LAIKIPIA et NAIROBI, Kenya, 20 août (IPS) – Joseph Ole Morijo est déçu par les résultats des recherches selon lesquels le cactus peut être utilisé comme fourrage pour les animaux pendant la sécheresse.
Il a du mal à y croire. Surtout après avoir perdu tout son troupeau de 152 chèvres et moutons du fait de cette plante.
“C'est une plante dangereuse. Je la connais bien et je l'ai vu détruire notre bétail. Elle doit être éradiquée complètement”, a déclaré Ole Morijo qui est originaire de Laikipia, sur les terres arides dans le nord du Kenya.
Même après l’avoir convaincu qu'il existait d'autres types de cactus qui n'ont pas d'épines, cet éleveur ne pouvait pas accepter de nourrir ses animaux avec une plante qu'il a vu entraîner la mort de son bétail. “Je ne peux pas le croire, avant de le voir”, a-t-il dit.
L’espèce particulière de cactus dans la région, dont le nom scientifique est Opuntia megacantha, a été introduite à Laikipia et dans d'autres zones arides par les colons au début des années 1960 principalement pour clôturer leurs fermes. Mais dans les parties humides du pays, elle est utilisée à des fins ornementales.
Les fruits de cette espèce particulière sont comestibles à la fois par les humains et les animaux. Mais ils ont plusieurs épines pointues, vitreuses, fortes et élégantes qui sont facilement enlevées par les gens avant de consommer la chair juteuse. Cependant, la plupart des animaux avalent les épines, causant ainsi des blessures internes.
“Les épines blessent tout le canal digestif, de la bouche aux intestins en passant par la gorge et l'estomac”, a expliqué John Saikom, un expert vétérinaire à Laikipia. “A cause des blessures surtout dans la bouche, les animaux concernés ont du mal à se nourrir, et dans la plupart des cas ils meurent de faim”.
Mais une étude publiée en mai par les experts en recherche de l'Institut de recherche agricole du Kenya (KARI) indique que si les bonnes espèces de cactus non épineux sont sélectionnées, elles peuvent offrir l’alimentation indispensable pour le bétail pendant les extrêmes saisons sèches.
“Il existe deux principaux types d'Opuntia: ceux ayant des fruits épineux, et ceux non épineux. Bien que les deux présentent la même valeur nutritive, le type épineux constitue un défi pour les agriculteurs”, a déclaré John Kang'ara, l'un des principaux chercheurs.
“Cela signifie que si les types épineux doivent être utilisés comme fourrage pour les animaux, les agriculteurs doivent prendre leur temps pour enlever les épines par incinération ou en les raclant avec une machette avant de les donner aux animaux”, a expliqué ce chercheur et expert en alimentation animale.
Le rapport du KARI, qui a été présenté à la Conférence sur le pastoralisme et l’adaptation au changement climatique en Afrique, à l'Université Egerton, au Kenya, indique que les agriculteurs doivent embrasser les espèces d'Opuntia non épineuses qui comprennent les variétés O. ficus-indica, O. vulgaris et O. leucotricha.
Mais il y a très peu d'espèces de ce type qui restent dans le pays. Selon l'étude, les types non épineux se font plus rares en raison de la forte demande. On a constaté que les cactus non épineux et épineux survivent dans des conditions climatiques difficiles, et se reproduisent très généreusement dans différents types de sol. Les cactus – épineux ou non épineux – une fois introduits dans une zone, se multiplient naturellement comme des espèces envahissantes.
“Les plus courants sont les cactus épineux, qui sont évidemment difficiles à domestiquer à cause de leur nature épineuse”, a déclaré Kang'ara. “Il y a par conséquent un besoin pour le gouvernement et les fermiers d’investir dans la propagation de l'espèce sans épines pour remplacer celles qui sont épineuses”.
“Nous nous sommes intéressés à l’étude de cette plante comme un fourrage potentiel en période de sécheresse après que des responsables du ministère de la Santé du Kenya ont demandé à connaître sa valeur nutritive. C'était après une observation faite dans un endroit appelé Nyeri, où des vaches la mangeaient de plus en plus pendant que la sécheresse de l'année 2008 s’intensifiait”, a indiqué Kang'ara.
Pendant l'étude, on a noté que les agriculteurs au centre du Kenya qui nourrissaient leur bétail laitier avec le cactus non épineux n’ont perdu aucun de leurs animaux au cours de la dure sécheresse de 2008-2009. Leur bétail produisait toujours du lait et était à même d’être régulièrement en chaleur.
Par contre, les habitants de Laikipia North ont dit qu’une grande partie de leur bétail qui se nourrissait des cactus épineux développait des blessures internes, surtout dans la bouche, qui les faisaient mourir de faim.
“Toutefois, nous avons constaté que la plupart des agriculteurs au centre du Kenya pratiquaient le zéro pâturage et rendaient plus facile la sélection des espèces de cactus sans danger pour leurs animaux. Mais à Laikipia où les animaux étaient rassemblés en troupeau sur la prairie, ils se nourrissaient de toutes les plantes de cactus qu'ils trouvaient, y compris celles épineuses”, a déclaré Kang'ara.
Selon les chercheurs, utiliser ce qui peut naturellement se développer dans les zones arides est l'une des meilleures méthodes d'adaptation au changement climatique. “Avoir des cactus pour l'alimentation animale évitera à nos animaux de mourir de faim pendant les sécheresses. Les moutons par exemple peuvent survivre avec les cactus pendant 500 jours sans un supplément de n’importe quel autre pâturage ou même de l'eau”, a souligné Kang'ara.
Les climatologues ont déjà donné un avertissement sonore selon lequel les terres arides sont susceptibles de devenir plus sèches à cause du réchauffement de la planète. Selon un rapport paru dans la revue scientifique 'The Lancet Scientific Peer Reviewed Journal', le Kenya a perdu 40 pour cent de son bétail, 27 pour cent des moutons et 17 pour cent des chèvres du fait de la sécheresse qui a ravagé le pays entre 2005 et 2006.
Le KARI a lancé un appel pour des efforts conjugués entre les trois ministères de l'Elevage, de l'Agriculture et des Terres arides dans le nord du Kenya afin de développer, de promouvoir et de commercialiser les cactus tant pour l'alimentation du bétail que des humains.
“Nous devons sensibiliser les communautés qui ont déjà abandonné les cactus après la mauvaise expérience avec les espèces épineuses”, a déclaré Kanga'ra.

