BULAWAYO, 30 juin (IPS) – Pendant que le Zimbabwe s'est lancé dans la rédaction d'une nouvelle constitution par la collecte, à l'échelle nationale, des points de vue du public qui a démarré le 23 juin, toutes les femmes ne sont pas optimistes au sujet du processus.
Alors que certaines militantes pour l’égalité entre les sexes voient cette phase de consultation publique comme une opportunité pour leurs voix d’être entendues, les femmes ordinaires demeurent dans le noir au sujet du projet de nouvelle constitution et de ce qu’elles sont réellement censées apporter pour y contribuer. Les activistes préviennent que cela pourrait être une chance perdue pour les femmes de parler des questions qui les concernent et donc de faire valoir leurs droits constitutionnels. Cela pourrait compromettre la défense des droits des femmes et la campagne visant à avoir plus de femmes au parlement et à d’autres postes de décision, avertit Rejoice Timire de l’Organisation d’aide aux femmes handicapées. “Pour que les questions touchant aux femmes apparaissent comme elles le souhaitent dans la constitution, il faut que les femmes à la base soient sensibilisées sur ce qu’est une constitution. Si elles ne savent pas ce qu'elle (la constitution) signifie, alors nous ne pouvons pas dire que nos problèmes apparaîtront tels que nous les voulons en tant que femmes zimbabwéennes”, a déclaré Timire à IPS. Il y a déjà des plaintes au sein du public indiquant que beaucoup de choses n’ont pas été faites pour bien passer les appels publicitaires pour des propositions du public. Lydia Thembo est d’accord, affirmant qu'elle n'a aucune idée du processus d'élaboration de la constitution auquel elle et d'autres Zimbabwéens sont censés apporter une contribution. “Je n'ai rien entendu à ce sujet (l'exercice de sensibilisation sur la constitution), a-t-elle confié à IPS. “Il y a évidemment beaucoup de choses que je voudrais voir réglées et qui nous touchent, nous les femmes, par exemple, les questions se rapportant aux lois sur l’héritage. Mais je n'ai aucune idée de la façon dont cela se fait. Je suis seulement informée du vote pendant les élections – c'est tout”. Les journaux locaux ont également annoncé que le public n'était pas au courant de l'endroit où exprimer ses points de vue et qu’une équipe de sensibilisation sur la constitution, envoyée pour recueillir les opinions, avait été expulsée de son hôtel, faute de règlement des conditions de logement. Ces préoccupations apparaissent comme la toile de fond des activistes féministes qui se sont déjà plaintes, après la formation du gouvernement d'union nationale en 2009, que les partenaires du gouvernement d’union avaient ignoré l'appel à une représentation égale dans les hautes fonctions gouvernementales. Cela aurait été conforme au Protocole sur le genre et le développement de la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC), dont le Zimbabwe est signataire. Le protocole exige que les femmes occupent les mêmes postes que les hommes dans les secteurs public et privé d'ici à 2015. Le Zimbabwe compte seulement quatre femmes ministres sur un total de 120. “Pour le moment, les femmes au parlement sont trop peu nombreuses pour apporter un changement significatif quelconque”, a souligné Timire. Les prochaines élections au Zimbabwe auront lieu après qu’une nouvelle constitution aura été élaborée et acceptée par un référendum. Le processus de sensibilisation sur la constitution devrait s’achever d'ici à septembre. Mais des inquiétudes, selon lesquelles cela pourrait être un autre exercice futile qui ne servira que de “façade”, ont été soulevées. “Parvenir à une bonne constitution est une chose, l'application des dispositions en est une autre”, a indiqué Slyvia Chirawu, coordonnatrice nationale de la 'Women and Law in Southern Africa' (Femme et droit en Afrique australe) au Zimbabwe. La crise économique vieille de plusieurs décennies a laissé les femmes vulnérables et sans emploi, et les féministes disent que cela a été en partie dû à leur absence aux postes de décision tant dans le secteur public que privé. “Nous avons besoin d'autres stratégies pour avoir les femmes à des postes de décision. Les partis politiques eux-mêmes ont-ils une position claire sur la participation des femmes dans leurs partis? Cela détermine le nombre de femmes qui entrent au parlement”, a déclaré Chirawu à IPS. Dans un rapport d'audit sur le genre des partis politiques qui forment le gouvernement d'union du Zimbabwe, l'année dernière, l’Unité de soutien aux femmes en politique a déploré que, bien que le Zimbabwe soit signataire de la Commission des Nations Unies sur l'élimination de la discrimination à l'encontre des femmes (CEDAW), le gouvernement d’union ait déçu les femmes du pays, en ne garantissant pas la parité de genre au sein du gouvernement. Pourtant, la lutte pour l'égalité politique reste difficile dans cette nation largement patriarcale où les femmes demeurent stéréotypées en tant que “ménagères”, affirme Abigail Shuma, un activiste pour l’égalité entre les sexes à Bulawayo. “Les femmes ont encore du chemin à faire pour se montrer au grand jour en tant que leaders de leur propre droit, pas par simple nomination et cela a été la nature de notre politique nationale selon laquelle les femmes participent seulement et deviennent très visibles uniquement en tant que supporters et soi-disant bastions de parti. C'est ainsi que leur rôle en politique a été défini”, a expliqué Shuma à IPS. “Il y a encore du chemin à faire avant que les femmes ordinaires aspirent à des postes politiques plus élevés dans ce pays”. Toutefois, Chirawu estime que de nouvelles stratégies doivent être adoptées pour que la présence des femmes soit remarquée. “Nous devons aborder les questions qui entravent la participation effective des femmes en politique en commençant par la maison”, a indiqué Chirawu à IPS. Elle a dit que cela comprenait la résolution, entre autres questions, du manque de connaissances sur les lois et les politiques; des inégalités de genre; du patriarcat; des stéréotypes négatifs; et du manque d'accès aux ressources. “Le système de quota légiféré ne marchera que si celles qui parviennent au moyen de ce système ont un pouvoir réel; ainsi nous examinerons le motif: est-ce juste une façade ou cela est-il destiné à donner aux femmes le pouvoir réel en tant que décideurs?”, a-t-elle demandé.

