AFRIQUE: Financer la santé publique

NAIROBI, 20 sep (IPS) – Les militants pour le financement accru de la santé accueillent l’engagement des Etats membres de l’Union africaine à orienter plus de ressources vers la santé. Mais les besoins du continent semblent écraser les budgets disponibles.

L’Afrique représente un pourcentage disproportionné du fardeau total de la maladie dans le monde. Plus de 68 pour cent des personnes vivant avec le VIH/SIDA se trouvent en Afrique subsaharienne.

Environ 4,5 millions d’enfants de moins de cinq ans meurent chaque année à cause de la malnutrition, de la diarrhée, de la pneumonie, du paludisme et du VIH.

Au cours du 15e sommet des chefs d’Etat de l’Union africaine à Kampala en juillet, les dirigeants africains se sont engagés à mobiliser plus de ressources pour le secteur de la santé en plus de l’allocation de 15 pour cent des budgets nationaux.

Des ressources nationales insuffisantes Dr Thomas Kibua déclare que même si les Etats africains devraient augmenter l’allocation au secteur de la santé à 15 pour cent, aucun des trois objectifs du millénaire pour le développement (OMD) relatifs à la santé ne serait atteint.

“Les Etats devraient augmenter l’allocation aux soins de santé à 45 pour cent s’ils doivent atteindre les OMD d’ici à 2015. Ceci est insoutenable parce que c’est presque l’ensemble du budget national allant à la santé”, dit-il.

Kibua dirige la politique de santé et la recherche sur les systèmes à la Fondation pour la médecine et la recherche en Afrique (AMREF), une organisation de développement qui vise à améliorer l’accès des gens aux soins de santé.

Selon 'African Public Health Alliance' (APHA – Alliance pour la santé publique en Afrique) et la 'campagne pour les 15 pour cent', les pays africains doivent aller au-delà du pourcentage préalablement convenu pour la santé en vue de répondre aux orientations internationales.

“Les pays doivent augmenter leur dépense par personne en matière de santé pour atteindre les 40 dollars recommandés par l’Organisation mondiale de la santé [OMS]”, déclare Rotimi Sankore de APHA, une organisation non gouvernementale qui promeut le développement et le financement en matière de santé à travers l’Afrique.

Et même cela peut ne pas être suffisant: les recommandations de l’OMS supposent des niveaux de base en nutrition, et l’accès à l’eau propre et à l’assainissement. “Pour que cela soit utile, les gouvernements doivent investir séparément dans d’autres secteurs au sein de l’économie tels que la ressource humaine et les infrastructures”, déclare Sankore.

Le fossé entre ce niveau d’investissement et le statu quo est impressionnant. Plus de la moitié des 53 gouvernements africains investissent par habitant 14 dollars ou moins, avec certains plaçant dans la santé des capitaux aussi faibles qu’un à quatre dollars. “De telles sommes infimes peuvent à peine équilibrer les écarts”, déclare Sankore.

Construire à partir d’une faible ligne de base La mauvaise santé en Afrique a été perpétuée par le manque d’agents de santé et la mauvaise répartition de ceux qui sont disponibles.

Soixante-dix pour cent des femmes en Afrique subsaharienne n’ont aucun contact avec les agents de santé pendant l’accouchement. C’est un facteur clé contribuant aux taux élevés de mortalité maternelle.

Dans les pays comme le Tchad, le Madagascar, le Burkina Faso, le Nigeria, le Cameroun, et le Mali, moins de cinq pour cent des femmes ont accès aux soins de qualité pendant l’accouchement.

Cinquante pour cent des personnes en Afrique n’ont pas accès aux médicaments essentiels.

Plusieurs pays essaient de fournir gratuitement ou à un coût très bas des soins pour la mère et pour l’enfant, pendant que d’autres sont en train de former des agents supplémentaires pour des zones reculées.

Le Malawi a formé des assistants de surveillance sanitaire pour la fourniture de services à la communauté.

Le Mozambique est en train d’améliorer les compétences des agents de santé existants pour remédier aux pénuries chroniques de personnel formé. Les infirmiers et les agents sociaux peuvent maintenant fournir des médicaments et les assistants chirurgiens peuvent effectuer des césariennes là où aucun obstétricien n’est disponible.

Avec une petite fraction seulement des Etats africains atteignant même les 15 pour cent de dépense sur la santé, trouver des ressources supplémentaires pour former des agents de santé sera une tâche difficile.

Comme des agents de santé supplémentaires deviennent disponibles, il faudra beaucoup plus de centres de santé pour qu’ils y travaillent.

Sans des efforts de coordination à travers les secteurs de la santé, de l’éducation, du travail et des ressources humaines, la suppression des frais de santé pour les femmes enceintes et les enfants n’entraînera que l’accès à des services non existants par davantage de personnes. Des recommandations Pour améliorer l’accès aux médicaments essentiels, les pays doivent augmenter leur capacité de production de médicaments – y compris le stockage et les chaînes de distributions efficaces.

Mais cette mesure demandera de l’investissement dans la formation de scientifiques, de techniciens et d’ingénieurs qualifiés. Elle demandera également l’augmentation de la fabrication et de l’investissement industriel, ainsi que des négociations et des lois nécessaires pour le commerce et les aspects des droits de la propriété intellectuelle relatifs au commerce, soutient APHA.

Pour profiter au mieux du financement limité, les gouvernements doivent assurer l’égalité des sexes et intégrer également des services de santé pour les adolescents et les jeunes. Sankore déclare que si les pays analysent statistiquement la population et priorisent les femmes en âge de procréer, ils peuvent prévenir la transmission du VIH.

“Si vous appliquez une vision sur le genre, vous pouvez traiter des problèmes qui coûtent des centaines de millions chaque année”, déclare Sankore. Se focaliser sur la prévention de la transmission du VIH de la mère à l’enfant, par exemple, réduira le nombre d’enfants nés avec le VIH et par conséquent, la réduction des coûts de traitement.

Alors que le financement des bailleurs représente une grande partie des dépenses en santé publique de l’Afrique, Sankore déclare qu’avec le temps ceci devrait être réduit.

“Dans certains pays, 50 pour cent ou plus de leurs budgets viennent de l’aide étrangère. Ce n’est simplement pas durable”, déclare-t-il.

Il affirme que l’accent sera mis sur le fait d’assurer que les pays puissent survivre au-delà des délais prévus pour les fonds des bailleurs. Une fois que l’aide sera arrêtée, les pays devront avoir en place des politiques de sorte que les programmes puissent être soutenus par des ressources internes.

*Chris Stein de Johannesburg a contribué à ce reportage.