JOHANNESBURG, 17 jan (IPS) – Parvenir de façon pacifique à un Sud-Soudan indépendant pourrait avoir des avantages économiques et sécuritaires pour ses voisins d'Afrique orientale en particulier. Des analystes disent que cela peut aussi faire pencher la balance du pouvoir pour le contrôle des ressources en eau vitales dans la région.
S'exprimant au cours d'un débat organisé par l'Institut sud-africain des affaires internationales (SAIIA), basé à Johannesburg, le chercheur principal, Petrus de Kock, affirme que l'Ouganda et le Kenya sont prêts à renforcer leur présence économique existante dans le sud du Soudan. L'Ouganda est actuellement le plus gros partenaire commercial du Sud-Soudan et le principal conduit de grandes quantités de produits importés, y compris des denrées alimentaires. Les Ougandais jouent également un rôle majeur dans la construction et peuvent voir un pic dans les affaires étant donné qu’un Etat nouvellement indépendant du Sud-Soudan s’empresse de développer des infrastructures, ajoute-t-il. En attendant, le Kenya continue d'espérer que le Sud-Soudan considèrera son voisin de l’est comme une route alternative pour l’exportation de son pétrole, qui représente 90 pour cent des recettes extérieures du sud. Pour réduire sa dépendance des raffineries et ports du nord, le sud sous-développé a discuté de la construction d'un oléoduc de 3.600 kilomètres jusqu’au port de Lamu, au Kenya, sur l'océan Indien, a déclaré de Kock. Bien que la viabilité économique d'un tel projet demeure une question, il a ajouté que les médias soudanais ont déjà annoncé l’intérêt de la Chine de soumissionner pour le projet. Les insuffisances dans les infrastructures et l'expertise du sud dans les secteurs du pétrole, du gaz et des mines, peuvent également fournir une opportunité pour les industries d’extraction d’Afrique du Sud pour entrer au Sud-Soudan avec les nouvelles technologies et des propositions d'affaires – une approche qui cadrerait bien avec la pression du président sud-africain, Jacob Zuma, pour des relations économiques plus fortes avec d'autres pays africains. “Si vous regardez la diplomatie du président Zuma en Afrique, il a un penchant économique”, déclare Dr Kathryn Sturman, responsable du Programme de gouvernance des ressources d'Afrique du SAIIA. “La première étape de la présidence de Zuma serait de rendre une visite d'Etat à un nouveau pays et de se faire accompagner d’une grande délégation d’entreprises sud-africaines. Il s'agit de créer des opportunités pour l'Afrique du Sud dans un nouveau pays”. La sécurité est essentielle Mais, des gains comme ceux-ci dépendent d’une sécession pacifique, qui pourrait être menacée par les tensions dans la région pétrolifère d’Abyei du Soudan, a averti l'ambassadeur du Soudan en Afrique du Sud, Dr Ali Yousif Ahmed Alsharif. L’Accord de paix global de 2005 du Soudan a prévu au début un référendum parallèle pour permettre à la population d'Abyei de décider si elle souhaite rejoindre le sud, mais les différends au sujet des personnes qui devraient avoir le droit de voter ont retardé le processus et déclenché des violences. Selon Dr Leben Nelson Moro, un professeur au Centre des études pour la paix et le développement de l'Université de Juba, la capitale du Sud-Soudan, l'Ouganda, le Kenya et l'Ethiopie ont tous un intérêt à faciliter la paix dans le sud du Soudan pour éviter une répétition de l'afflux massif de réfugiés qu’ils ont connu pendant la guerre civile au Soudan. Il a ajouté que l'Ouganda et les pays comme la République démocratique du Congo (RDC) seront enthousiastes à travailler en partenariat avec le Sud-Soudan pour contrôler les groupes armés comme le groupe rebelle ougandais de l'Armée de résistance du Seigneur (LRA). Suite à une négociation de paix échouée et des revers militaires dans le nord de l'Ouganda, la LRA a étendu ses activités dans le sud du Soudan, la République centrafricaine et la RDC. Le groupe aurait des liens avec le gouvernement de Khartoum. “La RDC a un problème continu avec sa frontière poreuse”, a indiqué Sturman. “Du point de vue sécuritaire, vous recherchez des rebelles qui se déplacent entre les pays, ainsi la RDC voudrait initier une coopération étroite en matière de sécurité avec le nouveau gouvernement pour échanger et contrôler les rebelles de tout côté dans cette forêt très dense dans la région de l'Ituri et du sud-ouest du Soudan”. Changer le débit du fleuve La place d'un Sud-Soudan indépendant dans l'Initiative du bassin du Nil (IBN) constitue également une question intrigante. Créée en 1999, l'initiative vise à encourager un partage plus équitable des eaux du fleuve que celui établi par les traités de l'époque coloniale, qui ont non seulement accordé à l'Egypte la majeure partie des eaux du fleuve, mais aussi lui ont donné le droit de veto sur l'utilisation des eaux par les autres pays”, selon de Kock. L’Egypte dépend du Nil pour environ 95 pour cent de ses besoins en eau. Avec un nouveau Sud-Soudan susceptible d'adhérer à l'IBN et d'exiger sa propre part des eaux du Nil, il y aura non seulement une pression supplémentaire sur le fleuve, mais aussi un autre allié pour les pays d'Afrique orientale et centrale qui contestent le contrôle de l'Egypte sur le Nil à travers des cadres proposés actuellement, souligne-t-il. “La question est de savoir si le Sud-Soudan va adhérer – et cela pourrait potentiellement faire pencher la balance dans le bassin du Nil”, ajoute de Kock. “Le Sud-Soudan, en tant que nouvel Etat, voudra également accéder aux eaux du Nil pour l'agriculture, l'industrie et l'hydroélectricité, ainsi la géopolitique du bassin du Nil deviendra vraisemblablement plus intense”. L'avenir du canal de Jonglei devrait également rester un sujet controversé entre l'Egypte et un nouveau gouvernement du Sud-Soudan nouvellement formé, déclare Moro. Ce canal était censé réduire les pertes d'eau par évaporation avant la suspension de sa construction en 1983. L'Egypte continue de soutenir le projet alors que le Sud-Soudan soutient qu'elle doit être révisée afin de minimiser les impacts négatifs sur les communautés et les marécages qui seraient touchés par la construction du canal dans le sud et le centre du Soudan. Le référendum au cours duquel le Sud-Soudan votera pour une sécession ou non avec le nord constitue la dernière étape dans la mise en œuvre de l’accord de paix de 2005 du pays, qui a mis fin à plusieurs décennies de guerre civile entre le nord et le sud du Soudan. Si, comme prévu, les électeurs sud-soudanais ont voté pour l'indépendance, le nord et le sud du Soudan auront jusqu'au 9 juillet pour se séparer officiellement, selon Alsharif. Parmi les questions qui devraient prévaloir dans les négociations sur la sécession, figurent ses implications pour la monnaie soudanaise, la nationalité et la répartition des recettes provenant des ressources nationales, y compris le pétrole et l'eau.

