BOTSWANA: Les femmes agricultrices ont besoin d'un appui plus important

GABORONE, 12 mai (IPS) – Dans la banlieue de Gaborone, la capitale du Botswana, Charity Molefhi apprend les ficelles de l'industrie horticole.

Cette ancienne consultante en assurance de 32 ans est l'une des nombreuses femmes agricultrices qui participent activement au secteur agricole du Botswana afin de renforcer la sécurité alimentaire, la création d'emplois et d'accroître la contribution du secteur au produit intérieur brut du pays.

“Je suis juste entrée dans l'agriculture sans aucun diplôme académique mais seulement [à cause de] ma passion pour l'agriculture que j’ai eue en grandissant dans une famille de paysans. J'apprends lentement beaucoup de choses que je ne savais pas sur la culture des légumes”, déclare Molefhi.

Avec la disponibilité d’un appui limité aux femmes agricultrices, Molefhi a été chanceuse de recevoir un apport de 500.000 pula (environ 72.000 dollars) de l'Agence de développement entrepreneurial du citoyen (CEDA) pour créer son entreprise, la 'GR8 Minds Industries'. La CEDA est une société créée par le gouvernement pour fournir un appui financier et technique au développement des entreprises.

Elle a utilisé l'argent pour forer et équiper un puits artésien, se procurer le matériel d'irrigation, l’ombrage au filet, une clôture, des outils agricoles, une voiture et construire un bâtiment. Ce financement a également fourni un fonds de roulement.

Dans la ferme, une équipe de cinq hommes et femmes sont occupés à cueillir des piments verts tandis que d’autres emballent des tomates prêtes pour la distribution. La ferme exploite actuellement une surface d’un hectare et demi à des fins de plantation.

La société fournit plusieurs points de vente et individus mais Molefhi affirme que le marché est difficile à pénétrer. “Beaucoup de [points de vente] achètent seulement auprès de ceux qui offrent les prix les plus bas sans tenir compte de la qualité du produit. C'est frustrant pour certains d'entre nous qui travaillent très dur”, dit-elle. En particulier, les produits agricoles sud-africains bon marché cultivés à grande échelle constituent une pierre d'achoppement dans la concurrence pour avoir des marchés.

Un autre inconvénient a été son manque de connaissances sur la culture de légumes. Dans la ferme, il y a des tas de tomates pourries et mûres ainsi que des tomates fendillées – résultat d'un arrosage excessif. Mais Molefhi ne se laisse pas intimider par ces défis et croit qu’en travaillant dur et en persévérant, ce lopin de terre a le potentiel de contribuer à la capacité alimentaire du pays, qui est actuellement sous pression.

Bien que le Botswana soit classé comme un pays à revenu intermédiaire – ses principales sources de revenu sont les diamants et les ventes de viande de bœuf vers l'Union européenne -, il est fortement dépendant des aliments importés. S'adressant à la presse locale en avril, le ministre de l'Agriculture, Christian De Graaff, a déclaré que le pays produit moins de la moitié de ses besoins alimentaires de base.

Selon le porte-parole du ministère, Nathaniel Motshabi, il n'existe actuellement pas de programmes faits sur mesure ou des programmes gouvernementaux visant à aider les femmes dans l'agriculture.

Motshabi a déclaré à IPS que le seul programme spécifique satisfaisant aux besoins des femmes – le Programme de gestion du bétail et du développement des infrastructures – a été suspendu en novembre 2009, en attendant l'issue d'un examen en cours. Dans le cadre de ce programme, les femmes pourraient accéder à 70 pour cent du total des coûts de leurs projets agricoles.

L'implication des femmes dans l'agriculture est également limitée par des projets de propriété foncière défavorables aux femmes. Les héritiers mâles héritent normalement des terres et bien que les femmes puissent être des utilisatrices des terres, la majorité n'a pas de titre. Selon les données du recensement agricole de 1993, seulement 36 pour cent des propriétaires de fermes étaient des femmes. Sans des droits fonciers et d'autres ressources comme le bétail qui pourraient être utilisées comme garantie, les femmes au Botswana luttent également pour obtenir des prêts et d’autres services d’appui auprès des banques et des programmes gouvernementaux.

Toutefois, le ministère est en train de revoir ses politiques afin d'encourager une participation plus grande dans le secteur. Motshabi a dit que le gouvernement fait des efforts pour attirer les jeunes vers l'agriculture comme un moyen de régénérer le nombre de fermiers en baisse.

Un Fonds pour les jeunes agriculteurs (YFF), introduit en 2007, a connu une croissance importante depuis sa création, approuvant des prêts pour l'élevage du bétail, l'horticulture, les produits laitiers et l'élevage de chiens.

Selon la directrice des relations publiques de la CEDA , Alina Masenya, le nombre de projets sous le YFF est passé de 42 en 2007 à 129 à la fin de 2009 avec une valeur totale de 58.6 millions de pula.

Le fonds fournit aussi une formation et une orientation aux bénéficiaires pour assurer la viabilité à long terme et la réussite des entreprises financées.