SANTE-CONGO: Vulgariser la loi protégeant les personnes vivant avec le SIDA

BRAZZAVILLE, 18 jan (IPS) – “Il y a beaucoup de choses sur les malades du SIDA que cet atelier nous a permis de savoir. Nous allons vulgariser la loi dès qu'elle est promulguée…”, promet Joseph Mbemba, chef de quartier Madibou, dans la périphérie sud de Brazzaville, la capitale congolaise.

Mbemba s'exprimait à l'issue d'un atelier le 12 janvier à Brazzaville sur la vulgarisation de la Loi protégeant les Personnes vivant avec le VIH/SIDA (PVVIH) adoptée en décembre 2010 à l'Assemblée nationale.

Emu, le chef du quartier N°33 de Makélékélé à Brazzaville, Jean Milandou, déclare à IPS : “Il faut soutenir cette loi, car il y a encore de mauvaises pratiques contre les personnes malades du SIDA dans nos quartiers».

Marie-Louise, une séropositive de 40 ans habitant Brazzaville, apprécie et s'engage : “C'est pour nous un soutien. Nous étions comparables à des animaux sans respect et on vivait le rejet partout. Nous allons nous-mêmes vulgariser cette loi”.

“Il s'agit de prendre en compte les lois et les droits de l'Homme dans la réponse contre le SIDA. Et c'était une exigence incontournable”, affirme Véronique Gnekoumou, avocate et membre de l'organisation non gouvernementale (ONG) 'Mibeko' (les lois en lingala, une langue locale). “L'absence de la loi était l'un des maillons faibles dans la protection des personnes infectées. Cette loi vise à créer un environnement juridique favorable dans la lutte contre le SIDA au Congo”, souligne à IPS, Marie-France Purruehnce, secrétaire exécutive du Conseil national de lutte contre le SIDA (CLNS).

Contacté par IPS, Dr Jean-Pierre Kouendolo, responsable de l'Unité départementale de lutte contre le SIDA à Pointe-Noire affirme : “La loi, en sanctionnant la discrimination et la stigmatisation, fera tomber la peur chez ceux qui veulent faire le test. En plus, les malades n'auront plus honte d'assumer leur sérologie”.

“Cette loi nous accorde désormais des procès à huis clos, au lieu des audiences publiques que redoutaient des PVVIH”, se satisfait Thierry Maba, séropositif, président de l'Association des jeunes positifs du Congo, basée à Brazzaville.

Initiée par 'Mibeko', cette loi porte sur la protection des PVVIH contre toutes sortes de discriminations et de stigmatisations; sur l'accès au traitement et à la prise en charge, et aussi sur la protection de toute la société congolaise contre cette pandémie.

A cet égard, la loi prévoit des sanctions contre des malades qui vont “distribuer” à volonté le VIH. “Là, c'est un acte volontaire et criminel qui sera sanctionné”, explique à IPS, Dieudonné Elenga, magistrat à Brazzaville.

“Grâce à la loi, on évitera des accusations fortuites, il faut bien que le juge prouve cette contamination volontaire”, indique Maba.

Toutefois, Roger Kinga, avocat à Brazzaville, estime que “Le problème, ce n'est pas la loi, mais notre culture face au SIDA…” “La loi demeure un atout pour en finir avec la stigmatisation et la discrimination, mais il faut plus de travail en matière de vulgarisation de la loi, vulgarisation sur le VIH au sein des populations”, observe Christian Mounzéo, président de la Rencontre pour la paix et les droits de l'Homme, une ONG basée à Pointe-Noire, la capitale économique.

Selon une étude du CNLS publiée en 2010, 61 pour cent de femmes contre 68 pour cent d'hommes estiment qu'une personne atteinte du SIDA ne peut pas enseigner dans les écoles. D'après le CNLS, plusieurs enseignants infectés se sont vu retirer l'emploi du temps de leurs classes à Brazzaville. Fustigeant des concepts de 'bête, mine, ou de quarantaine' appliqués sur les séropositifs, l'anthropologue Martin Yaba, affirme que la stigmatisation et la discrimination sont toujours le lot quotidien de ces malades. “Alors qu'il ne s'agit pas de lutter contre les malades du SIDA, mais contre le SIDA”, explique-t-il à IPS.

En outre, l'enquête du CLNS indique que 53 pour cent de femmes contre 73 pour cent d'hommes acceptent de nourrir les malades du SIDA. Mais la loi exige désormais à l'Etat d'aider les PVVIH. “C'est une très bonne chose de donner espoir au malade et à sa famille, même s’il va mourir demain”, déclare Ambroise Mamouna, président de l'Association des PVVIH du Congo, basée à Brazzaville. L’ONG 'Mibeko' affirme que la loi n'est pas coercitive. “L'approche pénale est contre-productive. Mais, la loi prévoit quand même des peines pour punir certains actes criminels”, souligne Gnekoumou.

Par exemple, la loi punit d'une peine d'emprisonnement de trois à six mois ou d'une amande d’environ 600 à 1.200 dollars, celui qui interrompt volontairement le traitement d'un malade du SIDA. En effet, des pasteurs d'église, qui prêchent une guérison miracle, et des guérisseurs qui proposent des plantes médicinales contre le SIDA, demandent souvent à leurs patients de cesser d'abord leur traitement anti-rétroviral.

“Ceux-là (ces pasteurs) sont en dehors de la Bible. Nous soutenons la médecine et respectons les PVVIH”, réagit le pasteur Henri Kinyamba de l'Eglise Armée de la Paix, basée à Brazzaville. Selon le CNLS, le taux de prévalence du VIH/SIDA est de 3,1 pour cent depuis 2010 au Congo. C’est à Pointe-Noire, où ce taux est de 4,6 pour cent, soit 7.538 malades, que la campagne de sensibilisation sur la loi a démarré depuis fin-décembre 2010. “La loi, ce n'est pas seulement pour sanctionner, mais aussi pour réglementer la société. Que les malades sachent vivre avec les personnes non infectées”, ajoute Dr Kouendolo.