RD CONGO: Les femmes politiques sont déterminées au Nord-Kivu

GOMA, 5 juil (IPS) – En prévision des élections municipales et provinciales prévues en 2011, les femmes du Nord-Kivu en République démocratique du Congo (RDC) se forment activement pour avoir plus de chances de conquérir des postes de décision. Leur détermination et leurs nombreuses électrices inquiètent un peu les hommes.

De plus en plus de femmes adhèrent aux partis politiques, que ce soit ceux au pouvoir ou de l'opposition. Elles ne veulent plus faire de la figuration, mais s'engager dans le combat politique pour les prochaines élections municipales et provinciales prévues en 2011. Pour mettre tous les atouts de leur côté, les femmes se mobilisent et se forment, grâce au programme de gouvernance politique du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), à différents aspects de la vie politique : le financement et l'organisation interne des partis, la décentralisation, l'organisation des élections, le leadership féminin. Dévote, membre du Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD), explique que les femmes ont maintenant confiance en elles-mêmes : “A présent, nous pouvons faire valoir nos compétences et montrer que nous pouvons faire autant, sinon plus que les hommes”, déclare-t-elle fièrement. Selon Rubens Mikindo, président fédéral de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) au Nord-Kivu, “il y a désormais un éveil politique des femmes, vu le nombre d'adhésion aux partis politiques. Dans chaque formation, on compte au moins 30 pour cent de femmes à des postes-clés parfois”. Tirer les leçons du passé Ce regain d'intérêt pour la chose politique est lié aux résultats des élections de 2006 qui ont vu les hommes occuper tous les postes de décision. Les femmes, longtemps confinées dans un rôle de figurantes ou d'animatrices des campagnes électorales, ont décidé de vaincre la peur et le manque de confiance. Elles ont pris conscience du poids qu'elles pourraient représenter si elles s'engageaient dans les élections de 2011. Pour de nombreuses militantes, l'échec aux élections de 2006 est à mettre sur le compte d’un manque d'information et d'expérience en politique. Selon une candidate malheureuse à la députation provinciale, qui a requis l'anonymat, les femmes ont tiré les leçons du passé. “Aujourd’hui, grâce aux différentes sessions de formation auxquelles nous avons participé, nous sommes mieux armées pour affronter les prochaines élections”, affirme-t-elle.

“La femme n’est pas faible, mais a toujours été sous-estimée depuis nos ancêtres”, estime Joyce Kaburabuza, juriste chargée de communication et d'information à l'Union nationale des fédéralistes congolais (UNAFEC). “Nous refusons cet héritage et, par notre engagement dans la politique, nous sommes prêtes à affronter les prochaines élections”. Selon Pholestine Musindu, membre de Démocratie chrétienne fédéraliste (DCF), la politique n'est pas seulement l'affaire des hommes, comme cela a été longtemps sous-entendu. “Autrefois, les femmes engagées en politique étaient souvent des célibataires et considérées comme ayant des mœurs légères”, indique-t-elle. “Aujourd'hui, nous faisons la politique, tout en respectant nos époux”. La réticence des hommes Face à cette forte détermination des femmes, certains hommes, membres de grands partis politiques, affichent déjà une certaine crainte. Pour Mathieu Batumike, président de la section de Goma de DCF, “les femmes constituent le plus grand électorat au Nord-Kivu et elles cherchent à rallier toutes les autres femmes derrière elles, pour la conquête du plus grand nombre de sièges”, s'inquiète-t-il. Sans sourciller, un membre du Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD), de la majorité présidentielle, explique sous anonymat que “la femme connaissant aussi ses droits et ses devoirs, ne doit pas s’approprier tous les postes. Elle devra plutôt voir comment partager équitablement le pouvoir entre les hommes et les femmes”.

*(Passy Mubalama est journaliste à Syfia, une agence de presse basée à Montpellier. Cet article est publié en vertu d'un accord de coopération entre l’agence de presse InfoSud et IPS).