GWANDA, Zimbabwe, 21 sep (IPS) – Plus d’un million de personnes auront besoin d’aide alimentaire au Zimbabwe cette année. Comme le gouvernement cherche à stimuler la production agricole, une communauté rurale montre le chemin en utilisant des systèmes d’irrigation pour améliorer la sécurité alimentaire et le revenu.
Tabiso Dube et ses voisins du village de Patana font de l’agriculture toute l’année grâce à un système d’irrigation.
Sa maison dans le district de Gwanda au sud de Matabeleland se trouve dans une des régions du pays les moins sures en nourriture et en eau. Etant donné le climat aride, la plupart des gens ici comptent surtout sur l’élevage pour leurs moyens d’existence. Les rares qui osent se focaliser sur la culture du maïs ou du blé sont extrêmement vulnérables aux pluies irrégulières.
Mais l’élevage a été sévèrement touché par des pertes dues à des années de sécheresse; bon nombre d’éleveurs ont été obligés d’abattre les animaux par manque de pâturage.
“Matabeleland est un pays d’élevage et c’était un défi que d’amener plusieurs communautés à acheter une part de culture en irrigation comme moyens de subsistance”, a déclaré Velenjani Nkomo à IPS. “Nous avons persisté et après 10 années, les villageois cultivent actuellement des légumes, du blé et du maïs vert, gagnant un revenu et ayant assez à manger”.
Nkomo est directeur de 'Pro Africa' – une organisation de développement travaillant pour l’utilisation de l’eau comme moyen de sortie de la pauvreté. Au cours des 10 dernières années, l’ONG (Organisation non gouvernementale) a investi un million de dollars dans la construction de 48 systèmes d’irrigation alimentés par gravité autour de 52 barrages construits par le gouvernement dans le sud de Matabeleland caractérisé par de faibles précipitations annuelles, des sécheresses et la pénurie alimentaire.
Les systèmes d’irrigation ont été construits sous financement de bailleurs internationaux, tandis que les communautés locales ont fourni le travail et collecté les pierres et le sable utilisés dans la construction de canaux. Les communautés sont chargées d’entretenir l’infrastructure une fois qu’elle est construite, généralement avec l’argent qu’elles gagnent grâce à l’augmentation des produits ou avec l’argent qu’elles ont collecté.
Dube, une petite agricultrice qui conserve encore quelques chèvres, a compté sur l’aide alimentaire depuis les quatre dernières années comme beaucoup d’autres de cette région du Zimbabwe en proie à l’eau. Depuis que 'Pro Africa' a construit un système d’irrigation, Dube a non seulement été en mesure de nourrir sa famille, mais elle a également assez pour donner aux membres de familles élargies et aux voisins nécessiteux.
“Je ne crains plus les frais de scolarité puisque notre projet a fait en sorte que j’aie assez de nourriture pour mes enfants et d’argent supplémentaire pour les frais et pour aménager ma maison”, a déclaré Dube, une mère de quatre enfants.
Le système d’irrigation de Madema couvre 8,8 hectares. Ses 57 membres sont ceux qui ont répondu au moment où 'Pro Africa' a convoqué les réunions de la communauté pour l’introduction du concept d’irrigation dans la région. Le système d’irrigation alimenté par gravité a aidé Dube et ses voisins à ajouter un assortiment de légumes à leurs principales cultures de blé et de maïs, assurant une alimentation plus variée et de l’argent supplémentaire avec la vente des excès de produits.
Le barrage qui alimente Madema a été construit en réponse à la sécheresse dévastatrice de 1992. Le gouvernement a répondu en construisant 52 petits barrages dans les deux provinces de Matabeleland en collaboration avec un consortium d’ONG. Les barrages en terre – la plupart ont été depuis renforcés avec de la pierre – ont cependant manqué d’infrastructures supplémentaires jusqu’à ce que 'Pro Africa' soit intervenu pour combler la lacune.
“Mon souhait est que nous puissions doubler la taille du projet à 16 hectares afin que nous ayons plus de terre pour cultiver des fruits et gagner plus d’argent”.
Les membres envisagent d’approvisionner le barrage en poissons et d’augmenter l’engraissement du bétail pour accroître davantage leur base de revenu.
Même si les membres ne donnent pas le gain exact des ventes des produits de façon mensuelle, ils gagnent assez pour être convaincus qu’ils peuvent entretenir leur barrage et leurs canaux d’irrigation. Les membres du système dépenseront bientôt un équivalent de 640 dollars pour réparer une fuite dans le mur du barrage créée par suite des fortes pluies de la dernière saison.
Pendant que les systèmes ont permis à des communautés individuelles d’avoir une autosuffisance alimentaire, l’accès à des marchés plus larges – ce qui accroîtrait davantage les bénéfices – demeure un défi. La plupart des produits issus d’un total de 200 hectares actuellement sous irrigation dans la province du sud de Matabeleland, sont vendus dans la région immédiate aux voisins, aux écoles avoisinantes et aux institutions gouvernementales.
La seconde plus grande ville du Zimbabwe, Bulawayo, est un marché qui fait appel. Mais étant donné les mauvaises routes, le manque de réfrigération et les coûts élevés du carburant, transporter des produits périssables sur 250 kilomètres est un cauchemar logistique. Ironiquement, la plupart des produits frais de Bulawayo voyagent sur 700 kilomètres sur des routes bien meilleures depuis des fermes en Afrique du Sud.
Le Zimbabwe est en train de se tourner vers une série de mesures à la recherche de solutions à long terme pour la sécurité alimentaire et la réduction de la pauvreté. L’amélioration de l’accès des agriculteurs aux marchés, aux semences et aux engrais subventionnés, et celle de leur accès à l’extension de l’irrigation pour réduire la dépendance des précipitations ont chacun leur rôle à jouer.

