ANTANANARIVO, 3 jan (IPS) – Le rêve auquel aspirent beaucoup de femmes à Madagascar, demeure pour l’instant inaccessible: celui de la parité entre hommes et femmes dans les postes de décisions d’ici à 2015, conformément au Protocole de la SADC sur le genre et le développement.
Le monde politique actuel a ralenti les efforts menés à différents niveaux pour la promotion du genre sur la Grande Ile. La crise politique et économique fait que l’on ne pense plus à augmenter le nombre des femmes dans les sphères du pouvoir. Elles sont actuellement quatre femmes sur les 32 ministres. La Haute autorité de transition, instituée après la prise de pouvoir d’Andry Rajoelina, en 2009, est composée de trois femmes seulement sur 41 membres. Une soixantaine de femmes maires sont recensées sur les 1.560 municipalités.
Toutefois, en se référant au Protocole de la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC) sur le genre et le développement, le Groupe genre pour le développement (VMLF), appuyé par bon nombre d’organismes internationaux ou nationaux, a misé sur le grand défi des 30/50, c’est-à-dire 30 pour cent de femmes en 2012 et 50 pour cent en 2015. Des étapes ont été franchies à Madagascar. Dans sa recherche, Vonifanja Andrianaonitsoa, membre actif du Réseau genre, raconte qu’auparavant, la participation des femmes se limitait à adhérer à des associations exclusivement féminines engagées dans la défense des causes humanitaires ou sociales. Mais, la quatrième Conférence des femmes de Beijing en 1995 a été l’élément déclencheur d’une prise de conscience sur l’acuité des problèmes de genre à Madagascar, et la nécessité de les résoudre, en vue d’un développement plus efficace. C’est en 1995 et grâce à l’engagement de la société civile que des organisations non gouvernementales, des équipes de projets/programmes de développement, et au soutien d’organismes d’appui technique et financier – bilatéraux et multilatéraux – que la promotion du genre a commencé à prendre véritablement son envol à Madagascar.
Ce long chemin a abouti à l’élaboration en 2000 de la Politique nationale de promotion de la femme (PNPF), traduite en Plan d’action national genre et développement (PANAGED) pour la période 2004-2008. Puis, une Direction de la promotion du genre a vu le jour dans un ministère, à la place de la Direction de la femme et de l’enfance. Mais, leurs efforts restent vains car la situation des femmes demeure lamentable. Les chiffres de l’Enquête démographique et de santé (EDS) de 2009 indiquent que la participation des femmes à la prise des décisions, stagne ou diminue, notamment en milieu rural. Le taux de femmes parlementaires était de 10 pour cent en 1999, contre seulement 5 pour cent sous l'actuelle législature. Seulement près de 29 pour cent des postes de direction et de cadres supérieurs et un tiers des postes d'encadrement et de fonctions techniques sont occupés par les femmes. En milieu rural, 54,4 pour cent des femmes sont sans instruction.
«Pour l’instant, le Protocole de la SADC sur le genre et le développement, auquel Madagascar a adhéré, reste une utopie vu la situation actuelle qui ne cesse de se détériorer. Le taux d’intégration des femmes dans les instances de décision est de moins de 7 pour cent malgré les efforts et la sensibilisation effectués par beaucoup d’acteurs depuis longtemps», explique Edeny Andriamizàna, responsable genre de l’association féminine 'Dinika sy Rindra ho an’ny Vehivavy'. «On peut faire évoluer la situation mais de manière progressive, surtout eu égard à la vulnérabilité des femmes. Cela est dû au faible niveau d’instruction, au faible pouvoir économique, accentué par les us et coutumes». Tout le monde affiche son pessimisme, même ceux qui militent pour la cause des femmes. Liliane Rajaobelimahefa du réseau Simiralenta (centre de promotion et d’observation du genre) déclare que «La promotion de la femme a du chemin à faire parce que les obstacles sont nombreux: d'abord il faut relever l'instruction des femmes malagasy, leur faire connaître leurs droits et sensibiliser les autorités nationales, surtout les autorités traditionnelles, pour qu’elles enlèvent les blocages relatifs aux lois traditionnelles».
D’autres personnes soulignent par contre que la priorité pour l’instant, pour un pays aussi pauvre que Madagascar, doit être la lutte contre la pauvreté extrême qui touche des millions de Malgaches.
Mais, les femmes ne veulent pas baisser les bras. Dans les coulisses politiques, certaines femmes s’activeraient pour se présenter aux prochaines élections présidentielles. Des associations de femmes voient le jour et se mobilisent en faveur de leurs droits et de la promotion de la femme aux postes de décisions.
Le défi pour les prochaines années à venir est celui de 30/50. «Des efforts en termes de mobilisation de toutes les ressources locales sont en cours… pour intégrer les femmes au niveau des structures communales de décision. Il y a également les interventions pour éradiquer toutes sortes de facteurs qui empêchent la participation des femmes à la vie politique et socioéconomique», ajoute Andriamizàna.
*(Fanja Razafimahatratra est journaliste à Madagascar et a écrit cet article pour 'Gender Links', une ONG d’Afrique australe qui lutte pour l’égalité de genre. Cet article est publié en vertu d'un accord de coopération entre Gender Links et IPS).

