MALAWI: Une campagne novatrice des femmes candidates

LILONGWE, 7 août (IPS) – Vous verrez Beauty Kasonda en campagne électorale au cours des funérailles, des mariages, des réunions religieuses ou simplement à n'importe quel rassemblement local dans sa communauté, au Malawi.

Kasonda n'a pas le type de financement dont disposent ses homologues hommes pour faire campagne pour les élections de novembre 2010 dans le pays, mais elle ne laisse pas cela la bloquer. Au Malawi, les campagnes électorales sont coûteuses parce que les électeurs attendent que les candidats distribuent des cadeaux, tels que des T-shirts, des habits, des produits alimentaires et même de l'argent au cours des meetings et des campagnes de porte-à-porte, comme un signe de 'compassion' envers leurs électeurs. Dans le passé, s’ils ne reçoivent pas ces cadeaux, ils ne votent pas pour le candidat parce qu'ils le considèrent comme étant un 'dirigeant avare'. Mais, beaucoup de femmes n'ont pas les mêmes ressources financières que leurs homologues hommes qui sont généralement plus instruits, employés et possèdent des terres et autres actifs. Cette candidate indépendante de 24 ans, originaire du village de Mpanje, dans le district de Salima au bord du lac, dans le centre du Malawi, peut ne pas bénéficier d’un soutien financier pour sa campagne, mais elle est en train de trouver d'autres moyens de se faire connaître auprès des électeurs. “Je n'ai pas d'argent à distribuer, mais j'ai les connaissances pour mener une bonne campagne. C'est l'arme que j'ai contre les hommes avec qui je rivalise”, a-t-elle indiqué. Elle a ajouté qu'elle connaît quatre hommes qui rivalisent avec elle. Kasonda a mis tout en jeu dans sa campagne électorale – presque tous les jours elle va voir le chef du village pour savoir s’il y a un enterrement, un mariage, une naissance ou une réunion religieuse dans la zone. “Je n'ai pas d'argent pour les cadeaux et ainsi je profite de tout rassemblement pour amener les gens à voter pour moi. Mon mari me soutient beaucoup. Il m'accompagne aux réunions tout le temps. Nous allons sur son vélo”, a dit Kasonda. Kasonda affirme qu’au cours des funérailles, elle se lève pour exprimer ses condoléances à la famille endeuillée et poursuit en rappelant aux gens la prochaine élection. “Je leur dis de voter pour moi parce que je ferai pression sur le gouvernement pour des programmes de développement. Cet endroit est sous-développé depuis longtemps”, a-t-elle confié à IPS. Elle a dit que les gens sont arrivés à accepter ses nouvelles manières de faire campagne et s’arrêtent pour lui parler après les discours officiels. Kasonda passe ses après-midi avec tout regroupement qu'elle trouve, essayant de le convaincre de voter pour elle. “Je rentre à la maison quand il fait nuit et je dois m’assurer que j’ai du bois de chauffage à la maison. Je dois toujours m'occuper de ma famille, même au milieu de cette tâche colossale”, a-t-elle déclaré à IPS. En tant que femme et mère, elle se réveille à 5heures tous les matins pour s'assurer qu'elle a fait tous les travaux domestiques avant que son équipe de campagne et ses militants locaux ne commencent à envahir sa maison. Elle nettoie la maison, chauffe l'eau pour son mari et son enfant de trois ans pour qu’ils se lavent, et prépare le petit déjeuner. “Je suis très occupée depuis avril lorsque j'ai déclaré que je participerai aux élections. Beaucoup de gens viennent dans ma maison tous les jours pour se plaindre de ce que les projets de développement font défaut dans cette zone. Ils me disent qu'ils veulent que je me présente aux élections et gagner afin que je travaille pour faire une différence”, a souligné Kasonda à IPS. Kasonda a affirmé que l'électorat dans la zone croit plus aux femmes leaders qu’aux hommes. “Ils disent que les femmes sont plus honnêtes et maternelles et donc plus humaines. Je suis également jeune, par conséquent dynamique et facile à travailler avec”, a-t-elle dit. Delia Kankhwani, la députée de la région de Kasonda, est aussi une femme – elle a été élue au cours des élections législatives de mai 2009 durant lesquelles elle a rivalisé avec cinq hommes. “Je suis très optimiste pour une victoire en novembre prochain”, a déclaré Kasonda à IPS. Kasonda n'est pas seule dans sa quête d'un leadership politique; le Centre pour les droits de l'Homme et la réadaptation (CHRR), une organisation non gouvernementale de défense des droits humains engagée dans la promotion de la bonne gouvernance, est en train d’inculquer des aptitudes non conventionnelles en matière de campagne pour les femmes candidates en lice pour être élues conseillères. Le CHRR identifie les femmes conseillères candidates au Malawi et leur fournit, entre autres, des compétences en matière de campagne électorale. “Les compétences en matière de campagne que nous avons fournies comprenaient la publicité sur la campagne et l'utilisation des médias”, a indiqué Michael Kaiyatsa, directeur adjoint des programmes pour le CHRR. Il a dit qu’ils enseignent également aux femmes candidates comment mener des meetings de masse et diffuser des messages de campagne, comment faire du lobbying sur des auditoires mobilisés par soi-même dans des groupes tels que lors des funérailles, dans les églises et les marchés, au cours du démarchage électoral et l'utilisation du théâtre et des chansons traditionnelles. Emelida Kamatenda, une autre femme candidate de la ville de Salima, est également en train d’exploiter les compétences acquises au CHRR. Kamatenda, 57 ans, qui représente le Parti démocratique populaire, le parti au pouvoir, a déclaré à IPS qu'elle a perdu au cours des élections primaires du parti pour les élections législatives de mai 2009, mais veut toujours gagner le leadership politique. “J'ai perdu seulement parce que le vote n'était pas équitable. L'homme avec qui je disputais les élections avait beaucoup d'argent à donner. Je crois que j'ai maintenant les compétences nécessaires pour gagner, même sans argent”, a-t-elle indiqué. Kamatenda a dit que bien que son parti politique apporte un soutien financier à ses candidats, cet argent n'est jamais suffisant. “Nous sommes obligés d’utiliser notre propre argent la plupart du temps. Les hommes ont plus d'argent et les choses sont plus faciles pour eux”. Pendant ce temps, la campagne électorale reste encore difficile pour les femmes candidates. Les médias locaux sont envahis par des récits de femmes candidates qui vivent dans la peur, affirmant que les hommes candidats utilisent également leur puissance financière pour embaucher des “voyous” pour les intimider.