RD CONGO: Un bricolage pour l’éclairage en attendant l’électricité

KIKWIT, RD Congo, 13 oct (IPS) – En attendant l'arrivée de l’électricité dans toute leur région plusieurs familles de Kikwit et du Kwilu, dans le sud-ouest de la République démocratique du Congo (RDC), utilisent un système d'éclairage spécial avec des ampoules de lampes torche raccordées à un boîtier de piles.

Baptisé «Kakobola» du nom du barrage hydroélectrique promis par les autorités pour cette province du Bandundu, ce système ingénieux pour s’éclairer coûte que coûte et à peu de frais, remplace, pour l’instant, l’énergie électrique absente et les lampes à pétrole coûteuses.

Assis dans son salon, Floribert Kiama, professeur au lycée Yedisa, dans la commune de Lukolela, corrige, le soir, des copies de géographie de ses élèves sous une lumière claire et douce. Ses deux chambres et le devant de sa maison également sont éclairés de la même façon: des ampoules de lampes torche attachées par groupe de quatre ou cinq au plafond à l’aide de fines fibres qui sont connectées à un boîtier de piles. Au devant de la maison, ces ampoules sont placées sur une sorte de plaque fabriquée à l’aide de bambous, a constaté IPS.

«Cette pratique nous aide beaucoup étant donné que notre ville et notre district ne sont pas vraiment électrifiés. Les quelques maisons qui dépendent de la SNEL (Société nationale d’électricité) ne sont pas régulièrement alimentées et connaissent souvent des coupures intempestives du courant abîmant même certains matériels», déclare Kiama à IPS.

«Chez moi, c’est depuis un an que je recours à ce système. Le gouvernement central a depuis longtemps promis construire le barrage de Kakobola à Gungu. Mais jusqu’à ces jours, rien n’est encore fait», indique à IPS, Odon Munganga, secrétaire au Centre culturel Mwinda basé dans la commune de Nzinda.

Depuis 2007, les habitants de Kikwit palpent cette expérience particulière pour résoudre l’épineux problème d’électrification. «Je ne peux qu’encourager cette population qui devient quasiment ingénieuse car plus de 350.000 personnes et ménages recourent de plus en plus à cette pratique dans cette ville de 900.000 habitants», déclare Constant Kasanji Tshez, le maire adjoint de Kikwit. «Je ne sais pas qui a initié cela pour la toute première fois».

En 2008, cette pratique s’est rapidement ramifiée dans plusieurs villages et secteurs du district du Kwilu. «Dans le secteur Dwe, à 100 kilomètres de Kikwit où je suis, près de 80.000 sur les 103.000 habitants éclairent leurs habitations grâce à cette technique. Des gens n’achètent presque plus de pétrole pour leurs lampes», témoigne Jean Ossu, chef de ce secteur en mission à Kikwit.

A Longo Kuma-Kuma, une localité d’environ 200.000 habitants, située à 91 km de Kikwit dans le secteur Nkara, un élément nouveau entre dans la technique. «Ici, j’ajoute un élément qui n’est pas appliqué ailleurs: je prends des ardoises et des sachets blancs… et je creuse de petits trous pour placer des ampoules. Cette technique permet d’obtenir une lumière très claire», explique à IPS, Ndoy Muke, un ingénieur électricien. «Aujourd’hui, plus de 130.000 personnes ont installé le Kakobola dans leurs maisons».

«La population pratique ce système puisque cela est moins cher. Une famille dépense souvent environ 1,5 dollar pour acheter au moins cinq piles qui durent plus ou moins un mois par rapport à la lampe-tempête qui coûte 1,5 dollar et qui consomme en moyenne trois bouteilles d’environ un demi-litre de pétrole, soit une valeur globale de quatre dollars», souligne Barros Makwenga, chef adjoint du quartier '30 Juin', à Kikwit.

Selon Rombeaut Yoyo, inspecteur de l’enseignement technique en matière d’électricité, la pollution des piles est faible. «Les piles utilisées sont appelées piles sèches et non humides. Toutes les marques de piles ne se dépolarisent pas. Mais, si une pile dégage un liquide, c’est en très petite quantité et ne doit pas polluer la maison étant donné que les utilisateurs jettent les piles usagées automatiquement et le danger est faible».

«Je demande aux parents de placer les boîtiers des piles là où les enfants ne doivent pas accéder. C’est pour prévenir le danger et éviter le gaz que dégagent souvent les piles», conseille Emanuel Mulala, chef de la distribution à la SNEL de Kikwit.

«L’Etat doit prendre ses responsabilités. Au lieu de laisser la population faire n’importe quoi, il doit rendre disponible le courant électrique», estime Laurent Bwenia, président de l’Association africaine de défense des droits de l’Homme pour la ville de Kikwit.