BULAWAYO, Zimbabwe, 1 juil (IPS) – Gugulethu Mkhwananzi est l’une des nombreuses femmes sans emploi qui sont devenues des caractéristiques de la vie quotidienne de la classe ouvrière des banlieues pauvres de Bulawayo, au Zimbabwe, puisqu’elle passe de maison en maison, en quête de “l'or rouillé”: la ferraille.
Mkhwananzi vend tout ce qu'elle trouve aux marchands locaux de la ferraille. Cela est devenu sa seule source de subsistance dans un pays où la grande majorité des femmes est sans emploi formel. Pendant qu’elle pousse le chariot qu'elle utilise pour collecter la ferraille, le labeur physique est visible: Mkhwananzi semble beaucoup plus vieille que ses 45 ans. Malgré ce travail pénible, Mkhwananzi obtient à peine 0,5 dollar par kilogramme. Les marchands de la ferraille achètent seulement à partir de 50 kg. “Que puis-je faire?”, se demande-t-elle, toute fatiguée. “Je n'ai pas une éducation formelle et c'est la seule chose que je puisse faire pour nourrir mes enfants”, déplore le seul soutien d'une famille de quatre enfants. Judith Sibanda a également trouvé un moyen de subsistance dans la vente de la ferraille. Pour elle, cela signifie qu’il faut se réveiller tôt le matin tous les jours pour se rendre dans d'autres municipalités afin de chercher de la ferraille. “C’est devenu en quelque sorte un bon travail pour moi”, dit-elle. Mkhwananzi souligne qu'elle “vend de la ferraille depuis des années, mais il est de plus en plus difficile de trouver de la ferraille”. Ceci l’a obligée à adopter une attitude audacieuse puisqu’elle traverse les banlieues de la classe ouvrière pauvre de la ville. “J'ai appris à nouer une amitié avec des inconnus juste pour récupérer de la ferraille dans leurs maisons. Beaucoup de gens ne connaissent pas la valeur de la ferraille et l’offrent volontiers”, explique Mkhwananzi. La demande pour la ferraille a provoqué une augmentation des actes de vandalisme. Des voleurs audacieux volent maintenant tout, des robinets aux poignées de cercueil, qui sont demandés en raison de la flambée des décès liés au SIDA. “Ils fondent ces robinets et poignées de cercueil et leur donne une nouvelle vie sous différentes formes et tailles pour de nouveaux cercueils”, affirme Hazel Phiri, qui dirige un funérarium. “Je connais des femmes qui vendent de la ferraille. C'est quelque chose qui sera difficile à contrôler tant qu’il existe un besoin pour les cercueils”, déclare Phiri à IPS. Il y a eu aussi des informations indiquant que des rails sont saccagés puisque des gens désespérés cherchent à vendre des métaux lourds aux marchands de la ferraille. La demande pour la ferraille semble être forte – même par les sculpteurs qui l'utilisent pour créer des œuvres destinées à l'exposition. Des entreprises locales ont dans le passé fait pression sur le gouvernement d’union pour qu’il interdise la vente de la ferraille, évoquant comme raison que les fonderies souffrent parce que la majeure partie de la ferraille était achetée pour être exportée et recyclée. Selon les défenseurs des énergies renouvelables, plus de 50 pour cent de la production d'acier dans le monde consiste à recycler la ferraille, faisant ainsi d’elle l'un des matériaux les plus recyclés au monde. Cela a permis d’atténuer les impacts écologiques et environnementaux de l'extraction du sol des minéraux bruts. Un responsable de l'une des entreprises chinoises qui achètent de la ferraille, où les femmes vendent leur ferraille, informe IPS que la ferraille est exportée vers la Chine où elle trouve une nouvelle vie dans des appareils électroménagers et même dans la construction des véhicules lourds. Les femmes au Zimbabwe demeurent largement démunies économiquement. La récente enquête de l'étude d'évaluation de la pauvreté (PASS) du gouvernement indique que le chômage structurel pour les femmes se situe à 70 pour cent, comparativement à celui des hommes, qui s’élève à 56 pour cent. “Les femmes ont appris à se débrouiller au milieu des difficultés économiques du pays. Le fait qu'on les trouve même en train de vendre de la ferraille met en évidence leurs conditions désastreuses”, explique Abigail Shiri, un avocat spécialisé du droit du travail basé à Bulawayo, dans le sud du Zimbabwe. “Il y a très peu de systèmes d’appui économique pour les femmes au Zimbabwe. Peu de choses se font pour renforcer les capacités de celles qu’on appelle 'les femmes analphabètes'. Elles continuent de supporter la grande partie des difficultés économiques du pays”, ajoute Shiri. Faisant des commentaires sur la PASS, Thokozani Khuphe, vice-Premier ministre du Zimbabwe, a dit que l'effet positif du gouvernement d’union sera “mesuré par sa capacité à avoir un impact positif sur la vie des femmes au Zimbabwe, sans distinction de race, de religion, de classe sociale ou d'affiliation politique”. Mais pour des femmes telles que Mkhwananzi, “la ferraille” rouillée est tout ce que l'ère du gouvernement d’union a offert jusqu'ici.

