CONGO: La pauvreté persiste malgré les ressources engrangées par le pétrole

BRAZZAVILLE, 23 déc (IPS) – La fin de décembre, couplée des fêtes de fin d'année, sont des moments de démonstration de pauvreté pour les populations du Congo Brazzaville, dont 57,1 pour cent vivent avec moins d'un dollar par jour, selon le Document stratégique de réduction de la pauvreté (DSRP).

“Avec mon petit salaire de 65.700 francs CFA (environ 131 dollars), il faut des jouets, des habits et de bons plats à table pour ma famille. Impossible! De quoi devenir malade”, s'affole Eugène Mbon, instituteur à Brazzaville, la capitale.

A la sortie de la banque, Sylvie Moubou, une sage-femme dans les Plateaux, au centre du pays, qui travaille depuis deux ans, ne sait pas comment faire la répartition des dépenses de cette fin d'année, avec environ 100 dollars de salaire mensuel. “Je ne sais pas par où commencer, tout est priorité maintenant”, s’embrouille-t-elle.

Les plaintes de nombre des 85.000 fonctionnaires de l'Etat sont identiques. “Avec nos salaires de misère, on ne peut pas s'occuper de nos familles”, avoue Jean Marie Ntangou, agent de l'Office congolais de l'informatique. “Le signe frappant de la pauvreté des fonctionnaires, c'est l'affluence dans les banques pendant le paiement des salaires entre le 25 et le 30 du mois. Cela prouve que depuis des semaines, les travailleurs mouraient déjà de faim”, affirme Gabriel Mavanga-Bakala, économiste basé à Brazzaville.

Dans la capitale, certaines familles vivent de la vente du bois de chauffe coupé dans les forêts périphériques. “Si on ne fait pas ça, comment survivre?”, se demande Bosco Mbani, sans emploi habitant de Yinga-Mpata, un quartier ouest de Brazzaville. Cette vente lui rapporte trois à 10 dollars par semaine.

Selon une étude menée entre février et novembre 2010 à Pointe-Noire, la capitale économique du pays, sur une échelle de 1.000 ménages, il faut au moins 331 dollars de dépenses alimentaires pour une famille de six personnes. “Mais avec ces bas salaires, ce n’est pas possible”, déclare Brice Mackosso, co-auteur de l’étude. L’étude a été faite pour le compte de la Commission juste et paix, une organisation non gouvernementale (ONG) basée à Pointe-Noire et proche de l'église catholique. L’Institut international pour les recherches des politiques alimentaires, une ONG basée à Genève, indique que la faim toucherait encore 21 pour cent des Congolais. “Les paysans dans les villages sont aussi des laissés pour compte, car il n’y a ni dispensaire, ni route pour évacuer leurs produits agricoles”, souligne Christian Mounzéo, auteur d'une analyse sur l'exécution du budget 2008 de l'Etat, estimé à trois milliards de dollars à l’époque. Selon la société civile, l'augmentation des budgets de l'Etat ne réduit pas la pauvreté des populations dans ce pays pétrolier d’Afrique centrale. “De 2008 à 2009, l'augmentation du budget était de 50 pour cent, mais rien n'a été fait pour les plus pauvres”, relève Loamba Moké, responsable du Centre de suivi budgétaire, une ONG basée à Brazzaville. “Les projets retenus dans le budget ne tiennent pas compte des besoins réels des Congolais”, ajoute-t-il à IPS.

Dans une analyse sur le chômage qui touche 35 pour cent de la population, selon les autorités, des experts du Bureau international du travail (BIT) indiquent que les marchés exécutés au Congo ne génèrent pas “suffisamment” d'emplois. “D'après le DSRP (2008), un Congolais sur deux vit avec moins d'un dollar par jour, et pourtant, il y a beaucoup d'argent investi dans les chantiers de construction”, déclare Roland Parfait Goma, coordonnateur national de la Haute intensité de la main-d'œuvre, un mécanisme proposé par le BIT.

Ce mécanisme consiste à résoudre le chômage et réduire la pauvreté à travers des travaux de ramassage d'ordures, de réhabilitation et d'entretien des pistes agricoles, ainsi que des petits métiers générés par des chantiers de construction d’infrastructures publiques. Toutefois, les jeunes Congolais employés dans ces projets comme des ouvriers, ne sont pas satisfaits de leur traitement. “Un peu de riz et de haricot, voilà notre paie. Pas de savons, pas de pétrole lampant”, se plaint, Jules Nkombo, employé sur l’entretien de la piste Ndounga-Yamba, dans le sud-ouest du pays.

Le gouvernement s'investit pour faire face au problème du chômage. Un budget de plus de six milliards de dollars a été voté pour l'année 2011. «C’est dans cinq ou dix ans que nous cueillerons les fruits des efforts que nous consentons aujourd’hui», explique Gilbert Ondongo, ministre de l’Economie et des Finances.

Le budget 2011 sera alimenté à 90 pour cent par les recettes pétrolières, estimées à plus de cinq milliards de dollars. Selon le gouvernement, le Congo produira en 2011, quelque 127 millions de barils. Fort de ses richesses, le gouvernement a annoncé une augmentation de 25 pour cent sur les salaires des fonctionnaires en 2011. Et le Salaire minimum interprofessionnel garanti passera de 100 à 130 dollars. Mais, suggère Mounzéo, «il faut une consultation nationale sur le niveau de pauvreté, avant de réformer les grilles salariales».

«Progressivement, nous donnerons un peu d'argent à ceux qui ne travaillent pas, selon les moyens dont l’Etat disposerait», promet Florent Tsiba, ministre du Travail et de la Sécurité sociale. Le gouvernement alloue en 2011, environ 60 millions de dollars aux deux caisses de sécurité sociale où certains pensionnés attendent trois mois pour recevoir une pension de 60 dollars. “C'est de la poudre aux yeux; tout cet argent adopté dans le budget 2011 ne servira pas à réduire la pauvreté”, affirme Emmanuel Boungouandza, un sénateur de l'opposition, qui dénonce des projets inachevés d’hôpitaux et d’écoles depuis 2007 dans certaines régions du pays. “Ce budget ne servira encore que pour enrichir les gestionnaires de l'Etat”, a-t-il déclaré avant de s'abstenir de le voter au Sénat. L'Etat entretient deux grilles salariales: pour les militaires et les civils. Des soldats gagnent jusqu'à 500 dollars, alors que leur salaire mensuel officiel est de 72 dollars. Chez des civils, seuls les magistrats et les universitaires ont des salaires dépassant les 1.000 dollars le mois. Toutefois, les salaires des ministres et autres hauts fonctionnaires sont gardés au secret. Mais d'après le Journal officiel, ces salaires sont de 10.000 dollars par mois. Selon le Rapport sur le développement humain des Nations Unies, le Congo est classé comme pays à “développement moyen”. Il a réalisé en 2010 une croissance de 11 pour cent, et les Nations Unies estiment son revenu national brut par tête d'habitant à 3.258 dollars.