ZAMBIE: Besoin d’intégrer l’égalité entre les sexes dans toutes les politiques

LUSAKA, 6 juil (IPS) – Malgré l'adoption il y a presque dix ans d'une politique nationale sur le genre qui vise à assurer une participation équitable des hommes et des femmes au processus de développement, la plupart des politiques du gouvernement zambien demeurent encore aveugles sur le genre, déclarent la société civile et les associations de défense des droits des femmes.

Les critiques indiquent que la plus flagrante de ces politiques est le budget national du pays qui ne parvient pas à répartir selon le sexe l'allocation des ressources et des primes. Le genre n'est pas non plus l'une des considérations dans la définition des objectifs, par le gouvernement, pour divers programmes tels que l'accès au foncier et au crédit.

“L'égalité entre les sexes ne peut se réaliser en l'absence de politiques proactives, et ces politiques doivent être intégrées à tous les secteurs et programmes; les divers obstacles qui empêchent les femmes de participer pleinement et équitablement au développement doivent être éliminés”, affirme Sheeba Zulu, une militante des droits des femmes, basée à Lusaka.

Le gouvernement a adopté en mars 2000 la Politique nationale pour la promotion du genre qui doit être utilisée comme une mesure importante pour évaluer l'engagement du gouvernement à l'intégration du genre. En outre, à travers cette politique, le gouvernement s'est engagé au changement de plusieurs stéréotypes qui affectent la participation des femmes au développement national en prenant des mesures juridiques et administratives appropriées pour éliminer la discrimination.

Mais cela ne s'est pas produit, déclare Zulu: “Des obstacles, tels que le manque de l'accès au foncier et au crédit, des chances inégales pour l'emploi, des disparités salariales et la marginalisation dans les processus de prise de décisions doivent être supprimés”.

Zulu a également reproché à l'actuelle Loi sur le foncier de ne pas être sensible au genre puisqu'elle ne reconnaît pas que les femmes ont été longtemps défavorisées quand il s'agit de l'accès au foncier.

Cependant, la plupart des organisations de la société civile affirment que les femmes sont incapables de contribuer efficacement au développement national à cause des inégalités dans la répartition des ressources et l'accès aux ressources. La Fédération des Femmes d’affaires de la Zambie (ZFAWIB) affirme que les femmes sont toujours confrontées à des défis pour accéder à l'argent auprès des institutions financières en raison des conditions qui y sont fixées.

“La plupart de ces institutions financières ont insisté sur des exigences difficiles et complexes, notamment la garantie, que la plupart des femmes n'ont pas. La plupart des femmes ont des difficultés à remplir les documents pour obtenir des fonds auprès de la Commission de l’autonomisation économique des citoyens (CEEC) et d’autres institutions de crédit”, indique Susan Kawandani, coordinatrice de la ZFAWIB dans le district de Ndola.

“Il y a aussi un sentiment que c’est un risque que de prêter aux femmes pour leur permettre de créer des entreprises ou de restructurer le capital de leurs entreprises. Ces institutions financières doivent revoir leurs conditions de prêt pour permettre à autant de femmes que possible d'emprunter de l'argent”.

Mais la CEEC dit que 40 pour cent de ses fonds ont été mis de côté pour les femmes entrepreneuses mais que ces femmes n'ont pas réussi à élaborer des plans d'affaires viables qui leur permettraient de bénéficier d'un financement auprès de la commission.

Michael Kaingu, ministre du Développement communautaire et des Services sociaux, affirme que le gouvernement a, dans le budget de cette année, mis de côté environ un million de dollars pour son ministère dans le cadre de l'autonomisation des femmes à travers le pays. Un autre million de dollars a été mis de côté au ministère de la Promotion du Genre.

Kaingu déclare qu'il attend que les femmes forment des groupes ou des associations, conformément à la politique bien élaborée de son ministère, afin que l'argent puisse être débloqué étant donné qu’il “est destiné à stimuler leur situation économique”.

Il a ajouté que le Programme pour l’autonomisation de la femme, l'un des fonds au titre de la CEEC, a été maintenant retourné à son ministère à cause des conditions parfois rigoureuses, presque semblables à celles d'une banque commerciale, que les femmes étaient tenues de satisfaire.

Sara Sayifwanda, ministre de la Promotion du Genre, affirme que le gouvernement a désormais simplifié le processus de demande d'obtention de prêts au titre de la CEEC et qu’il a chargé les commissaires de district de s’occuper des demandes de prêt afin de permettre aux femmes d'accéder aux fonds.

Toutefois, la reine Mumba, qui dirige un programme d’entraide des femmes à Mtendere, une banlieue de Lusaka, estime que l'implication des commissaires de district, que beaucoup considèrent comme membres du parti au pouvoir, n'inspire pas confiance.

“Le fait que la plupart d'entre-nous pensent et croient que les commissaires de district sont des membres du parti au pouvoir fait que c’est encore pire”, dit-elle.

Mumba a cité les huit millions de dollars mis de côté pour la jeunesse au ministère des Sports, de la Jeunesse et du Développement de l'Enfant avant les élections de 2006, disant que beaucoup de jeunes n’en ont pas bénéficié.

Mais Sayifwanda affirme que son ministère est actuellement en train de renforcer les capacités des femmes afin de leur permettre de développer leurs entreprises à travers la fourniture d'accès au fonds d'investissement.

“La politique demande des actions ciblées pour faciliter l’implication accrue des femmes dans les postes de direction dans tous les secteurs de l'économie”, confie-t-elle.

Mais Sly Mbewe, directeur exécutif de l'Action pour le développement (AfD), estime que l'égalité entre les sexes ne peut être réalisée en l'absence de politiques proactives.

“Ces politiques doivent être intégrées à tous les secteurs et programmes. Les différents obstacles qui empêchent les femmes de participer pleinement et équitablement au développement doivent être éliminés”, explique-t-il.

Mbewe a ajouté que des obstacles tels que le manque d'accès au foncier et au crédit, des chances inégales pour l'emploi, des disparités salariales et la marginalisation dans les processus de prise de décisions doivent être éliminés.

“Et il ne peut pas y avoir un programme de réduction totale de la pauvreté sans l’intégration du genre. Tant que cela n'est pas fait, le programme de réduction de la pauvreté en Zambie sera sapé et compromis”.