OUGANDA: Le pays pourrait devenir un exportateur régional de riz

KAMPALA, 12 sep (IPS) – Dans un petit emplacement du jardin botanique d’Entebbe, à environ 40 kilomètres de Kampala, quelques plantes jaunâtres essaient de s’adapter à leur nouvel environnement.

John Mulumba Waswa, sélectionneur de plantes et chef du Centre national générique à Entebbe, déclare que ce sont des espèces de variétés du riz sauvage collectées des forêts de l’Ouganda et actuellement en reproduction. Les gènes seront extraits après pour former une nouvelle variété de riz.

“Nous pensons que ces espèces de riz ont des gènes qui les aident à lutter contre la maladie et nous voulons extraire ces derniers pour les utiliser dans le développement de nouvelles variétés ou dans l’amélioration de celles existantes, en vue de lutter contre les maladies telle que la panachure jaune, une maladie reconnue du riz”, déclare Waswa.

Le virus de la panachure jaune du riz est courant en Ouganda et représente la plus grande menace à l’effort déployé par ce pays pour devenir un grand producteur de riz. Selon 'European Journal of Plant Pathology' (la revue européenne de pathologie végétale), le virus freine la croissance de la plante, provoquant “le froissement, la tacheture et la rayure jaunâtre des feuilles”.

L’Ouganda produit 180.000 tonnes métriques de riz contre une demande locale en céréale de 240.000 tonnes métriques. Des chiffres provenant de la Direction générale des impôts de l’Ouganda montrent que ce pays d’Afrique orientale dépense 60 millions de dollars chaque année sur les importations du riz pour couvrir le déficit de la demande.

Cependant, selon Dr. Geoffrey Asea, chef service céréale à 'National Crop Resources Research Institute (NACRRI)' (Institut national de recherche sur les ressources de produits agricoles) de l’Ouganda, ce déficit s’est réduit au cours des dernières années. L’introduction du 'New rice for Africa' (NERICA) (nouveau riz pour l’Afrique) – le riz mis au point par l’Association de développement du riz en Afrique de l’Ouest (ADRAO) pour améliorer le rendement des variétés africaines de riz – a contribué à cette réduction.

Mais le projet visant à améliorer les variétés locales de riz, pour développer la résistance à la maladie, et celles de maturité précoce fait partie d’un programme plus vaste dont l’objectif est de faire passer l’Ouganda du statut d’importateur de riz à celui d’exportateur régional.

Asea a déclaré à IPS que des variétés plus nombreuses de riz seront collectées, à partir desquelles une banque de gène ou germe de plasma sera développée pour des recherches plus poussées.

“Nous avons des variétés de riz telles que le 'Supper', qui viendrait de la Tanzanie, le 'Sindano', qui viendrait également de la Tanzanie, et autres variétés du Congo. Toutes ces variétés devront être améliorées”, déclare Asea.

Asea déclare que quelques-unes des variétés de riz, telles que 'Supper' sont très connues pour leur arôme mais qu’elles ont une longue période de maturité de six à huit mois. L’idée est de réduire la période de maturité à trois ou quatre mois.

Mais Dr. David Kamukama, vice président du Mouvement national pour l’agriculture biologique de l’Ouganda, déclare que le pays pourrait être plutôt perdant sur le marché régional en allant aux OGM (organismes génétiquement modifiés) au moment où d’autres pays s’opposent à cette idée.

“Nous faisons partie du Marché commun de l’Afrique orientale qui comprend cinq autres Etats membres; la plupart d’eux ont dit non aux OGM, alors qui achètera [le riz génétiquement modifié]? Notre plus grand marché est le sud du Soudan et le Rwanda qui n’autoriseront pas les OGM. Et la Communauté d’Afrique orientale n’a pas harmonisé son point de vue sur cela”, déclare Kamukama.

Il pense que l’Ouganda peut toujours augmenter la production de riz sans toucher aux variétés existantes de riz, en créant simplement l’accès aux marchés pour susciter la production et en enseignant aux agriculteurs de meilleures méthodes agricoles.

Mais le projet pour le riz génétiquement modifié avance toujours. Le NACRRI a reçu six millions de dollars de la république du Japon en juillet pour la construction d’un centre régional pour les agriculteurs et les scientifiques se spécialisant dans la production du riz.

Dans le cadre de l’initiative japonaise pour le développement de l’Afrique, il a également lancé la Coalition pour le développement du riz africain. C’est une collaboration de recherche sur le riz, dont l’objectif est de doubler la production du riz entre 2008 et 2018. Asea espère que les chercheurs pourront bientôt développer une variété de riz génétiquement modifié.

Salongo Waswa, un producteur de riz paddy dans le district de Wakiso dans la périphérie de Kampala, s’inquiète de ce que les nouvelles variétés de riz actuellement promises pourraient ne pas être aussi savoureuses que celles qu’il cultive depuis des années.

“En tant qu’agriculteur, je suis intéressé par l’amélioration des rendements mais est-ce que les agriculteurs vont aimer la variété de riz qu’ils veulent amener? Est-ce qu’elle aura le même goût que celle que je cultive actuellement?”, demande Salongo Waswa.

Salongo Waswa est également préoccupé de savoir s’il deviendra dépendant des fournisseurs pour la semence, comme c’est le cas actuellement avec les agriculteurs du riz NERICA. “Avec le riz 'Supper' que vous voyez ici, je choisis juste quelques semences de la dernière récolte que je sème et je n’ai pas besoin d’acheter [davantage de semence]. J’espère que ce sera le même cas avec le nouveau riz”.

Mais John Mulumba Waswa du jardin botanique d’Entebbe déclare que la modification du riz sauvage est inévitable: “La plupart des cultures dans l’agriculture d’aujourd’hui sont le résultat de la domestication dans les temps anciens et elles ont été améliorées plus tard. Ce que nous faisons est d’extraire ces caractéristiques des variétés sauvages qui sont en train d’être multipliées pour former les nouvelles variétés”.

Les variétés de riz sauvage collectées principalement de la forêt de Mobira au centre de l’Ouganda peuvent ne pas être des variétés locales de l’Ouganda, mais on croit qu’elles se sont adaptées à la saison et au climat d’ici. C’est une caractéristique qui, selon les scientifiques, peut être extraite et implantée dans des variétés futures.