JUBA, Sud-Soudan, 6 jan (IPS) – “Nous voulons d’un pays indépendant propre à nous, c’est-à-dire le Sud-Soudan; et nous avons besoin d’un nouveau pays”. Calmement et d’une voix empreinte de passion, John Kiri, enseignant du secondaire et natif de Juba, a expliqué son enthousiasme pour le référendum de dimanche.
Kiri a déclaré qu’il rêve du jour où il pourra voter pour assurer une meilleure vie à sa famille et à lui-même.
Il ne reste plus que quelques jours pour le référendum d’autodétermination tant attendu. Comme évènement marquant, ce référendum est la dernière phase de l’application de l’Accord de paix global (APG) de 2005 du Soudan, qui a mis fin à la guerre entre le Sud-Soudan et le Nord-Soudan, la plus longue guerre civile en Afrique.
“Je pense qu’il y a beaucoup de défis devant nous et que nous devons donc y être préparés parce que le nord nous menacera de temps en temps même si nous faisons sécession”, a ajouté Kiri.
Selon des analystes, 2,5 millions de personnes ont été tuées pendant la guerre civile de 21 ans. L’APG a accordé au Soudan une période intérimaire de six ans pendant laquelle le peuple du Sud-Soudan étudiera si les partis participant à l’accord – le Parti du congrès national (NCP) au pouvoir et son homologue du sud, le Mouvement de libération du peuple soudanais (SPLM) – ont rendu l’unité bénéfique au peuple du Sud-Soudan.
Il y a deux options inscrites au protocole relatif au référendum – le Sud-Soudan voterait, soit pour confirmer l’unité du Soudan, le système du gouvernement et la constitution nationale intérimaire établie en vertu de l’APG, soit pour faire sécession et se déclarer Etat indépendant et souverain.
Alors que le référendum s’approche, l’opinion générale est que les Sud-Soudanais voteront pour l’indépendance.
“Le nombre total de personnes inscrites au sud, dans les huit pays à l’étranger et dans les Etats du Nord-Soudan est de 3.930.916”, a indiqué Chan Reek Madut, un membre de la commission d’organisation du référendum.
Demin Mauro Demin, un leader de la communauté des personnes déplacées internes, originaire du Sud-Soudan et vivant dans l’un des établissements informels situés dans la banlieue de la ville de Khartoum, a déclaré: “Je suis en effet très heureux parce que le référendum sur l’autodétermination est presque à portée de main”.
Il a ajouté qu’il a “beaucoup souffert et qu’il veut se préparer pour la naissance d’un nouveau pays”.
Le centre Carter a annoncé que l’ancien président américain Jimmy Carter, l’ancien secrétaire général des Nations Unies, Kofi Annan, l’ancien Premier ministre tanzanien, Joseph Warioba, et Dr John Hardman, président directeur général du centre Carter, conduiront la délégation des observateurs internationaux du centre Carter.
Le centre déploiera plus de 100 observateurs à travers le Soudan et les lieux de vote à l’étranger pour évaluer le processus référendaire et pour observer le scrutin, le dépouillement et la tabulation.
“Le référendum est une étape critique de l’application de l’APG”, a déclaré l’ancien président Carter. “Nous espérons que ce processus aidera le peuple soudanais à travailler pour un avenir pacifique, peu importe le résultat”.
“Il est important que tous les leaders politiques honorent leurs engagements pour une paix durable au Soudan, tel que défini dans l’APG”, a déclaré Annan.
Le centre a indiqué qu’il est réconforté par l’engagement des gouvernements du Soudan et du Sud-Soudan à une conduite pacifique du processus, à l’acceptation des résultats référendaires crédibles et au respect des droits de tous les citoyens soudanais, que les Sud-Soudanais votent pour l’unité ou la séparation.
La commission chargée du référendum a aussi annoncé, qu’en dehors du pays, le référendum aura lieu dans huit pays étrangers: l’Australie, les Etats-Unis d’Amérique, le Canada, le Royaume-Uni, l’Egypte, l’Ethiopie, le Kenya et l’Ouganda.
“Si les Sud-Soudanais votent pour la sécession, nous leur dirons: 'félicitations, bâtissez votre pays, prenez-en bien soin, et si vous avez besoin d’un quelconque soutien, nous sommes prêts à vous aider'”, a déclaré la semaine dernière le président soudanais Omar Al-Bashir.
Bashir a réitéré le sentiment exprimé dans son discours tenu lors de la commémoration du 55ème anniversaire de l’indépendance du Soudan le 1er janvier. Il a affirmé que son gouvernement travaille toujours pour l’unité, mais que si les habitants du sud optent pour la sécession, il serait la première personne à reconnaître le Sud-Soudan indépendant.
Lorsque le président Bashir est arrivé à Juba au début de cette semaine, en visite officielle, il “a déclaré que son gouvernement [le gouvernement de l’unité nationale] accepterait et soutiendrait le sud quel que soit le résultat du plébiscite”.
“Quels que soient les résultats du référendum, la difficulté du processus et la profondeur de la douleur, nous pouvons contourner cette étape grâce à notre patience, notre tolérance et en accueillant bien les résultats du référendum dans un bon esprit”.
John Bosco, habitant de Juba, a fait un résumé de l’état d’esprit régnant au sud: “Alors que le référendum s’approche, nous y sommes plus que jamais prêts. Nous attendons simplement les jours restants afin d’aller voter. Nous visons tous une seule chose: nous voulons nous séparer du nord pour constituer notre propre pays”.

