KAMPALA, 6 août (IPS) – L’Autorité nationale pharmaceutique de l’Ouganda (NDA) déclare que le taux d’avarie des échantillons de médicaments testés dans leurs laboratoires a baissé de 15 pour cent depuis début 2000.
Cela pourrait être un signe de la baisse de la disponibilité des médicaments contrefaits dans ce pays de l’Afrique orientale.
Selon le chef du bureau d’enregistrement de la NDA, Apollo Muhairwe, le travail de l’autorité pharmaceutique aux points frontaliers a assuré l’entrée d’une quantité moins importante de médicaments contrefaits dans le marché ougandais.
“Nous avons mis en place des mesures qui ont marché au cours des dix dernières années. Maintenant, nous nous sommes mis à sensibiliser les Ougandais pour qu’ils n’achètent leurs médicaments qu’aux points de vente autorisés”, a déclaré Muhairwe à IPS.
Les médicaments contrefaits peuvent être à la fois des médicaments de marque et des génériques, et ils se rapportent aux médicaments sans ingrédients nécessaires pour traiter la maladie qu’ils sont faussement censés traiter. De tels médicaments comprennent des antipaludéens, des antibiotiques et des stimulants sexuels.
Mais, la NDA a beau se féliciter de l’amélioration des contrôles sur les médicaments contrefaits, le nombre d’Ougandais qui y sont exposés demeure élevé.
On estime qu’au moins 53 pour cent de la population concernée vit dans un rayon d’au moins cinq kilomètres d’un établissement de santé publique, avec des pourcentages variant entre neuf pour cent dans les régions près de la frontière nord avec le Soudan à 100 pour cent dans la capitale de Kampala.
Selon la NDA, le pays a plus de 5.000 “boutiques de médicaments” (petits points de vente en détail de médicaments) et environ 500 pharmacies enregistrées, dont la plupart opèrent dans les zones urbaines.
Sandra Jaclyn Kiapi, défenseur des droits à la santé, a déclaré à IPS que le travail de la NDA aux points d’entrée ne signifie pas que l’Ouganda est près d’être libéré des médicaments contrefaits.
“La NDA est principalement basée à Kampala. Sa capacité est encore faible. Je pense que ce devrait être la raison pour laquelle elle n’a pas été considérée au départ lorsque le projet de loi sur la contrefaçon a été élaboré – c’est-à-dire, avant l’intervention de la société civile”, a déclaré Kiapi.
Le projet de loi sur la contrefaçon a provoqué un tollé dans ce pays de l’Afrique orientale parce qu’il mélange les médicaments génériques légitimes avec ceux contrefaits.
“Les médicaments contrefaits ont été, la plupart du temps, découverts à la frontière. Qu’en est-il des consommateurs là-bas dans les zones rurales de l’Ouganda?”, a demandé Kiapi. “Est-ce que la NDA est également active de la frontière avec le Soudan à la frontière avec le Rwanda?” Swaibu Mukiibi, un pharmacien, a déclaré à IPS qu’il rencontre des médicaments contrefaits dans l’exercice de sa fonction.
“Nous devons admettre que les médicaments contrefaits existent encore. Nos frontières sont poreuses et la plupart des nôtres ne savent pas comment détecter de tels faux produits. Dans une large mesure, seuls les pharmaciens seraient capables de détecter physiquement les médicaments contrefaits; d’autres praticiens pourraient ne pas en être capables”, a expliqué Mukiibi.
Le projet de loi sur la contrefaçon est en partie controversé parce qu’il assigne aux douaniers la mission de décider si les médicaments sont contrefaits ou non.
Mukiibi a déclaré que le nombre limité de pharmaciens dans le pays rend la situation pire. Les pharmaciens ougandais opèrent pour la plupart dans des zones urbaines. Si l’Ouganda importe 90 pour cent des médicaments consommés dans le pays, avec des distributeurs mal formés ou non formés, la question des médicaments contrefaits est loin d’être résolue.
La NDA pense que la solution réside dans l’accréditation de toutes les pharmacies et boutiques de vente de médicaments à travers le pays, une initiative en cours.
“Nous avons déjà démarré un projet dans la région de Kibale pour que toutes les boutiques de vente de médicaments soient évaluées et agrées”, a déclaré Muhairwe. “Dans d’autres régions où l’on doit marcher sur des kilomètres pour arriver aux établissements sanitaires, nous encourageons les gens à démarrer des boutiques de vente de médicaments”.
Une enquête initiale de 2002 sur le secteur pharmaceutique a révélé que 47 pour cent seulement des établissements de santé publique enquêtés ont plus de 75 pour cent de médicaments essentiels disponibles. Bien que la situation se soit améliorée, la plupart des Ougandais achètent des médicaments de leur poche.
La NDA a également mené des campagnes de sensibilisation par SMS. Dans un pays où plus de cinq millions de personnes ont des portables, la campagne annonce une réduction du nombre des Ougandais achetant des médicaments contrefaits.
L’initiative SMS, lancée en octobre 2009, cherche à convaincre les Ougandais de n’acheter que les médicaments des pharmacies et des boutiques de vente de médicaments agrées par la NDA.
Le porte-parole de la NDA, Fredrick Ssekyana, a déclaré à IPS que le projet s’est développé au cours des trois derniers mois, avec l’extension des services vers l’extérieur des zones urbaines.
“Les Ougandais dans les milieux difficiles à atteindre sont plus vulnérables aux commerçants de médicaments sans scrupules à cause de l’insuffisance de boutiques de vente de médicaments proches”, a déclaré Ssekyana. “Nous sommes donc en train d’étendre l’agrément aux pharmacies et boutiques de vente de médicaments dans ces régions avec la campagne par SMS pour faire connaître les points de vente des médicaments sains”.
Au début de l’année, seuls environ 150 Ougandais ont envoyé des messages pour demander les endroits où l’on achète des médicaments sains, mais avec la tendance à inclure les Ougandais des zones rurales, l’autorité obtient maintenant plus de 1.000 messages par mois.
En utilisant le portable, un Ougandais, de n’importe quel endroit du pays, peut envoyer un message à la NDA pour avoir le nom de la pharmacie ou de la boutique de vente de médicaments stockant un médicament ou un complément alimentaire particuliers. Le service a été également étendu aux préservatifs.
Le seul moyen sûr pour éliminer les médicaments contrefaits réside dans la suppression de la demande des Ougandais innocents.

