SANTE: La fistule, un indice d’inégalité entre les sexes

NAIROBI, 15 sep (IPS) – La fistule obstétricale continue d’avoir des effets dévastateurs sur la vie des millions de femmes dans le monde. Pourtant, elle est facile à prévenir.

Un document de politique régionale a été élaboré pour aborder les causes profondes de la fistule en Afrique orientale, centrale et australe.

La fistule obstétricale est causée par une pression prolongée de la tête de l’enfant contre le tissu mou du bassin de la mère pendant l’accouchement.

Le tissu meurt finalement de manque d’approvisionnement en sang, et un trou se développe entre le rectum et le vagin, ou entre la vessie et le vagin.

Selon Dr Odongo Odiyo, spécialiste de la santé de la reproduction, la fistule laisse la femme dans l’incapacité de maîtriser l’écoulement de l’urine ou des matières fécales.

“Ces femmes sont stigmatisées dans la communauté. Leurs maris et leurs familles les abandonnent souvent. Elles sont incapables de travailler et elles doivent compter sur une famille qui les fuit”, déclare-t-il.

Les facteurs qui contribuent à la fistule résultent des domaines imbriqués d’inégalité pour les femmes. Les femmes très jeunes et les filles encourent un risque plus élevé de fistule parce que leurs corps ne se sont pas pleinement développés; la pratique continue du mariage précoce dans de nombreuses parties du continent et l’absence habituelle de planning familial font courir un danger aux femmes.

“La fistule obstétricale est essentiellement un fardeau pour la petite fille. Privée de son droit à l’éducation de base et à la bonne nutrition, la petite fille innocente est jetée dans un mariage arrangé pour lequel elle n’est ni physiquement ni mentalement préparée”, déclare Odiyo.

Le statut d’infériorité des femmes fait que la décision de dépenser de l’argent précieux sur les frais de soins médicaux – même le transport vers l’établissement le plus proche – est reportée aussi longtemps que possible. Beaucoup de femmes à travers l’Afrique accouchent à domicile, et l’absence d’un assistant compétent augmente le risque que les signes de danger d’un obstacle à l’accouchement ne soient remarqués et qu’il n’y ait personne pour prendre les mesures d’urgence appropriées.

Odiyo gère les programmes en matière de santé familiale et de santé de la reproduction pour la Communauté de santé de l’Afrique orientale, centrale et australe (ECSA-HC) – une organisation qui favorise et encourage la coopération en matière de la santé dans les trois régions. L’organisation estime qu’il y a au moins 100.000 femmes souffrant de fistule dans les zones rurales de l’Ethiopie uniquement, la plupart d’elles développant la maladie à un âge précoce.

Odiyo déclare qu’en Ouganda où la distance moyenne à un établissement sanitaire est de 20 kilomètres, les femmes ne peuvent pas accéder aux soins médicaux quand elles en ont besoin, faute de bonnes routes.

Une autre cause tragique de la fistule est la violence sexuelle comme dans les zones de conflit de la République démocratique du Congo (RDC) ou lors du bouleversement post électoral au Kenya en 2007/2008.

Selon les estimations du Fonds des Nations Unies pour la population, il y a deux millions de femmes souffrant de fistule obstétricale non traitée dans les pays en développement. Au moins 50.000 à 100.000 nouveaux cas surviennent chaque année. Les données fiables sont rares à cause de la honte et de la stigmatisation, mais la fistule serait très courante dans les communautés pauvres de l’Afrique subsaharienne et de l’Asie où l’accès aux soins de santé pendant la grossesse et l’accouchement est limité.

Avant le 20ème siècle, la fistule était aussi courante en Europe et aux Etats-Unis. Aujourd’hui, on n’en parle presque plus dans les pays à revenu élevé ou ceux dans lesquels les soins obstétricaux sont largement disponibles.

ECSA-HC a élaboré un document de politique régionale pour aborder les causes de la fistule. Le document de politique sera présenté aux ministres de la Santé avant le prochain sommet de Zimbabwé en octobre.

“L’objectif global de la politique régionale sur la fistule est de fournir un cadre pour le leadership et la coordination des réponses des pays à la fistule”, déclare James Watiti, qui dirige la recherche, l’information et le plaidoyer à ECSA-HC.

Odiyo déclare que l’incidence permanente de la fistule indique une faiblesse dans le système des soins de santé. L’espoir est que la nouvelle politique orientera les gouvernements sur ce qui doit être fait pour prévenir la maladie.

Le document de politique invite les gouvernements à se focaliser sur la construction des routes pour que les gens puissent accéder facilement aux hôpitaux. Ces derniers doivent disposer des médicaments et du matériel nécessaires ainsi que d’un personnel qualifié suffisant.

Les gouvernements sont aussi encouragés à assurer la disponibilité d’informations appropriées pour éduquer le public sur l’importance de la recherche de soins médicaux à partir des agents de soins de santé qualifiés. Les pratiques culturelles comme les mariages précoces et la mutilation génitale féminine doivent être bannies.

Les pays sont également exhortés à mettre de côté des fonds spéciaux pour la santé infantile et de la reproduction: comme la pauvreté, le fardeau de la maladie pèse de façon disproportionnée sur les femmes et les enfants, et le financement doit refléter cela.

Les gouvernements doivent également se focaliser sur les pauvres et sur les préoccupations liées à la malnutrition. La chirurgie correctrice étant disponible pour les survivants de la fistule, ECSA-HC recommande qu’on pense plus aux causes.

Dr Iteerswaree Thacoor, un gynécologue/obstétricien travaillant pour le ministère de la Santé de l’Ile Maurice, déclare que les gouvernements doivent aborder les questions qui obligent les femmes à accoucher à domicile, celles relatives au manque d’éducation parmi les filles et à la mauvaise nutrition.

“A l’Ile Maurice, nous réussissons en ce qui concerne la santé maternelle parce que la plupart des femmes accouchent à l’hôpital. C’est pourquoi le gouvernement s’est surtout employé à rapprocher les établissements de santé des gens”, a déclaré Thacoor à IPS.

“Le traitement des femmes enceintes et de leurs nouveaux-nés est 100 pour cent gratuit dans les établissements publics. Le gouvernement encourage également les organisations des entreprises à contribuer d’au moins deux pour cent de leurs bénéfices à des entreprises sociales, notamment dans le secteur de la santé”.

La politique invite également les gouvernements à se focaliser sur la violence fondée sur le sexe et l’abus sexuel des enfants parce qu’ils conduisent aussi à la fistule.