SANTE – OUGANDA: Le dilemme des mères séropositives concernant l’allaitement maternel

KAMPALA, 28 août (IPS) – La nouvelle recommandation de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) selon laquelle les mères séropositives peuvent exclusivement, avec la thérapie anti-rétrovirale, allaiter leurs bébés jusqu’à 12 mois sans les infecter, a créé une confusion au sein des mères séropositives en Ouganda, puisque l’information sur les nouvelles directives à du mal à les atteindre.

Depuis la dernière décennie, la politique de l’Ouganda avait été de conseiller les mères séropositives d’allaiter exclusivement pendant trois mois.

Mais des appels téléphoniques au cours d’une émission télévisée sur les avantages de l’allaitement ont révélé la confusion au sein des mères séropositives concernant les nouvelles recommandations. Plusieurs mères ont déclaré qu’elles avaient besoin de clarifier et de comprendre la meilleure façon de protéger leurs bébés de l’infection du VIH.

“Je suis actuellement confuse”, a déclaré Maria Sebadukka, une mère séropositive, “on nous donne des informations contradictoires sur la façon d’allaiter nos enfants. Certains agents de santé disent que nous ne devons pas allaiter. Mais maintenant vous dites que nous pouvons?”, demanda-t-elle.

“Je suis séropositive et mon enfant est séronégatif. Dois-je commencer par l’allaiter maintenant?”, a demandé un autre appelant.

Au cours de la conférence de 2010 sur le VIH à Vienne en juillet, l’OMS a adopté de nouvelles recommandations disant que les mères peuvent allaiter sans risque pourvu que leurs enfants et elles reçoivent des ARV pendant la période d’allaitement allant jusqu’à un an. Il a été montré que cela donne aux enfants la meilleure chance de protection contre la transmission du VIH.

Dr Elizabeth Madraa, chef service de l’alimentation et de la nutrition au ministère de la Santé, a expliqué que six à 12 mois d’allaitement sont suffisants pour recouvrir l’immunité initiale dont un bébé a besoin. Cependant l’allaitement mixte n’est pas recommandé comme l’intestin du bébé est vulnérable à l’infection.

Mais Madraa admet qu’il serait difficile de convaincre certaines femmes des nouvelles directives. “Les gens ne sont pas prêts pour les nouvelles directives. Nous devons vraiment sortir pour sensibiliser très bien les mères séropositives enceintes sur ces nouvelles recommandations parce qu’elles ne sont toujours pas convaincues encore”, a-t-elle déclaré.

Dr Lydia Mungherera, directrice administrative de 'The AIDS Support Organisation' (TASO) (Organisation d’appui aux malades du SIDA) et patronne de Mamas Club, une organisation pour les mères séropositives, est d’accord. “Plusieurs ont encore très peur d’infecter leurs enfants. La plupart ne connaissent pas encore ces nouvelles directives, cela nécessite donc de la sensibilisation et de la formation des agents de santé, y compris les sages-femmes”, a-t-elle déclaré.

Elle a aussi déclaré que les nouvelles mesures ne sont pas aussi largement diffusées en Ouganda qu’elles devraient l’être: “Les infirmières et sages-femmes communautaires doivent être formées et toutes les nouvelles mesures rapidement diffusées”.

Le manque d’accès aux soins prénatals, aux ARV et à l’information affecte également l’application des nouvelles directives.

Alors que les visites prénatales sont vitales pour la prévention de la transmission de mère à enfant (PTME), 58 pour cent des naissances en Ouganda sont à domicile, selon l’enquête démographique et de santé de l’Ouganda (UDHS) de 2006.

Il y a également des disparités entre zones rurales et urbaines avec la proportion des naissances intervenues dans un établissement sanitaire plus élevée dans les zones urbaines (79 pour cent) que dans les zones rurales (36 pourcent), créant ainsi un dilemme sur la façon dont les femmes rurales peuvent être sensibilisées par rapport aux nouvelles directives.

L’accès aux soins de santé est aussi un défi avec 86 pour cent de femmes déclarant qu’elles rencontrent au moins un grave problème en voulant y accéder. Environ 65 pour cent des femmes déclarent avoir des contraintes financières pendant que 55 pour cent trouvent que l’établissement sanitaire est très loin.

Florence Mukhaye Buluba, chargée de programme pour la Communauté internationale des femmes vivant avec le VIH et le SIDA en Afrique orientale, a ajouté que la stigmatisation a aussi découragé les femmes de suivre les instructions cliniques sur l’allaitement exclusif, à la suite des pressions des beaux parents et des conjoints.

En Ouganda, on estime que la transmission de mère à enfant a contribué à 20.000 nouvelles infections de VIH, selon le rapport de 2009 de la commission sur le SIDA de l’Ouganda. Sans le traitement, environ 15 à 30 pour cent de bébés nés de femmes séropositives seront infectés par le VIH pendant la grossesse et l’accouchement. Cinq à 20 pour cent en plus seront infectés par l’allaitement, indiquent les nouvelles informations de 2009 de l’ONUSIDA sur l’épidémie.

Le ministère de la Santé a déclaré qu’ils sont en train de faire quelque chose concernant cela. “Nous avons prévu une campagne massive de sensibilisation publique. Les projets sont là pour s’assurer que les femmes accèdent à l’information et comprennent ces nouvelles directives”, a déclaré Samalie Namukosa Bananuka, chef service nutrition, du service de PTME au ministère de la Santé.

Les nouvelles directives de l’OMS recommandent que les autorités nationales de chaque pays décident du mode d’allaitement infantile à promouvoir et à soutenir par leurs services de santé pour la mère et l’enfant. L’Ouganda a encore une position officielle à prendre sur la base de sa capacité à étendre partout le programme PTME et à sensibiliser les femmes dans tout le pays concernant les nouvelles recommandations.

“Le gouvernement organisera une rencontre le mois prochain pour discuter de la mise en oeuvre des nouvelles recommandations. Si nous [Ougandais] ne trouvons pas cette mise en œuvre faisable, alors nous ne les adopterons pas, mais plutôt nous nous en tiendront à l’actuelle politique. C’est ce dont nous discuterons”, a déclaré Dr. Godfroy Esiru, coordonnateur national de PTME.