NIGER: La météo peut réduire les effets du climat sur les activités rurales

NIAMEY, 22 déc (IPS) – “Lors de la précédente campagne agricole, j’ai perdu deux semis par manque d’informations fiables sur l’installation de l’hivernage, c’est seulement à la troisième tentative que les semis ont donné”, confie à IPS, Daouda Iboune, un paysan de Bankilaré, une commune rurale de l’ouest du Niger.

“La disparition des bulletins (météorologiques) n’affecte pas seulement les agriculteurs, les éleveurs éprouvent aussi de difficultés actuellement pour trouver les zones de pâturage où le fourrage et l’eau sont abondants, pour satisfaire convenablement les besoins de leurs animaux”, renchérit Boubacar Hamidan, un éleveur de la zone. “La radio communautaire de Bankilaré, qui nous fournissait les bulletins météorologiques et climatiques, n’assume plus convenablement cette fonction depuis près deux ans”, se plaint Iboune. “Des informations météorologiques et climatiques étaient fournies aux communautés des zones rurales reculées, par l’entremise des radios communautaires implantées dans le pays dans le cadre d’un programme international dénommé 'Radio et Internet' (RANET) lancé à partir de l’année 2000 au Niger”, affirme Katiellou Lawan Gaptia, point focal du projet RANET à la direction nationale de la météorologie, à Niamey, la capitale nigérienne. Selon Kouyaté, le programme reposait sur l’exploitation d’un satellite gratuit lancé en 1998 sur l’Afrique et les récepteurs 'World Space' qui pouvaient fonctionner avec l’énergie solaire dans les zones non pourvues en électricité. “Nous concevons des programmes d’informations météorologiques et climatiques que nous envoyons vers ce satellite, lesquelles informations étaient téléchargées grâce à des ordinateurs puis traduites dans les langues locales au niveau des radios de proximité et fournies aux populations rurales qui en sont les premiers utilisateurs”, explique Gaptia à IPS. “Malheureusement, le satellite n’est plus fonctionnel aujourd’hui tout comme les récepteurs 'World Space' qui sont totalement déclassés par manque de pièces de rechange”, ajoute-t-il. Le programme avait suscité un véritable engouement auprès des populations rurales dans tous les pays où il était appliqué, d’où la tenue d’un atelier international du 14 au 17 décembre 2010 à Niamey pour procéder à son évaluation et à sa relance, a constaté IPS. “L’atelier a regroupé des participants venus des différentes régions d’Afrique et d’Europe. Elle a identifié, entre autres pistes d’actions, la réhabilitation des radios communautaires et l’usage des nouvelles technologies de l’information et de la communication qui connaissent une véritable percée sur le continent”, indique à IPS, Béchir Mohamed, directeur général de la météorologie de la Mauritanie. “Nous entendons explorer les créneaux de la téléphonie mobile et de l’Internet pour relancer les activités du programme”. Plus d’une dizaine de pays africains dont le Mali, le Niger, le Tchad, le Cameroun, le Maroc, le Kenyan, le Mozambique, la Zambie…, sont impliqués dans ce programme qui s’était, au fil du temps, élargi à des domaines comme la santé et l’environnement, selon Amadou Boureïma Diallo, promoteur de Bankilaré FM, la première radio communautaire implantée au Niger en 1999. “L’organisation non gouvernementale, 'Helen Keller international' basée à Niamey, exploitait ce créneau pour disséminer des produits sanitaires visant à promouvoir le bien-être des femmes et des enfants en zone rurale”, déclare Diallo à IPS. “Ce sont des émissions visant à prévenir les pathologies qui affectent les enfants comme les problèmes respiratoires, les diarrhées, et certaines complications chez les femmes enceintes au moment de l’accouchement”, souligne Ramou Idrissa, une technicienne de santé communautaire, à Niamey. “Nous avons su l’importance des consultations prénatales, de l’allaitement maternel et de la vaccination pour le bien-être des femmes et des enfants, grâce à ces émissions”, atteste à IPS, Hamsa Ahamadou, une mère de 29 ans à Bankilaré. Selon Mohamed Kouyaté, chef section prévisions à la direction de la météorologique du Mali, l’intérêt du programme RANET réside dans le fait qu’il permet de donner rapidement des informations adaptées aux besoins des populations rurales pour qu’elles prennent les décisions qui s’imposent, afin de réduire les effets néfastes du climat sur leurs activités. “Cette année au Mali, les pluies se sont poursuivies jusqu’en novembre alors que le coton était arrivé à maturité. Comme nous avons donné l’information à temps, les producteurs ont vite procédé à la récolte pour que les pluies n’abîment pas la qualité du produit et compromettent sa valeur marchande”, raconte Kouyaté à IPS. “Même lorsque le satellite a cessé de fonctionner, il n’y a pas eu un arrêt total des activités; les données météorologiques et climatiques sont transmises aux radios communautaires via Internet dans des pays comme le Mali où l’usage de l’outil est répandu et l’énergie solaire très développée en milieu rural”, explique Gaptia. Selon Kouyaté, l’application de ce programme permet un gain de temps et d’énergie dans les activités agricoles, et améliore aussi les rendements de l’ordre 30 à 40 pour cent. Khadija Kabidi, la responsable de la direction régionale de la météorologie du nord Rabat, au Maroc, partage cet avis. Toutefois, elle déplore la réticence de certaines communautés à travailler avec les informations mises à leur disposition. “Il faut mettre beaucoup l’accent sur la sensibilisation dans le cadre de la relance” du système, dit-elle à IPS.