NAIROBI, 5 oct (IPS) – Bien que la majorité des Kényans soient des agriculteurs, 3,6 pour cent seulement du budget national du pays va vers le secteur. Cela est largement en deçà de la promesse du gouvernement de consacrer au moins dix pour cent à l'agriculture.
Environ cinq millions, sur les huit millions de ménages au Kenya, sont directement impliqués dans la production agricole, selon Vision 2030, un document de stratégie du gouvernement axée sur la croissance et le développement du pays. Et pourtant, sur 38 millions de Kényans, 10 millions souffrent de la faim et auront besoin d'aide alimentaire cette année, a indiqué un récent recensement.
Des experts agricoles expliquent que le manque de budget pour l'agriculture a un impact particulièrement sévère sur les petits agriculteurs, qui luttent même pour nourrir leurs propres familles.
Le secteur agricole a besoin d’un financement massif afin d’aider les agriculteurs à passer de la production pour la consommation des ménages à l'amélioration de la commercialisation à grande échelle”, déclare Francis Karin, chercheur à l'Institut Tegemeo de la politique agricole et du développement à Nairobi.
“Actuellement, le ministère de l'Agriculture fait plusieurs choses à la fois”, explique-t-il. “Il manque de personnel, par exemple, pour offrir un appui technique aux agriculteurs. Il n'y a pas suffisamment de fonds pour la recherche tant désirée, et le pays a besoin de technologie agricole pour accroître la production”.
Manque de budget Sans une aide financière du gouvernement, les petits fermiers continueront à lutter pour la survie, incapables d’aller vers la durabilité. L'un d'eux est Waceke Kamau, du Comté de Kiambu, dans le centre du Kenya. Elle dit qu'elle est sur le point de vendre son bétail et de remplacer les cultures de rente sur ses deux hectares de terre par des cultures alimentaires afin de pouvoir nourrir sa famille de six personnes.
Les cultures de rente ne rapportent pas assez d'argent, se plaint Kamau: “Le gouvernement paie aux agriculteurs très peu d’argent pour leurs cultures de rente, comme le thé et le café, tandis que tant d'argent va dans l'achat des intrants comme les engrais, les semences et même dans le paiement des travailleurs. La vente de lait rapporte également très peu d’argent, qui est ensuite réinvesti [dans l'alimentation des vaches] afin de s'assurer qu'elles produisent du lait”.
Le professeur Mary Abukutsa, qui a travaillé comme directrice de l’agriculture au ministère de l'Agriculture et qui est actuellement chercheuse et professeur à l'Université Jomo Kenyatta des sciences et la technologie à Nairobi, confirme que l'agriculture n'est pas une première priorité pour le gouvernement, même si elle constitue le socle de l'économie du pays.
“Lorsque le gouvernement alloue si peu de fonds à ce secteur, cela signifie que l'agriculteur n'a pas de subventions pour l’aider à accroître la production agricole, ce qui signifie qu'il dépense beaucoup d'argent sur les intrants, qui à leur tour rendent son produit très cher”, fait-elle remarquer.
Abukutsa déclare que l’autre raison pour laquelle les petits fermiers se battent est que la plupart d'entre eux n'ont pas directement accès aux marchés et sont donc obligés de vendre leurs produits à bas prix aux commerçants, qui les revendent ensuite avec des bénéfices élevés.
Se concentrer sur les monocultures Les seuls agriculteurs qui bénéficient des politiques agricoles actuelles – et qui peuvent accéder aux subventions – sont les gros fermiers qui plantent des monocultures, essentiellement à des fins d'exportation, telles que le thé et le café, et sont capables de négocier des bénéfices élevés sur le marché international – des bénéfices qui, le gouvernement le sait, bénéficieront par la suite à l'économie du Kenya.
Par conséquent, le gouvernement a récemment exprimé son optimisme sur le fait qu'il dépassera, de 0,3 pour cent, son objectif d’atteindre 4,4 pour cent de croissance économique cette année, essentiellement grâce à la production de thé.
Toutefois, les petits agriculteurs qui constituent la majorité des producteurs agricoles dans le pays, sont incapables d’accéder aux plans de subvention.
“Nous apprenons dans les médias que le gouvernement nous aidera à obtenir plus de revenu de la vente du lait, du thé et du café mais ce n'est que de la rhétorique. Tant que nous ne pouvons pas vendre nos produits sans les intermédiaires, il y a très peu de choses qui peuvent être faites pour améliorer notre sort”, se lamente Kamau.
Pénurie de vivres Par conséquent, Abukutsa estime que le nombre élevé de Kenyans souffrant de la faim vient de l’insuffisance de planification de la part du ministère de l'Agriculture plutôt que du manque de vivres.
“Certaines régions produisent plus de vivres, qui pourraient être distribués aux régions qui en produisent moins, mais il y a un manque de capacité dû à la faiblesse du budget agricole”, explique-t-elle. Et peut-être aussi le manque de volonté politique.
Dans le cadre d'un projet universitaire, Abukutsa a commencé à mettre en place des coopératives avec 100 petits agriculteurs, les aidant à mettre en commun leurs ressources pour accéder aux marchés et tirer ainsi le maximum de profits pour leurs produits.
“Seul, un pêcheur travaille dur toute la journée seulement pour vendre un poisson à moins d'un dollar. Le même poisson est par la suite vendu à cinq ou six dollars [s'il ne peut pas éliminer les intermédiaires]”, souligne-t-elle.
Abukutsa appelle le gouvernement à imiter son modèle – pour aider les agriculteurs à mettre en place des coopératives, améliorer les infrastructures afin de réduire les coûts et financer les recherches pour développer des méthodes et technologies novatrices pour aider les agriculteurs à accroître davantage leurs marges bénéficiaires.

