixée par la Commission électorale du Malawi (MEC). Puis, en décembre, le président Bingu wa Mutharika a dissous la MEC, accusant ses membres d'avoir détourné les 9,2 millions de dollars destinés aux élections. Son droit de dissoudre la commission a été contesté par le 'Malawi Law Society' (MLS), un groupe d'avocats défendant la profession juridique dans son ensemble. Pendant que la bataille pour le contrôle de la MEC se poursuit, le niveau du gouvernement le plus proche de la population reste inoccupé. Les principaux partis d'opposition, le 'Malawi Congress Party' (Parti du congrès du Malawi – MCP) et le 'United Democratic Front' (Front démocratique uni – UDF), ont dit qu'ils ne sont pas persuadés que les élections auront lieu cette année et ont réduit les activités de campagne et d'éducation civique. “J'ai cessé de faire campagne pour le moment parce que je ne suis pas sûre que les élections auront désormais lieu étant donné la dissolution de l’organe électoral”, a indiqué Johnstone. Beaucoup de Malawites sont impatients de voir le conflit réglé, que ce soit le gouvernement ou les avocats qui l’emportent. Johnstone est prête à représenter à nouveau sa communauté. “J’aimerais voir les femmes mener une vie meilleure et c'est pourquoi je veux me présenter encore”.