LE CAP, 6 sep (IPS) – La pêche contribue au moins pour 10 milliards de dollars aux économies africaines chaque année. Dans des pays comme l'Angola, l'Egypte et la Namibie, la pêche constitue un moteur économique vital.
La pêche est également importante pour la sécurité alimentaire. Les recherches publiées par le nouveau Partenariat pour le développement de l'Afrique en 2007 ont révélé que quelque 200 millions d'Africains dépendent au moins en partie du poisson pour leur alimentation.
Mais, parallèlement à cette situation de la plupart des agriculteurs africains, les ressources halieutiques de l'Afrique en général assurent des revenus fragiles aux petits pêcheurs.
Mari-Lise du Preez, une chercheuse sur la sylviculture et la pêche à l'Institut sud-africain des affaires internationales, a expliqué à IPS la façon dont la pêche peut impulser le développement communautaire.
Q: Quelle est l’importance de la pêche africaine? R: Lorsque les réserves de poissons se sont effondrées dans d'autres parties du monde, un grand intérêt a commencé à être accordé à des pays africains, par exemple aux pays d’Afrique occidentale et australe. Nous avons une grande flotte de pêche industrielle d'Europe et d'Asie qui voit cela comme attirant.
Par contre, vous avez des pays où l'exploitation halieutique à petite échelle assure beaucoup de moyens de subsistance. Par exemple dans un pays comme l'Angola, plus de 90 pour cent des poissons sont pêchés non pas pour l'exportation mais pour la population locale.
J'ai entendu le ministre angolais de la Pêche déclarer: “Ne pas avoir de la viande est peu de chose en Angola, mais quand il y a une pénurie de poissons, cela devient une question politique”.
Ce n'est pas la même chose partout, mais dans un pays comme celui-ci, c'est de là que les gens tirent la plupart de leurs protéines.
En termes de développement, si vous regardez les chiffres également, dans le monde entier il y a moins d'un million de personnes employées par le secteur de la grande pêche, mais on estime que le secteur artisanal emploie 50 millions d’individus.
Malgré le débat sur les personnes qui capturent plus de poissons, il y a beaucoup, beaucoup plus de personnes employées dans le secteur à petite échelle. Cela témoigne de la contribution de la pêche au développement économique.
Il est difficile de généraliser, mais pour les pays côtiers, la pêche joue un rôle très important.
Q: Comment la pêche contribue-t-elle à l’alimentation en Afrique? R: En Afrique du Sud, les gens de la côte mangent du poisson, de même que ceux de l’intérieur; dans les restaurants, il y a le sushi. Dans un pays comme l'Angola, la plupart des gens dépendent du poisson pour leur alimentation, donc oui, elle est importante.
Contrairement aux minéraux, les poissons sont des aliments. Le secteur contribue donc directement à la sécurité alimentaire en Afrique.
Q: Il y a eu des rapports provenant de différentes parties du continent sur la façon dont les petits pêcheurs sont marginalisés. Que ce soit par les flottes de pêche industrielle au large des côtes du Sénégal ou de la Somalie, ou par des problèmes de licences pour les communautés de pêcheurs en Afrique du Sud. Que peut-on faire pour protéger et élargir les possibilités pour la pêche artisanale ou à petite échelle? R: Je sais qu’en Afrique du Sud, ils parlent de la politique de la pêche à petite échelle depuis longtemps. C'est une question qui n'a pas encore été réglée et c'est une affaire politique. Les gens peuvent vraiment se fâcher.
Toutefois, il existe des exemples à regarder comme en Angola, où il y a beaucoup de petits pêcheurs.
Un exemple venant de là-bas consiste à organiser certains de ces pêcheurs en coopératives, semblables à celles pour l'agriculture en Afrique du Sud. C'est l'un des moyens [pour soutenir le secteur], parce que c'est un secteur très informel et il est difficile de savoir ce qui se passe dans un secteur informel.
Ce qui est difficile au sujet de la pêche est qu'il n'y a aucun exemple “de taille unique”, parce que vous avez des sociétés avec des défis différents. Vous avez des systèmes de pêche divers avec des défis variés, comme la pêche d'ormeaux en Afrique du Sud. Vous ne pouvez pas la comparer avec la pêche de merlu, parce que des espèces différentes [se reproduisent] à des rythmes variés.
Q: Comment la pêche en Afrique est-elle gérée de façon durable? R: Nous avons reconnu beaucoup de problèmes dans le monde, ces derniers temps, qui impliquent des systèmes naturels. Il y a une reconnaissance croissante de la complexité, ce qui signifie que si vous y touchez une partie, vous n'avez pas d'impact que sur cette partie.
Dans ce sens, quelque chose, comme une zone de captage d'eau ou même une forêt, garde les bassins d'eau sains; ceux-ci à leur tour gardent les poissons en bonne santé. Par exemple, [si] une communauté polluant une source d'eau affecte les poissons, ces derniers ne peuvent pas se reproduire.
Q: Quel est l’impact que la gestion de la qualité de l’eau a sur les communautés de pêcheurs? R: Si vous observez la mer par exemple, il est intéressant de regarder le chemin que nous avons parcouru. Premièrement, les gens pensaient que c’est inépuisable. C’était fondamentalement le libre accès.
Lorsque les gens se sont rendus compte que les ressources marines peuvent être épuisées, des lois, telles que les zones économiques exclusives, ont été mises en place. L'idée était de protéger la valeur économique.
Cependant, il y a souvent une grande déconnexion entre les personnes qui prennent les décisions au niveau central et les gens [qui les prennent] dans les communautés. Ce qu’il faut remarquer est que les gens dans les communautés prennent des décisions [qui touchent la conservation] tous les jours; ce dont les gouvernements ont besoin, c’est d'engager les communautés dans la gestion de ces ressources.
Ce qu’il faut reconnaître, c’est le grand impact que la pêche et les ressources en eau en général ont dans l'amélioration de la vie des petits pêcheurs.

