CAMEROUN: Le gouvernement critiqué pour l’épidémie de choléra qui sévit

YAOUNDE, 6 oct (IPS) – Cette année, le nombre de décès d'une épidémie de choléra dans les provinces du Nord et de l'Extrême-Nord du Cameroun s'élève à 420, selon le ministre de la Santé publique, André Mama Fouda.

Le déclenchement de cette maladie d'origine hydrique jette un coup de projecteur fâcheux sur l’insuffisance de l'accès à l'eau potable et à l'assainissement, en particulier dans les régions rurales du nord du pays. Le gouvernement camerounais a du mal à mettre en œuvre une stratégie efficace de lutte contre le choléra, malgré le fait que l'épidémie puisse être éradiquée par de simples mesures. Le choléra est une infection intestinale causée par une bactérie dans l'eau ou dans les aliments, et conduit à une diarrhée liquide profuse, la perte de liquides, le vomissement et des douleurs abdominales. Cette année, environ 7.000 citoyens ont contracté la maladie. Des groupes de la société civile accusent le gouvernement de ne pas élaborer un plan efficace pour lutter contre le choléra, exigeant que plus de fonds soit disponible pour mettre en œuvre des mesures de base, telles que l'assainissement, l'eau potable et la sensibilisation sur l'hygiène personnelle. “Le gouvernement est bien conscient que cette partie du pays est sujette au choléra”, se lamente Honoré Ahmed, chargé de programme à l’Association de développement du septentrion, une organisation d'aide. “A l'heure actuelle, nous devrions disposer de mesures permanentes pour lutter contre l'épidémie”. La découverte de nouveaux cas de choléra dans les principales villes du pays, Yaoundé et Douala, au début de septembre, a jeté des doutes supplémentaires sur la capacité du gouvernement à prévenir la maladie. Le principal leader de l'opposition au Cameroun, Ni John Fru Ndi, qui dirige le 'Social Democratic Front', a fustigé la performance du parti au pouvoir, le Rassemblement démocratique du peuple camerounais: “Je ne peux pas comprendre ou accepter qu'une nation, qui est censée être une économie émergente, soit en train de tuer ses propres enfants à travers une absence des nécessités de base, soigneusement orchestrée, comme l'eau et l'hygiène publique”. Il a accusé le président Paul Biya et son gouvernement de dépenser la richesse du pays sur des “voyages de loisirs à l'étranger”, tandis que des Camerounais continuent de mourir d'une maladie évitable. Au Cameroun, seulement une personne sur 20 a accès aux toilettes et moins d'un tiers de la population a accès à l'eau potable, admet Mama Fouda. Dans le nord du pays, la situation est encore pire. Patrice Hassana, un ingénieur qui travaille dans la région, s'est plaint dans une lettre ouverte au gouvernement: “Aujourd'hui, nous avons seulement une toilette qui dessert 4.000 personnes dans la région de l'Extrême-Nord”. Pour éradiquer le choléra, le gouvernement devra régler les questions de l'eau et de l'assainissement, mais aussi de la pauvreté. Dr Yves Kueté Fotié, médecin à l'Unité de santé de Mokolo, dans l’Extrême-Nord, a déclaré aux journalistes, au cours d'une conférence de presse, que “la pauvreté est sans doute la principale cause et facilitatrice de la maladie. Vous pouvez dire aux gens à maintes reprises de se laver les mains avec du savon avant les repas, mais qu’est-ce qui se passe lorsqu’ils n'ont pas les moyens d’acheter du savon?” Selon le recensement national de la population et de l’habitat réalisé en 2005, 40 pour cent des 19,4 millions d’habitants du Cameroun vivent avec moins d'un dollar par jour. En réponse à l'épidémie – et à la critique sévère des politiques de santé du pays, qui s’en est suivie, – le gouvernement a commencé à introduire un plan en deux phases, d’une valeur de cinq millions de dollars, pour lutter contre le choléra. Au cours de la première phase de ce programme, qui a démarré en août, le gouvernement a commencé à fournir des comprimés de purification de l'eau et a acheminé par camion de l'eau potable vers les zones vulnérables dans le Nord et l’Extrême-Nord ainsi que dans certaines parties de la région de l’Adamawa. Il a également distribué des kits médicaux aux agents de santé locaux et les a formés en intervention d'urgence contre le choléra. La deuxième phase débutera en décembre et s'attaquera aux causes profondes des épidémies récurrentes, promet le gouvernement. Sur huit mois, il rénovera 200 puits et en forera 50 nouveaux. En outre, 200 latrines seront construites dans les deux régions les plus touchées où les gens défèquent généralement dans la brousse. Le gouvernement a également lancé une campagne de sensibilisation du public, au cours de laquelle Mama Fouda a demandé à la population “d’éviter de boire l'eau non-chlorée et de manger dans les marchés de fortune où les aliments ne sont pas bien conservés”. Il a encouragé en outre les Camerounais à préparer leur propre solution de réhydratation orale pour traiter la diarrhée en mélangeant le sel, le sucre et le citron dans de l'eau bouillie. Les médias publics ont été chargés de produire des programmes dans toutes les langues nationales, qui donneront des conseils pratiques supplémentaires sur la façon d’éviter de contracter la maladie et sur la manière de la traiter. Des organisations d'aide internationales sont également impliquées et aident le gouvernement à sensibiliser la population. Plan International, une organisation d’aide à l'enfance, et la Croix-Rouge ont envoyé 200 volontaires dans les régions de l’Extrême-Nord et du Nord pour sensibiliser les populations sur l'hygiène. Et puisque les écoles ont ouvert leurs portes pour la nouvelle année scolaire, au début de septembre, le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) a commencé à éduquer les enfants sur l'hygiène de base, telle que le lavage des mains avant les repas, l'utilisation des latrines et le fait de bouillir l'eau. Par ailleurs, certaines administrations scolaires ont interdit la vente d'aliments cuits dans les écoles ou ont demandé aux vendeuses de nourriture de présenter un certificat d'hygiène avant qu'elles ne soient autorisées à vendre des aliments aux écoliers.