RD CONGO: Un rapport de l’ONU épingle les auteurs présumés de crimes graves

KINSHASA, 1 oct (IPS) – Le Bureau du Haut commissaire aux droits de l’Homme de des Nations Unies a publié ce 1er octobre un rapport relatif aux graves violations des droits de l’Homme et du droit international humanitaire, commises en République démocratique du Congo (RDC) entre mars 1993 et juin 2003.

Ce rapport de quelque 600 incidents documentés a été élaboré par une équipe d’experts congolais et internationaux qui ont mené des enquêtes pendant six mois sur les violations les plus graves des droits humains de l’homme considérés comme des crimes contre l’humanité commis sur le territoire congolais, notamment dans l’est de la RDC au cours de cette période trouble.

Réagissant lors de la publication du rapport, Atoki Ileka, représentant permanent de la RDC aux Nations Unies à New York, a déclaré au nom du gouvernement congolais : «Les victimes méritent justice. Elles méritent que leurs voix soient entendues puisque pendant longtemps, celles-ci sont restées étouffées. Cette fois-ci, elles ne le seront pas, non seulement par nous leurs dirigeants, mais également par la communauté internationale dans son ensemble».

Iléka a affirmé que «les atrocités commises en RDC au cours de la période couverte par la 'Justice Mapping Project' sont si graves». Selon lui, «ce rapport bien détaillé est crédible». C’est un inventaire des violations graves commises en RDC entre 1993 et 2003 pour un objectif ultime de justice en faveur des victimes et pour lutter contre l’impunité dans cette région meurtrie. Pour sa part, Emmanuel Luzolo Bambi, ministre de la Justice et des Droits humains de la RDC, affirme que «le gouvernement congolais fera tout pour amener les coupables devant la justice et obtenir des réparations pour les victimes». Le rapport souligne : «La période couverte par le présent rapport, de mars 1993 à juin 2003, constitue probablement l’un des chapitres les plus tragiques de l’histoire récente de la RDC. Ces dix années ont, en effet, été marquées par une série de crises politiques majeures, de guerres et de nombreux conflits ethniques et régionaux qui ont provoqué la mort de centaines de milliers, voire de millions, de personnes». «Rares ont été les civils, congolais et étrangers, vivant sur le territoire de la RDC qui ont pu échapper à ces violences, qu’ils aient été victimes de meurtres, d’atteintes à leur intégrité physique, de viols, de déplacements forcés, de pillages, de destructions de biens ou de violations de leurs droits économiques et sociaux». Le document ajoute : «Le but ultime de cet inventaire, mis à part sa contribution historique à la documentation de ces graves violations et à l’établissement des faits survenus durant cette période, consiste à fournir aux autorités congolaises des éléments pour les aider à décider de la meilleure approche à adopter pour rendre justice aux nombreuses victimes et combattre l’impunité qui sévit à cet égard».

Face à la gravité des cas documentés, le rapport propose des options des mécanismes judiciaires et non judiciaires qui pourraient aider la RDC à faire face aux multiples demandes de justice de la part des millions de victimes.

Par ailleurs, parmi les auteurs présumés des crimes de guerre, crimes contre l’humanité et des actes de génocide épinglés, le rapport cite le Rwanda, le Burundi et l’Ouganda, trois pays dont les forces militaires ont été impliquées dans différentes guerres qui ont sévi en RDC entre 1995 et 2003.

L’Ouganda a rejeté le rapport à travers un communiqué officiel publié le 30 septembre par Maurice Peter Kagimu Kiwanuka, son représentant permanent aux Nations Unies, et dont copie est parvenue à IPS. «Les autorités ougandaises rejettent totalement l’ensemble du rapport» qu’elles considèrent comme «simplement fondé sur les déclarations des ONG» étant donné que «les autorités ougandaises n’ont pas été consultées avant sa publication», souligne le communiqué.

Le Rwanda et le Burundi ont aussi rejeté le rapport à travers deux communiqués émis par leurs ministères des Affaires étrangères respectifs, le 30 septembre, affirmant que «les Nations Unies viennent de mettre en danger les acquis de l’intégration et de la réconciliation au sein de la région des Grands Lacs africains».

Le gouvernement rwandais, qui avait déjà menacé de retirer ses troupes des missions de l'ONU pour la paix au Soudan, si le rapport était publié, l’a qualifié de “document mauvais et dangereux du début à la fin”, dans un communiqué de sa ministre des Affaires étrangères, Louise Mushikiwabo, remis à la presse vendredi. Selon elle, ce rapport est “un échec moral et intellectuel, et une insulte à l'Histoire”. Le Rwandais, qui a été victime d’un génocide en 1994, combattu par son armée, n’accepte pas que cette armée soit accusée d’avoir commis un génocide dans l’est de la RDC quelques années plus tard. Approuvant le rapport, la RDC est consciente du coup que vont en prendre les relations diplomatiques entre elle et le reste des pays cités par le document. Cependant, Ileka, son ambassadeur à l’ONU, déclare : «Tout en recherchant la justice pour les victimes, nous recherchons et poursuivons l’amélioration des relations diplomatiques, fraternelles et de bon voisinage avec l’ensemble de nos pays voisins en vue d’assurer une paix durable dans la région». C’est un «véritable défi des capacités étatiques sachant combien la justice peine pour protéger les droits de l’Homme en RDC», souligne Raphaël Wakenge, défenseur des droits humains et membre de la société civile congolaise.

Pour Wakenge «le problème de justice se posera encore plus fortement si l’on se rappelle que les victimes de ces crimes ne sont pas que congolaises et que les demandes des familles venant des pays voisins pourraient inonder le système congolais de justice qui est déjà bien connu pour ses grandes incapacités».

Dans un communiqué dont copie est parvenue à IPS, plus d’une dizaine d’organisations membres de la Coalition congolaise pour la justice transitionnelle, «saluent la publication de ce rapport qui vient de confirmer que les crimes du passé ne resteront jamais impunis et que leurs auteurs devront répondre de leurs actes».