MALAWI: Changer le visage de la politique

JOHANNESBURG, juin 20 (IPS) – Le visage de la politique change au Malawi, pays de l’Afrique australe. Et la société civile est en train de faire des projets pour s’assurer que cela change encore plus.

Née récemment de l’augmentation spectaculaire du nombre des représentantes des femmes élues dans le gouvernement national l’année passée, l’ONG Réseau de coordination entre les sexes est déjà en train de mettre en œuvre des projets pour la “campagne 50/50” du Malawi afin de s’assurer que plus de femmes que jamais auparavant aient des postes gouvernementaux à l’issue des élections de novembre.

Leur enthousiasme provient de l’augmentation étonnante du nombre des représentantes des femmes élues dans le gouvernement national lors des élections de 2009.

Un nombre record de 237 candidates s’est présenté aux élections de mai 2009 avec 42 femmes faisant leur entrée au parlement. En faisant cela, la représentation féminine a augmenté de 14 à 22 pour cent.

Emma Kaliya, présidente de l’ONG Réseau de coordination entre les sexes, qui est en train de mettre en œuvre la campagne 50/50 au Malawi, a été récemment honorée par le “Drivers of Change” Award (prix des acteurs du changement) décerné par Southern African Trust, pour son rôle dans la campagne.

Kaliya a déclaré à IPS que différentes stratégies sont en train d’être utilisées pour changer les perceptions que l’on a de la capacité des femmes pour le leadership politique pendant la “campagne 50/50 en 2009 et au-delà”.

“La première chose que nous avons faite a été de procéder à une évaluation des besoins des femmes qui aspirent à devenir candidates. Nous avons examiné à la fois les députés présents au parlement et ces candidates qui désiraient y siéger. Nous avons enregistré environ 400 noms des parties politiques, de notre propre structure et des rassemblements communaux”, a déclaré Kaliya.

Après avoir évalué les besoins des femmes, l’organisation a ensuite préparé le renforcement des capacités de ces candidates: “Nous avons commencé par les présenter dans les mass-médias aussi bien que dans les rencontres de mobilisation communautaire. Nous conduisions les femmes désireuses d’être candidates aux réunions communautaires où nous discutions des raisons pour lesquelles la communauté devrait les soutenir.

L’organisation a assisté les femmes avec du matériel et des objets de promotion pour la campagne tels que des T-shirts. “Nous leur avons donné aussi quelques fonds pour leurs déplacements pendant la campagne. Cet argent n’était pas beaucoup mais il a aidé ceux qui voulaient faire la campagne”, a déclaré Kaliya.

L’actuel ministre chargé des personnes handicapées et des personnes âgées, Reen Kachere, est l’une des femmes bénéficiaires: “L’exercice constituait une grande expérience dont il fallait s’inspirer en vue de disposer des données sur les futures élections, là où les questions relatives au genre sont posées. Je suis sortie de cette expérience mieux informée et avec des stratégies pour les femmes, profitant à tout le monde”.

Le Malawi a développé un programme national en 2008 qui répond aux exigences du 50/50 avant que le protocole sur le genre et le développement de la SADC (Southern African Development Community) ne fût adopté.

La campagne 50/50 travaille déjà sur une liste des candidates qui participeront aux élections locales de novembre 2010. “Nous sommes en train de recenser des noms, de consulter les parties, d’aller au niveau des rassemblements communaux pour identifier les femmes candidates. La campagne nationale 50/50 est pour toutes les femmes, quelles que soient les parties dont elles sont issues”, a dit Kaliya.

En raison de ces campagnes, les femmes commencent à comprendre la nécessité pour elles de faire la politique si elles veulent changer les lois qui les touchent”, a déclaré Kachere.

Le député Anita Kalinde a ajouté que les femmes ont aussi besoin de l’aide de l’ONG pour faire la politique: “Les femmes ont besoin d’assistance à partir même des primaires, et après aussi, là où elles sont en concurrence avec leurs collègues hommes”.

Kaliya a ajouté que pendant les dernières élections, les médias ont joué un rôle important en dressant le portrait des femmes candidates dans les médias, en les aidant à atteindre les communautés éloignées où elles n’étaient pas en mesure d’aller avec leurs messages.

“Le portrait dressé dans les médias a beaucoup aidé. Toutes les 237 candidates qui se sont présentées ont bénéficié d’espace pour parler de leur programme sur la radio locale… Les femmes sont d’habitude invisibles pendant les campagnes électorales ou, d’habitude, il n’y a que des nouvelles défavorables (sur elles), mais cette fois nous avons bénéficié d’un réel soutien. Chaque jour nous avons lu ou entendu quelque chose sur la campagne 50/50”, a déclaré Kaliya.

Mais il y a encore des défis que les candidates doivent relever. “Si nous ne possédions pas le protocole de la SADC, ce serait très difficile parce que le Malawi a une disposition sur l’égalité dans la constitution mais il ne parle pas de quota et de discrimination positive dans ce cadre. Les systèmes électoraux – qui ne respectent pas la représentation proportionnelle – constituent une grande barrière parce que les femmes rivalisent avec des hommes qui ont beaucoup de ressources”, a dit Kaliya.

(Le protocole de la SADC sur le genre et le développement engage les pays à travailler pour obtenir 50 pour cent de femmes dans les domaines politiques et de prise de décision au plus tard en 2015.) L’achat des consciences est également un défi. “Les femmes doivent rivaliser avec les hommes. A la différence des hommes, elles ont vraiment beaucoup d’argent. Vous avez besoin de ressources: l’on ne peut pas faire campagne si l’on n’a pas de véhicule parce que la plupart des lieux sont éloignés les uns des autres”, a expliqué Kalinde.

Mais les femmes politiciennes sont entrain d’obtenir davantage de soutien de la part de tous les électeurs, hommes et femmes. “Les gens acceptent progressivement la dimension genre. La réalisation de la nécessité pour les femmes de participer au développement de leurs nations à travers des postes d’élus s’accroît, avec un impact sur les pratiques culturelles qui marginalisaient les femmes”, a déclaré Kachere.

Bien que les femmes fussent plus nombreuses que les hommes à voter pendant les élections, a expliqué Kaliya, auparavant elles avaient l’habitude de voter pour les hommes – même s’il y avait une femme candidate à l’élection. Mais la campagne 50/50 a changé cela.

Mais aujourd’hui, plus de femmes votent pour les femmes. Vous pourriez même voir de très vieilles femmes venir voter en disant: “cette fois nous devons voter pour les femmes. Le gouvernement l’a dit – même les hommes –, alors pourquoi ne devrions nous pas voter pour les femmes”?