WINDHOEK, 22 août (IPS) – “Les Africains ne pensent pas que les femmes peuvent faire de grandes affaires”, fulmine la commerçante zambienne, Angelica Rumsey.
Elle fait allusion aux tracasseries courantes des femmes commerçantes, causées par des responsables frontaliers dans toute la région de l’Afrique australe. Mais sa déclaration se rapporte également à la nature des articles exposés à la foire commerciale des femmes d’affaires de la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC) à Windhoek du 12 au 18 août.
Une variété artisanale, des bijoux moins chers, des kaftans et autres vêtements africains, des produits cosmétiques et capillaires dominent l’exposition terriblement calme.
Quelques jours avant que le bloc régional ne lance la célébration de son 30ème anniversaire, la question qui se pose est de savoir où en sont les femmes au cours des trois dernières décennies. La collection des biens présentés à la foire résume-t-elle la position des femmes dans le commerce régional? “L’objectif est d’éloigner les femmes des produits traditionnels, tels que les vêtements et les bijoux, à des affaires plus conventionnelles”, commente Sirkka Ausiku, secrétaire permanente au ministère de l’Egalité des sexes et de la protection de l’enfance de la Namibie.
“L’un des groupes de participants est la 'SADC Women in Mining' (Femmes du secteur minier de la SADC ), qui est un exemple d’organisation qui fait du plaidoyer pour les femmes dans tout le secteur. Les années à venir, nous aimerions voir plus de groupements régionaux du genre. Le tourisme serait une suite logique”.
La zimbabwéenne Gugu Usumani, membre de 'SADC Women in Mining', pense que “les petites entreprises peuvent facilement devenir de grandes sociétés. Ce n’est pas quelque chose qui appartient seulement aux hommes”.
Au Zimbabwe, dit-elle, les femmes minières sont affectées par les politiques du gouvernement. “Il est difficile, par exemple, d’exporter du diamant du pays. Elles rencontrent également des problèmes tels l’acquisition de machines pour le forage, le taillage et le polissage. Pourtant, c’est une bonne entreprise pour les femmes, d’autant plus particulièrement que la plupart sont originaires des zones rurales offrant peu d’opportunités”.
Usumani pense que la foire commerciale de la SADC et le forum sur l’investissement des femmes qui a précédé, aideront les femmes d’affaires. “Les femmes auront ici une grande exposition pour leurs produits”.
Quelque 300 femmes des 14 Etats de la SADC – le Madagascar est toujours suspendu – sont venues à Windhoek pour présenter leurs entreprises et suivre une formation lors du forum de trois jours sur l’investissement des femmes.
“Cela nous a ouvert les yeux à beaucoup de choses”, déclare Rumsey concernant le forum. “Les femmes sont souvent perdantes parce qu’elles ne connaissent pas bien les règles. Par exemple, elles paieront des droits non nécessaires sur des marchandises.” Les femmes tiennent à faire des affaires, a déclaré Rumsey à IPS, mais il y a beaucoup d’obstacles surtout concernant le commerce transfrontalier, un secteur dominé par les femmes.
“Il y a d’importantes barrières non tarifaires à supprimer. Les agents frontaliers, qui essaient tout simplement de trouver des fautes là où il n’y en a pas, harcèleront les femmes même si leurs papiers sont authentiques. Cela a beaucoup à avoir avec notre culture.” Le sous-ministre des Finances de la Namibie, Calle Schlettwein a reconnu lors de son discours d’ouverture au forum sur l’investissement des femmes que l’application du protocole commercial de la SADC doit être sensible au genre pour profiter aux femmes.
Bien que les femmes soient en train d’établir et de renforcer peu à peu leur présence dans le secteur formel de la région, “la majorité des activités commerciales des femmes est encore dans les secteurs informels et à petite échelle”, a-t-il déclaré.
“Par conséquent, il est nécessaire d’examiner les dispositions de tous nos instruments légaux pour s’assurer que les questions du genre sont intégrées. L’ultime objectif doit être l’égalité entre hommes et femmes dans toutes les opportunités commerciales”, a–t–il ajouté.
Mercy Timbe, qui travaille avec les femmes apicultrices à Mzuzu au Malawi, considère la suppression des barrières commerciales comme une question importante. “Pourquoi est-il si difficile pour moi de mettre mes produits dans une boutique à l’Ile Maurice?”, demande–t–elle.
Elle suggère également la compilation d’une base de données ou annuaire régional des femmes chefs d’entreprises qui peuvent être utilisés pour le réseautage. “Et il doit y avoir des chambres de commerce composées de femmes. Les structures actuelles sont surtout dominées par les hommes”.
Pour Rumsey, les gouvernements de la région doivent relever le défi: “Seuls trois pays ont envoyé des représentants au forum sur l’investissement. Seuls les commerçantes zambiennes ont participé. Où se trouve notre autorité gouvernementale qui siège à des réunions et qui entend parler des défis auxquels font face les femmes d’affaires au niveau de la SADC? Où sont les politiques voulues de la SADC qui favorisent les femmes dans le commerce” ? La ministre de l’Egalité des sexes et de la protection de l’enfance de la Namibie, Doreen Sioka, a noté à l’ouverture du sommet sur l’investissement qu’”il est un bien connu que les femmes constituent l’épine dorsale de nombreuses économies africaines et jouent également des rôles clés dans les économies de chaque Etat membre de la SADC”.
Elle a insisté sur l’indépendance économique des femmes comme étant essentielle “parce qu’elle empêche l’exploitation, la féminisation de la pauvreté, la discrimination et le mépris de leurs droits humains fondamentaux”.
Mais Sioka a encore jugé nécessaire de justifier son soutien à l’indépendance économique des femmes en déclarant que “les femmes dépensent un pourcentage élevé de leur revenu pour nourrir et éduquer leurs enfants, ce qui a pour finalité le bien-être de leurs familles”.

