NAIROBI, 27 août (IPS) – Joseph Ndirangu Muriithi est inquiet. Après avoir vu la chute de la culture du café au Kenya il y a une décennie, il a maintenant peur que sa deuxième culture de rente baisse également puisqu’une nouvelle maladie détruit les arbres de son macadamia (une plante qui donne des noix).
Cet agriculteur de 55 ans, originaire du village de Karia, au cœur du district du Katanga dans le centre du Kenya, a été témoin de l’essor du café dans les années 1970 et 1980, et a vu cette culture autrefois “dorée” réduire considérablement sa valeur presque à zéro dans les années 1990. Et maintenant, Muriithi, un ancien producteur de café, craint que cette maladie fongique ne transforme le macadamia en une autre culture de rente sans importance pour lui. “Ma plus grande inquiétude maintenant, c'est l'émergence de maladies qui se sont avérées être fatales pour cette culture de rente”, a-t-il déclaré. Jusque-là, il a perdu trois de cet arbre et s’inquiète que d’autres meurent dans un futur proche. Mais, Muriithi ne doit pas beaucoup s’inquiéter parce que la chercheuse Jesca Mbaka a à cœur les intérêts des producteurs de macadamia. “Avec le soutien d'autres chercheurs et organisations, nous espérons maîtriser complètement la maladie dès que possible. Les agriculteurs ne doivent jamais perdre espoir sur cette grande culture de rente”, a dit Mbaka, qui est basée à l'Institut de recherche agricole du Kenya (KARI). Une étude menée au Kenya et publiée dans la revue scientifique 'Journal of Applied Sciences' en août 2009, pour laquelle Mbaka était la chercheuse principale, a montré que deux principales maladies fongiques seraient la cause de l'angoisse des producteurs de macadamia au Kenya. “Il y a une prévalence croissante de deux maladies principales, notamment la pourriture des racines, et le chancre des tiges – deux maladies causées par le champignon Phytophthora cinnamomi”, a expliqué Mbaka. Bien que l'agent pathogène ne soit pas nouveau au Kenya, c'est la première fois qu'il a été considéré comme ayant un effet considérable sur le macadamia. C'est une maladie qui provoque la pourriture des racines. Il sèche aussi l'écorce de l'arbre, tuant par conséquent la plante après quelques mois. Selon le KARI, Mbaka est la première scientifique à mener des recherches approfondies sur ce champignon particulier et la façon dont il affecte le macadamia au Kenya. Sur la base de ses recherches, le Programme des femmes africaines dans la recherche agricole et le développement a accordé à Mbaka une bourse de deux ans en 2009, pour développer des compétences sur la façon de mettre en œuvre ses résultats, sans polluer l'environnement. Ce programme de bourses est logé sous le programme Genre et diversité au sein du Groupe consultatif pour la recherche agricole internationale. L’objectif de Mbaka est de savoir quels types d'agents pathogènes existent afin d'identifier les meilleurs produits chimiques antifongiques qui seraient appropriés. Elle a terminé l'étude et découvert qu'il existe un seul type d'agent pathogène qui affecte le macadamia et d'autres arbres au Kenya. “Cela signifie que nous pouvons facilement le combattre sur la base des connaissances existantes”, a-t-elle indiqué. Mbaka cherche maintenant des moyens sur la façon dont ses études sur les maladies fongiques peuvent être mises en œuvre au profit des petits agriculteurs en Afrique. On estime que plus de 10.000 agriculteurs kényans se sont lancés dans la culture du macadamia comme culture de rente principalement pour le marché d'exportation. Il a certainement fourni un revenu régulier à Muriithi au cours des années. “Lorsque je plantais les arbres de cette culture il y a 26 ans, je ne savais pas qu'il s'agissait d'une culture de rente potentielle qui verrait mes enfants finir leur instruction”, a-t-il affirmé. Bien qu'il ait dit que les prix des noix de macadamia sont toujours bas en raison de la concurrence limitée entre les entreprises d’exportation et les sociétés de transformation, Muriithi empoche 1.300 dollars en moyenne chaque fois qu'il fait une récolte. “Tout ce dont nous avons besoin est que les chercheurs offrent un remède pour les maladies qui prévalent, et certains d'entre nous peuvent promettre de ne jamais mourir pauvres”, a-t-il déclaré.

